‹ Le livre du fellahChapitre 14 sur 104 · SIXIÈME LECON · texte numérisé non relu

SIXIÈME LECON

Le Greffage.

13. Greffage. — Les plantes se reproduisent aussi par greffes. Le greffage est une opération qui consiste à faire porter et nourrir un bourgeon ou rameau détaché d’une plante appelé greffon, par une autre plante de la même espèce appelée portegreffe ou sujet.

Le greffage a de nombreux avantages; il permet de remplacer la souche d'un arbre trop vieux ou donnant des fruits médiocres par une autre en fournissant de meilleurs; il permet de conserver et de propager sürement les bonnes variétés d'arbres fruitiers, d'obtenir des fruits ou plus précoces ou plus gros et plus charnus que ceux des arbres provenant de semis. Ainsi c'est en greffant l'olivier sauvage que l'on obtient des olives plus grosses, plus riches en huile, satisfaisant mieux que le fruit sauvage aux besoins du cultivateur. Nombre de vos arbres fruitiers : caroubier, olivier, pommier, poirier, abricotier, cerisier, etc., gagneraient à être greftés.

Pour que le greffage réussisse, il faut que les arbres que l'on veut greffer soient de la même sorte et qu'ils entrent en végétation à peu près à la même époque. Ainsi on pourra grefler le figuier sur le figuier, l'olivier sur l'olivier sauvage, l'oranger sur le bigaradier, l'abricotier sur l'amandier ou le prunier, etc.

13 bis. — Comment on fait une greffe. — Voici un olivier : nous allons le greffer et lui faire nourrir ces rameaux, ces

Op

greffons provenant d'une espèce qui fournit d'excellents fruits. Pour cela je scie cette grosse branche et autour de la section je fais trois ou quatre entailles bien nettes. Comme il ne faut pas écraser le bois ni l'écorce, je ne me sers que d'instruments, serpette, scie, coupant très bien. Les greffons convenablement taillés prennent place dans des fentes pratiquées de facon que les écorces coïneident parfaitement; car c’est par là que la sève de l'olivier pénétrera dans

Fig. 14, — À gauche, greffe en couronne; à droite, greffe en écusson.

le greffon, lui permettra de se souder, de vivre et de se développer. Je ligature la greffe et pour la protéger contre les vents desséchants, je couvre le tout d’un mélange de terre glaise et de bouse de vache (2,3 terre glaise, 1/3 bouse de vache) et j'enveloppe de chiffons. Mes greffons ont l'air d'être disposés comme une couronne, c’est en effet la greffe en couronne (fig. 14). C'est ce genre de greffe qui, avec la greffe en écusson, est en usage en Kabylie pour l'olivier.

14. Les principales greffes : par approche, — en fente.— Il y aencore d'autres greffes que j'aurai l'occasion de vous faire exécuter plus tard. 1° La greffe par approche (fig. 15)

qui consiste à souder deux branches de deux arbres ou ar-

Fig. 15. — A gauche, greffe par approche; à droite, greffe en fente.

bustes enracinés. On fait sur chaque branche une entaille,

on rapproche les plaies de façon à les faire coïncider parfaitement, on ligature ; lorsque la soudure est faite on tranche le greffon en dessous du point de contact et le sujet au-dessus.

2° La greffe en fente (fig. 15) se fait généralement au printemps. On taille le greffon en biseau, on coupe la tige du sujet horizontalement, on la fend et on insère le greffon en faisant coïncider les écorces : on lie, on couvre de terre mélangée avec de la bouse de vache et on enveloppe de chiffons. En Kabylie cette greffe est d’une application moins courante que la greffe en couronne et que la greffe en écusson.

14 bis. Greffes en écusson, — en fente anglaise. — 3° La greffe en écus-

Fig. 16. — Greffe en fente anglaise. À gauche, le sujet et le greffon; à droite, les mêmes encastrés et ligaturés.

son (fig. 14 consiste à prendre une plaque d’écorce portant

un œil, un bourgeon, c’est l'écusson, le greffon, que l'on insère dans l'écorce du sujet, taillée en forme de T: il ne reste plus qu'à lier. On fait cette greffe au printemps et en août ; on l'emploie surtout pour les jeunes sujets d'oranger, de citronnier, ete., et pour la vigne indigène. La greffe en écusson est aussi employée en Kabylie pour le figuier, que l'on greffe aussi en fente quand on veut rajeunir l'arbre ou changer l'espèce; mais le plus souvent le figuier, comme la vigne, est reproduit par simple bouture.

4 La greffe en fente anglaise (fig.

16) se fait de la facon suivante : on prend le porte-greffe et le greffon de même grosseur, on les entaille en biais, sur chaque entaille on pra-

' 2 3 , tique une fente d'environ un centi- Fig. 47. — Instruments de jardi- Mètre, On fait entrer les biseaux l'un Es SE cf % dans l’autre et on ligature : cette greffe est usitée pour la vigne culti-

vée en vue de la production du vin, Pour les opérations de greffe les indigènes se servent exclusivement de hachette et de couteau; ces outils peuvent être avantageusement remplacés par la scie à main et le

greffoir (fig, 17).

RÉSUMÉ

Le greffage consiste à faire nourrir un bourgeon ou un rameau détaché d’une plante et appelé greffon par une autre plante de la même espèce appelée porte-greffe ou sujet.

Le greffage permet de conserver, de mulliplier les bonnes variétés ;

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il ne réussit que si les arbres ou arbustes que l’on veut réunir sont de la même espèce. Dans les diverses greffes il faut avoir soin de bien faire coïncider les écorces et de protéger les greffons contre les vents desséchant(s.

QUESTIONNAIRE

Qu'est-ce que le greffage? Quels sont ses avantages? Peut-on greffer n'importe quel arbre sur n'importe quel autre? Quelles sont les differentes greffes que vous connaissez? Comment les effectue-t-on ?

Quelles précautions prend-on : 1° pour assurer la soudure du greffon et du sujet; 2° pour protéger les greffes contre les vents desséchants ?

ENSEIGNEMENT PRATIQUE

Faire exécuter des greffes au jardin de l’école, en attendant de les exécuter réellement au dehors. Insister sur la nécessité de faire des coupures, des seclions nettes, de facon que le bois ne soit pas écrasé, Apprendre à se servir de la scie, de la serpe et du sécateur. Habituer les élèves, lorsqu'ils taillent avec le sécateur, à tenir en dessus la grosse lame du sécaleur, celle qui ne coupe pas, de manière que la partie de latige pressée par elle et un peu endommagée tombe avec la coupe. Vérificr si les écorces des greffons et porte-greffes coïncident bien. Montrer que l'on doit de préférence lier les greffes avec des ligaments présentant une certaine élaslicité tels que : la laine filée, le raphia, les bandes de coton. — Fabrication de l’onguent de Saint-Fiacre (mélange de terre glaise et de bouse de vache).

Les jeunes indigènes peuvent être très utilement exercés à la pratique des diverses greffes. Dans certaines régions les greffeurs indigènes rendent service à la culture, particulièrement pour la reconstition du vignoble par le greffage en fente anglaise de la vigne francaise sur la vigne américaine.

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