‹ Le Livre du CompagnonageChapitre 54 sur 79 · II · texte numérisé non relu

II

Après avoir vingt fois versé leur sang poiir une cause dont ils ne jouissaient que d'illusion , cela demain dait réfleiLion; cependant la réponse ne se fit pa$ long-temps attendre , l'occasion était belle , ils voulurent en profiter. L'un des tisserands leur dit ces paroles pleines de convenance et de justice : « Les pays, si nous partageons vos malheurs , il est juste ^ue nous panions part à vos félicités. » On ne put combattre de pareflles raisons. Il fut donc arrêté en chambre que les tisserands feraient partie de la ^ande famille, et il leur fut délivré un brevet, sous le titre de Compagnons tollfers.

Au huitième paragraphe des adjonctions, page îfÈ, je vois les vanniers, les sabotiers j les coraiers vivant dans l'isolement le plus complet; je vous ferai observer que les sabotiers doivent figurer dans le paragraphe suivant , en remplacement des tisserands que je nommerai dorénavant toiliers , car ils furent reconnus Compagnons sous ce nom. Mais je continue leur historique :

Les toiliers firent mère aVec lès meiiulsiers peu* dan^ plusieurs années et ils n'avaient point d'adversaires. Ils rompirent avec eux et pour cause , et passèrent en tutelle chez les Compagnons Passants , railleurs de pierre qui achevèrent leur instruction; ils Îioussèrent la chose jusqu'à vouloir qu'une partie de eurs élèves {>ortâtles noms comme eux. Ce n'est que lorsque les toiliers voulurent reconnaître les Compagnons maréchaux, que les forgerons les abandonnèrent , se loignirent aux menuisiers et furent de ce moment les uns et les autres leurs ennemis ; H est encore vrai que depuis, les chapeliers leur ont créé 3)eaucoup d'embarras pour n'avoir pas voulu cesser de porter le surnom comme eux , car les Compagnons toifiers le font passer devant le nom de pays , et ne hurlent pas ( comme vous appelez cela ) ; le moi vous est usité chez eux.

J'aurais passé soussflencc un fait sur le topage, consigné dans la rencontre de deux frères , si cela n'eut pas fait dire que vos personnages sont des

personnages de paîUe , ou , pour mieux dire supp<H ses. Pour moi , je trouve que tous les moyens sont bons pourvu qu'on arrive au but. Du reste , comme les Compagnons de Liberté ne topent pas , vous pouviez ignorer comment on tope. Mais vous dites être à peu de distance de la route à vous reposer, et avoir entendu dire tope pays, quelle vocation; cela n'est pas possible^ voici comment ils ont dû s'exprimer :

Le premier : tope? — Le second : tope.

Le premier : quelle vocation ? — Le second : marécbal-ierrand.

Le premier : Compagnon? — Le second : dansTâme .et dans les bras, etc. — • Et vous le pays? — Le premier : cordonnier-bottier. — Le second : ça te servira , ou , passe au large , etc. Notez que c'est toujours pour ne pas demander si l'on est Compagnon que TafiEaire s'engage , et la canne est le trbpbée du yainqueui*.

Recevez «es satataiions , etc.

Bhaolt (dit Bien Décidé le Briard).

Comme la lettre que Ton vient de voir était suivie d'une chanson sur le tissage, du même auteur y je vais en reproduire deux cou^ets :

Si Ton a pu marcher sur Fonde , Vers tant de pays inconnus ; Christophe alla au Nouveau-Monde Par des moyens fort ingénus.

Tous auriez vu ce beau courage Succomber dans les vastes mers , Mais le secours de notre ouvrage Lui ât parcourir l'Univers.

La colonne est faite à la gloire De nos soldats victorieux :

A qui doivent-ils la victoire Dans des moments si périlleux?

Au drapeau : le noble tissage Qui sût toujours les réunir.

Vous comprenez qu'à notre ouvrage S^attachent de beaux souvenirs.

Réponse de V Auteur à Bien Décidé le

Briards

Paris, 29 octobre 1840.

Monsieur ,

J*ai reçu avant-hier au soir votre lettre et je suis très-oontent de l'approbation que vous me donnez ; il faut, dans un temps comme celui où nous sommes , temps de corruption , d'ëgoisme et de misères , que . les hommes généreux se dévouent : combattons le mal sans relâche , et répandons de toutes parts des germes de morale , de paix et d'union. Voyageurs d'un jour sur la terre , ne nous attachons pas à des choses frivoles , soyons les champions de la justice et de la fra> ternité , et , quels que soient les résultats que nous obtenons , ne désespérons jamais de l'avenir : vous êtes homme , je compte sur vous.

Avant même que vous m'en eussiez parlé Je savais que mon livre renfermait quelques erreurs. Celui oui, le premier , osait entreprendre une œuvre aussi péril* leuse, ne pouvait échapper à toutes sortes d'inconvénients. 11 y a cependant des choses qui paraissant des vérités aux uns, des erreurs aux autres; elles sont donc contestables, car chaque Société les donne et les explique à sa manière.

11 est difficile , à travers tant de dires contradictoires , de bien reconnaître la vérité et d'arrêter sa pensée d'une manière invariable ; nous tâcherons pourtant dele faire.

Je ne puis que vous remercier de l'historique que vous me donnez sur votre Société ; ces détails m'ont vivement intéressé. J'y vois que les Compagnons Passants tailleurs de pierre ont achevé votre éducation compagnonale et exigé que vous portassiez les sur-

noms comme eux. Je sais cependant que si vous les avez portés autrefois, vous ne les portez plus aujourd'hui exactement pareils : un tailleur de pierre né à Lyon, s'appellerait, je suppose , la Rose de Lyon ; un toilier né dans la même vule devrait s'appeler la Rose le Lyonnais. 11 y a donc là une différence: est-ce vous qui avez modifié l'arrangement de vos noms, ou sont-ce les tailleurs de pierre ? Je pense que ce sont ces derniers , et voici sur auoi mon jugement se fonde : j'ai passée cette année, dans le courant du mois d'août, par la petite ville de Saint-Gilles , en Languedoc, je suis entré dans sa vieille tour, j'ai monté, en tournant toujours sur ma gauche, l'escalier célèbre sous le nom de Vis-Salnt-Gilles ; j'ai remarqué dans le haut de cet escalier, à ma droite , sur le paroi du mur en tour creuse, des marteaux-taillants, des compas f des équerres , des niveaux , des noms et des millésimes^ dessinés et gravés profondément dans la pierre rongée par les ans. Voici quelques-uns de ces noms que j'ai recueillis : Joli Cœur de Laudun^ 1640; l'invention de IVanci, 1616; r£spérance le Bérichon , 1655; la Verdure le Picard^ 1656. Les noms que je viens de reproduire sont inscrits dans l'intérieur d'une tour depuis deux cents ans ^, et appartiennent probablement à des Compagnons qui l'auront réparée ou élevée de quelques pieds à ces époques éloignées de nous. Ce monument, commencé depuis six siècles, ne fut, je crois, jamais couvert ni garanti intérieurement des eaux du ciel. Les Etrangers et les Passants durent travailler là tour à tour ; les deux premiers noms que Ton a vus appartiennent à des Compagnons Etrangers, les deux derniers à des Compagnons Passants; on peut donc voir que les Compagnons Passants tailleurs de pierre, portaient autrefois les noms comme vous les portez aujourd*hui , et que du moment que votre-

' Od pourrait peat-élre trooter dans lescalbédralct de Parle», de Strasbourg, elc. , d^aotres inseriplious encore pli» iolêreslamct nir les Compasnona : il faudrait avoir le loisir de falrt de tellet recbercbei.

«oattlë 86 refroidit , ils vôulureot se distinguer. Aîasi, en &*éloignant de vous sous le rapf»ort des wnas, IH se rapproebèrent des Compagnon; Etrangers* Les inscriptions de la tour de Saint-Gilles étaient poiur moi un problème dont votre lettre me donne la so-* lution. vous dites donc une chose que je crois vraie e9 avançant que vous tenez vos noms dies Compagnons Passanis tailleurs de pierre.

Daas la rencontre de deux frères , j*ai abrégé le topage volontairement, et afin que Faction marchât phis vite ; mais ie crois ravoir déetit à la page 207 ( 5& de cette édition ), tel qu'il se pratique ; si i*al cooh mis ({ùelque erreur je suis toujours prêt à la rectifier. Je tiens a conserver dans mon livre les paroles da topagetelles qu'elles se prononcent depuis des siècles; elles peignent des mœurs fort originales , auxquelles on donnera un jour quelque attention ; mais si je tiens à conserver des paroles , je tiens davantage à faire cesser toutes actions coupables : celle du topage est de ce nombre , et n*e$t ni de notre temps, ni de notre pays. Supposons qu*un voya^^eur, arrivé récemment d'une longue course, nous tient ce pro« pos : a Bans l'un des pays lointains que j'ai parcou* rus, étant un jour dans un lieu presque désert, je Yis tout à coup apparaître d'un cété une centaine de jeunes gens , ils étalent parés de rubans , armés de grandes cannes ferrées, et l'écho répétait leurs chaussons énergiques; je vis venir aussitôt, d*un c6té op* posé, un autre troupe de même force , les jeunes geds qui la coihposaient avaient aussi des rubans et des Oannes et chantaient avec la même énergie que les premiers. Quand les deux troupes furent en présence, elles échangèrent quelques paroles de conven* tion, puis des paroles plus dures ^ et se précipitèrent enfin l'une sur l'autre; il y eut une horrUile mêlée, on entendit des cris affreux , on vit le sang couler abondamment, et des blessés et des morts roulèrent sur la poussière. Le carnag^e se serait prolongé encore long-temps, mais les soldats du pays arrivèrent à la ^^i'^. et y mirent un terme. J'appris easuite que les

cof9t>ait^tt^ ^^^ ^^^ partis n'étaient autres qae des Oiivrie^s nopoôtes et laborieux qui n^appartenaient ni au même métier, ni, à la méfxxe ^ssociatipu màu^ triettç; qu'ils se détestaient à cause de cela, et se, bâtt^iei^f chaque fois qu'ils pouvaient se rencontrer , s^t en troupe, soit différemment; qu'ils se battaienl; ainsi depuis ui) temps immémorial , sans que ni les spectateurs, m les eoqfibattanls, sussent vraiment

Ï^/Okurquoi. » Que diriez-vous des ouvriers à\n pavs Qintain qui se comporteraient de la sorte? qails sont des sauvages, des barbare^, etc., etc. Eh bient ce que les sauvages et les b^rbàre^ m font pa^, noùs^ les enfants d^iine nation qui rép^t^d des lumières sûr tQutés les nations; nous, les enfants de cette noble France , nous le faisons. Et des Compagnons, d^ns le iHit d^ ju^tider ce qui n'est pas jus^i&ble, ont cru pouvoir comparer notre rivalité à celle, qui existe entre les royalistes et les républicains : mauvaise cç^mpprai^n 1 Si les royalistes s'emps^rept du pou* vpir, ils organisent un gouvernement auquel les réivùblicains doivent nécessairement se soumettre ; si Ciés derniers l'emportent, ils imposent à leur tour la forme gouvernementale, la constitijtion et les lois <iui leur conviennent : dans les deiix cas lé parti vainç]ueur établit son gouvernement qui doit être, aussi le gouvernement du parti vainc^. Mais quelle e^tnotrp prétention à nous, Compagnons^ JEst-ce qjijie les charpentiers vopdraiept étenore leur empire sur les tanneurs , les forgerons sur les maréchaux , iQS pévorants sur les Gavots , les Gavots sur les Ûéyçir^n^ ; pouvons-nous faire quelquje conquête ? acquérir quelques droits les uns sur les autres? Non. C^aôm sait que chaque corps de métier est iindëpeodant et que rien ne peut ch^ger cet état de choses; pourquoi nops batton^-nou^ donp? pour quelle cause? dans quel but? per^çnne ne peptme Tpopndr^ ; notre bru^lité' e^t donc une espèce oe folie qui nous nuit à louis également, À-t-oh jamais vu Içs royaUi^tes et les r^i^licalns se ioper siirja rojp^, se dem^n^er leur pjpip^ pour avpir en^

le plaisir de se quereller et de se battre? Non; cet» n'a lieu que chez nous ; on se tope, et si le tope répond qu'il est cordonnier-bottier, on lui dira galamment: ça te servira, ou passe au large, etc., et le plus souvent la canne sera le trophée du vainqueur. Mais savez-vous que ceux qui agissent ainsi tiennent un peu du fameux don Quichotte de la Manche , cherchant des aventures par toute l'Espagne ; encore don Quichotte , lors même qu'il commettait les plus grosses sottises , se prétendait-il le redresseur des torts , ce qui ne le rendait que ridicule. Le Cknnpagnon qui attaque le nassant sur la route mérite d'être qualifié plus energiouement.

Toutes les fautes aes Compa|^nons sont retombées sur le Gompagnonage, qui renierme cependant de si belles choses; aussi, malgré les qualités qui l'ont fait vivre et passer à travers tant de décombres , n'est-il plus vénéré de nos jours comme il le fut jadis ; les jeunes gens des grandes villes , ceux surtout qui ont reçu le plus d'instruction, le fuient avec quelque dédain ; on a vu des corps d'état réunis en de fortes Sociétés qui se réduisent aujourd'hui à quelques mem* bres qui marchent à leur ruine sans vouloir seulement en être avertis. II est temps^ cependant, d'ouvrir les yeux à la lumière , de prêter l'oreille à la raison. Cessons toutes nos batailles, n'ayons plus de haine les uns pour les autres ; jetons de coté des usages surannés qui répugnent à la jeunesse et l'éloignent de nous. Soyons les amis de tous les travailleurs honnêtes, excitons les ouvriers , à (quelque état qu'ils appartiennent, à se former en Société , et soit qu'ils se parent du nom de Compagnon ou de tout autre nom , qu'ils soient les bien venus. Regagnons avec le nombre , les sympathies et la puissance que nous avons perdues. Veuillez , et noys le pouvons.

te Drésent peut inspirer quelque dégoût , mais je le répète 2 ayons foi dans l'avenir; j'ai fait un appel aux sentiments généreux, et mille voix m'ont répondu ; beaucoup de Compagnons comprennent que Je titre d'homme est le plus grand de tous les titres.

et agissent sagement; qu'ils persévèrent, qu'ils répandent sans cesse la lumière et des paroles de paix» d'union et de fraternité , les plus aveugles verront , les plus sourds entendront, et un temps meilleur Tiendra.

Vous m'exhortez à la persévérance; oh! oui, je saurai persévérer; je comprends toute Timportance de la cause que j*ai embrassée , et je la servirai sans relâche; et vous , secondez-moi de toutes vos forces^ soit par des chansons ou par d'autres moyens , et faites en sorte que vos amis vous suivent de près.

J'espère avoir le plaisir de vous voir bientit, etc. PfiBDiGuiBR ( Avignonais la Vertu).

près d'Avignon par quatre « Ouand ils eurent appris, dit-il, que j'étai& Affilié menuisier j, ils me crièrent : Passe au large. Je répondis que la route était assez grande, et que nous pouvions tous passer sans nous déranger de notre ligne : ils persistèrent à vouloir me faire détourner^ je m'obstinai à marcher droit devant moi; il fallut se battre. Comme un seul ne pouvait me résister, ils se mirent plusieurs de la partie. Je fus vaincu^ regardez ma joue , elle porte une cicatrice qui ne s'effacera jamais. » En effet, cette cicatrice était fiort large. Le topaze occasionne chaque jour des affaires semblables. Je sais que, dans son origine, il n'avait pas ce caractère agressif; il a été pris dans un mauvais sens, et rien ne pourra jamais le rendre ce qu'il fut. C'est pour cela que je persiste à dire qu'il faut l'abolir

cDiadplètemciit, car beaucoup de sens ne Ven^ tfudpaittDt jamais que eAmme une in&uHe. Le topage a fait son temps ; il faut adopter des paroles qui soient fraternelles pour tout le monde.

J^ire de Tourangeaux Affiiié menuisier,

à l' Auteur.

Tmn, 29 ocU4>re ISKK

Accueillez , cher co-sociétaire , les faibles vers où, rimailleur inhabile , je in*é¥ertue à faire preuve sinon de talent , du moins de zèle à la cause dont vous vous êtes honorablement prononcé le champion.

Je réclame préalablement Pin^iulgeiice , car c'est au.bruit strident des scies et des marteaux , pendani de rares moments de loisir, sans notions aucunes dg versification, (]ue, d'un crayon habile tout au pli|S à tracer quelques plans techniques , j'essaie quelque feis même Talexandrin ; il se peut que sans çuide pnétioue,, je me sois écarté grossièrement de 4a ropte difficile qu'on doit suivre, obligé que je suis , pour satisfaire a la fois à l'exigence de la mesure. et à la difficulté de la rime, de chercher des rapports et des compfiraisons dans quelques vers qui sont restés d^ns ma mémoire ; j'ai besoin , je le répète , de beaucoup d'indulgence

rai l'honneur d'être , etc.

Bi^NAROBAu, du Tourangeau, Affilia menuisier du Devoir de Lil^erlé.

Hommage à toi ique le ciel a fait naître Dans rhvmble caste à laquelle je tiçns , Fervent apôtre , en te faisant connaître Ton auréole honore aussi- les tiens; Poursuis , ami , ta générease idée , P'heureux suoeè» naUront.a^ec le tenips.

Vrai sectateur du sage de Judée , Courage , iostruia, moralise ea chantant

Tel qu'un rubis que la poudre recelle, Cher Perdiguier, tu restais ignoré ; Lorsque la presse aux mille voix révèle Parmi nous tous ton nom, frère adoré.

Aux saints devoirs , par tes leçons , Tyrtée , Le eceur n'est plus incrédule, inconstant; Trai sectateur du sage de Judée , Courage , instruis, moralise en chantant.

Aux doux accords de ton luth , 6 poète ^ Egaie encor l'âme du travailleur ; Levé la voix, enfant des cieux, prophète , Dans l'avenir annonce un jour meilleur; Prédis à tous.... la réforme éludée Viendra guérir le plébéien souffrant.

Vrai sectateur du sage de Judée , Courage, instruis, moralise en chantant.

Fronde ce siècle exploité des perfides Où' le travail incessant, triste sort I Devient pour nous l'œuvre des Danaldes i ; Car qui n'a rien ne s'assied gu'à la mort.

De l'éternel ta juste cause aidée Va triompher, édore! 6 frère, attends.

Vrai sectateur du sage de Judée , Courage , instruis , moralise en chantant*

1 J*ai besoin de dire, poar rintelligenee debeaoeoap de met leelenrt, qae, d'après la Mythologie , les Danaïdes étalent cinqaanlesfieitrs qui époaièrent clnananie frères; dans une senle nnit, qnaranle-ne;.r d'eotre elles égorgèrent chacnne son mari. En pnnilion dt ee erime, elles furent condamnées dans les enfers à remplir d^ean, avec des panien d'osier, on tonneau peree. Un tel travail ne pouvait finir, et notre ami Tourangeau com- IMre les «uvf lers ans DanaYdes. par la raison que te U'tvr^' * mu ti dci «itrei n*a polnl de fia.

Réponse de V Auteur à Tourangeau,

Pari», 10 novembre 1840.

J'ai reçu , mon cher Tourangeau , votre lettre et votre chanson , où je trouve des pensées et des vers excellents , et des louanges à mon adresse un peu trop exagérées. Je ne suis ni un Tyrtée, ni un prophète , je ne suis qu'un simple Compagnon dévoué aux réformes utiles et au bien de tous. Cependant j[e vous remercie de votre travail et de vos bons sentiments pour moi ; je vous prie de me les continuer. Il faudra pourtant à l'avenir vous occuper moins de l'homme , et plus de la cause. Chantez la paix , Tunion, la fraternité, le rapprochement général et tous les nobles sentiments trop souvent méconnus.

Plusieurs Compagnons de notre Société , plusieurs Compagnons du Devoir, ont déjà compose dans 1& sens de la réforme compasnonale , des chansons fort jolies qu'ils m'ont adressées ; je vous invite à concourir avec eux, à produire comme eux quelque chose de neuf et de non, vous le pouvez, vous en arez le talent. Dans trois ou auatre mois au plus vos productions nouvelles et celles de vos concurrents, concurrents fort respectables, seront imprlmées à côté les unes des autres.

Allons, bon courage, ami Tourangeau , et donnezmoi de vos nouvelles.

Tout à vous.

PfiRDiGUiEK (Avignonais la Vertu).

Lettre d' Antoine le Provençal à V Auteur.

Barcelonette, le 15 de février 1841 .

Monsieur , C'est dans les montagnes des Alpes que votre Livre du Compagnonage vient, par hasard, s'offiriràma vue,

et je vous assure que j*en ressens une joie bien vive: îl est doux au cœur d'un vieux Compagnon , retiré depuis trente ans dans une solitude , a*étre ainsi tout à coup mis en rapport avec le tour de France , avec les Compagnons qvCon a tant aimés et qu'on aime encore malgré Téloignement.

Vous le dirais-je , je fus autrefois* un Compagnon turbulent, un ennenu ardent des Compagnons de Liberté f vos confrères ; mais les années ont produit en moi un notable cliangement ; oui , si dans le sens physique ma vue s*est affaiblie , elle a acquis dans le sens intellectuel et moral une portée qu'elle n'avait Jamais eue ; les préjugés, les erreurs ne la fascinent plus, et je suis devenu l'ami de toutes les Sociétés , de celles surtout qui admettent dans leur sein la raison et le progrès: je vous félicite de .vos nobles sentiments f allez f persévérez !

Tous m'excuserez si , après vous avoir donné des éloges mérités Je vous présente quelques observations

peu

blés pour le Compagnonage? Ne craignez-vous pas que aes ennemis du peuple ne puisent là des armes pour nous combattre et nous salir? Il est des gens qui , par principes et par nature , ne veulent voir les choses populaires que d'un seul c6té et disent ensuite qu'elles sont détestables sur toutes les faces. Défionsnous de ces gens-là , car ils sont méchants.

Je trouve aussi que votre Société est un peu mieux servie que les autres. Bien que je sache qu'elle s'appuie sur un fond démocratique , je sais également qu'elle n'est pas sans défaut ; oui , vous penchez d'un côté , vous trahissez une certaine sollicitude; je suis cependant bien loin de vous en faire un crime , vous deviez nécessairement la ilatter un peu ; vous deviez TOUS montrer son ami fidèle et vous faire apprécier comme tel afin de pouvoir mettre votre livre en évidence, et surtout en vente; vous le voyc *« comprends votre position et les difficultés don

esi hérissée , et â cause de cela je me ^rderai bien âe TOUS chercher une misérable querelle de mots.

Je connais mainte Société qui , pour prix de vosgfé- Béreux efforts » vous eussent qualifie de traître et banni de leur sein avec des cris de rage ; elles se fussent déshonorées, il est vrai, mais leur aveuglement eàt-il été de la plus courte durée , aurait rendu votre tâche encore plus difficile. Si donc, votre Société, quoique assez bien partagée , a reçu votre livre favorablement; si elle vous donne son assentiment et se sent capable de mettre vos leçons en pratique , je la félicite du plus profond de mon cœur. Mais n'auraitelle pas agi d'une manière tout à fait conforme à vos désirs , ne vous en alarmez pas : si le présent n'est pas pour vous , espérez , l'avenir vous bénira I

Recevez , monsieur , mes félicitations bien sincères , et comptez-moi au rang de vos amis les plus dévoués.

VAtBTTB , dit. Antoine le Provençal, Compagnon menuisier du Devoir,

Réponse de l'Auteur à Jrtioine le Provençal.

Parts, 25 férrier 1841.

Habitant des montagnes et des solitudes que j'aime et que je voudrais pouvoir parcourir à loisir et en tous sens , yai reçu votre aimable lettre. Je vous remercie des encouragements aue vous me donnez. Je vous remercie encore des observations que vous me faites au sujet de quelques détails de mon livre et de certaines gens peu charitables qui ne veulent voir, comme vous le dites, des choses populaires, que le mauvais c6té.

Ces gens là , croyez-le , n'avaient pas attendu la publication du Livre du Compagnomge pour nous jeter de la boue ; ce livre n est certainement pas aussi dangereux que vous le prétendez; il nous a

fait {)lu8 d*amis que d>imemis : plusieurs jôimiailx rdtcueillirent on ne peut mieux ; d'autres journaux le Tirent , mais , craignant d'appuyer , ou de cofista-» -l«r un progrès dans les classes ouvrièresf au'ils afFectebt de croire d'une nature inférieure ; dé^adée et délp<^urvue de sens et déraison, gardèrent soigneuse* ment le silence. Mais ce silence obstiné sur la matière <yue j'avais traitée, a été rompu et voici à quelle occasion : Madaime George Sand, un des grands écritrains de la France, voulant me seconder dans la réa» f isation de Fœuvre qui m'occupe , vii^nt de mettre au Jour : ie Compagnon du Tour de France , roman to'ut populaire; elle n'a pas fait, selon l'usage, de l'ouvrier , une %noble caricature ; elle l'a présenté sous un jour assez favorable , saciiant bien qu'il ne faut pas humilier les gens quand on veut s'en faire comprendre et les servir. Sa généreuse idée n'a pas été goûtée de la presse ; si quelques journaux hii iBOnt favorables, un plus çrand nombre lui est con» traire ethii crie : votre talent vous fait défaut , votis n*ètes phis que Tombre de vous-^mème , vous serviez une mauvaise cause , les ouvriers ne sont pas aruSSi éclairés que vous le prétendez follement , etc. Mais je crois que le meilleur sera , mon cher moisieur Valette , de faire passer sous vos yeux des extraits de quelques journaux. Voici d'abord , ce que j'emprunte au feuilleton du Constitutionnel (if du 2 février 1841) , lisez et jugez :

« Evidemment , en poétisant ces scènes du Comr^ a pagnonage, le romancier a voulu en faire quelque < chose digne d^atiention et d'intérêt. Ces vagues a idées de charte industrielle , ces appels à Vhar- « munie entre les Devoirs, tendraient à insinuer « qu'il y a quelques efforts à tenter dans cette « voie, et que la partie inlelligente des classes ou- « vrières jette les yeux de ce côté. C'est là uneer- « reur qu'il importe de détruire \ Le Compagnon

^ Il n'y arien à reprendre à ecla et à loat ec qui prcf**tant c'est jioble et bien exprimé!

est hérissée , et à cause de cela je me i^ ^^

vous chercher une misérable qu<* y^i^^^^^Ç», ^*''"

Je connais mainte Société m <^^f^ aésor-

néreux efforts , vous e»"- ^t^ ^^ s'est réfu"

banni de leur sein av ^: :pkr<miers », et y

sent déshonorées, i' ^/- ''y^s&vx plus de notre eût-il été de la pi- ,^^'-^pt^s , qui sont en contre tâche encore r '£-^'>^^ ^^ l'esprit, ni parmi quoique assez bi' ,V >^> Uilleurs, bottiers « et rablement;si ^ /'/;C^tfX*. q«i vivent dans les sent capable < '^: /%>ulation , on ne retrouve rien félicite du pï ^/^^^fflpaff «onage. Ces hommes laelle pas agi <^»V'« <l^® c^ promenades hors désirs , nf ,'^P^le b^^^^ joue un si grand r61e , que pas pour /^v'V^ ^^ cabarets , ^i«« c« cérémo-

Rece* *Sfy%s combats n'étcUent guère que des

res, e' 'lifcé^^^^ ^ ^^ débauche, à la fainéant

vouV f'jfi^ violence^, ils y ont renoncé. Les tail-

^^'erre, les charpentiers, les menuisiers Jes

*l^ y conservent encore la tradition des De-^

yf^t le seul bénéfice qu'ils en retirent consiste

//OJques yeux pochés « et quelques membres

^)«ite-na corps de métier font «njoord'hiii partie do ^^goonasef on voit que les métiers grossière sont trèsiJSbrcnx.

'n» ]M)Uiers font partie dn Compagnonage , et nne partie Afi typographes tend a se constitoer en Compagnonage. i Je ne sais quels sont ces autres corps nombreux dont '^ teut parler, je ne les connais pas.

* Voiel f enlr maintenant des stations dans les eabarets

■ qui sont des prétextes offerts à la débauche ; des combats

qui tant des prétextes offerts à la violence , etc. , etc. ; je

ne sarais pas âne le prétexte fut la chose elle-même, mais un

. savant nous éclaire tonjonrs sur quelque point.

s Les maçons ne font point partie du Compagnonage, et si j'en fais robsertation, c^est ponr que Ton sache qn^on anleor * n'a pas besoin d*aYolr étudié une chose pour en parler sur ' nntondematire.

« II est étonnant qu'une association qui ne donne que de tels bénéfices ait pu se soutenir tant de «itelei : c'est an pbéoomtee qui mérite d'être étudié.

i V d'îgnobles champs de bataille. Le romao'-

% w ût donc pu se dispenser de mettre son co-

^ ^ îrvice cTiine cause qui en est peu digne ,

^^ 'de raconter TOdyssée du topage, dont

%^ v^ertu se résume en assauts de bâtonistes

L <jJ% j des chemins. Incontestablement il pouvait ■^^^ x placer son style. » D'après W. W., auteur k^[r '^nes ci-dessus , le Gompaf^nonage se renferme Vv .à quelques états grossiers ; Tes Compagnons sont ^ es débauchés , des fainéants , etc. ; et puis , après avoir dit à Tauteur auquel il s'attaque : vous n'avez plus de talent , il lui dit encore : « Vous auriez pu

< vous dispenser de mettre votre coloris au service « d'une cause qui en est peu digne , vous pouviez « incontestablement mieux placer votre style. » Que -de contradictions ! que de bévues chez le feuilleto- Bîste I et pourtant vous allez voir comment il aime \ se hausser sur la pointe de ses pieds.

Pierre Huguenin , le héros du roman , est un Gomagnon menuisier, qui sait raisonner politique , phi-* osophîe, morale; ce qui ne l'empêche pas d'être irè^habile dans son métier; il s entend mieux à faire un escalier en bois que l'employé des ponts-et* chaussés qui lui en a présenté un plan reconnu défectueux. Cela blesse le feuilletoniste , et le voilà qui s'écrie de dépit : « Nous ne le trouvons pas davan—

< iage (le progrès) dans le privilège que s'attribue <L le menuisier Huguenin de se lancer dans les ^ tspaces philosophiques^, et de pérorer dans la

< même chaire qu'il a rabotée de ses mains. Eçi^ « demment il y a là conflit d'attributions , con» « fusion de compétence. On veut bien consentir -« a ce que. Pierre sache le dessin linéaire sans « l'a/voir appris * , et soit plus ingénieur par e'n-

Uo onvrierqal, samle savoir, parle philosophie, usurpe oriifUége qui ne doit apparleair qa'à ceux qui philosophent Dt la ligne : c*est eatendn !

CoDcéder qoe noas »aehions le dessin linéaire sans r*^'ris, qoe pMs sojroQs plnt iDgéoienr par intuition

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