QUATORZIÈME LECON
Labours.
35. Utilité des labours. — Nous allons commencer notre lecon par l'expérience suivante :
Mettons un morceau de sucre dans une assiette où il y a un peu d’eau : l’eau humectera complètement le morceau de sucre, même la partie qui émerge et par laquelle l'eau pourrait s'évaporer; mais si nous jetons sur le morceau de sucre un peu de poudre de sucre, celle-ci ne s’humecte pas et empêche l’eau du morceau de sucre de s'évaporer.
L'eau se conduit de la même facon dans la terre. Si la terre est dure comme le morceau de sucre, l’eau remontera des couches profondes jusqu'à la surface où elle s'évaporera sous l’action du vent et du soleil; si elle est ameublie à la surface, la partie ameublie formera couverture et retiendra l'eau qui profitera plus complètement aux plantes.
Cela ne vous montre-t-il pas clairement l'utilité des labours pour conserver la fraicheur du sol.
En même temps les labours aèrent le sol, l'air circule à travers la terre soulevée, exerce son action bienfaisante, prépare à la plante certains aliments. Outre qu'ils permettent au vé-
ne
gétal de mieux étendre ses racines par lesquelles il se nourrit, les labours débarrassent le sol des mauvaises plantes vivaces ; ils brisent, coupent, arrachent les racines des plantes qui peuvent nuire à nos cultures; telles les asphodèles, scilles, chardons, chiendents, etc. Ils servent enfin à enfouir les engrais et les semences.
36. Époques des labours. — On doit labourer lorsque la terre n'est pas trop humide mais suffisamment égouttée. « Mieux vaut le repos que le labour dans la boue. TsiF EL-ADIL OU ALA THAIRZA BOU ALOUDH », disent les fellahs, et ils ont certainement raison, car les terres argileuses, labourées lorsqu'elles sont mouillées, restent en mottes qui durcissent au soleil et sont ensuite très difficiles à briser; on dit alors que la terre est gâtée et il faut quelquefois plusieurs années de culture pour la remettre en bon état. Il ne faut pas non plus attendre pour labourer que la terre soit trop sèche, car la charrue y pénétrerait difficilement et les attelages fatigueraient énormément.
« Tout labour à la charrue, dit Ibn-al-Awam, dans un terrain sec est moins nuisible que celui exécuté dans un terrain argileux détrempé, parce que la qlèbe d'un terrain sec s'ameublit par la pluie, tandis que la glèbe de la terre molle quand elle à été durcie par le soleil ne s'ameublit jamais. »
Le soleil et la gelée mürissent les labours, c'est-à-dire effritent les mottes qu'ils rendent friables comme de la cendre.
Chaque fellah doit se rendre compte de la nature et de l’état de sa terre afin de la travailler aux moments les plus propices. Ce moment favorable est celui où le sol n’est ni trop sec ni trop humide, surtout s'il s'agit de terres fortes ou argileuses. Les sols sableux peuvent au contraire être labourés
toute l'année.
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36 bis. Amenzou.— Akelib.— Les fellahs distinguent deux époques de labours; c’est, suivant leurs expressions, L'AMENZOU, l'ADRREF-EL-LEKHERIE (le sillon d'automne qui va d'octobre à janvier) — l'AKELIB, l'ADHREF BOUKELIB (le dernier sillon qui va de janvier à mars). Il n’est pas besoin de vous dire que ce sont les labours d'automne faits dès les premières pluies qui produisent les meilleurs effets. Grâce à ces labours, la plante profite des réserves d’eau constituées par les pluies d'hiver, elle se développe et peut échapper aux sécheresses de l'été. Les cultures faites un peu tard, au printemps, sont d'une réussite moins certaine; elles donnent souvent des récoltes réduites par suite du manque d'eau au printemps.
Ne perdez done pas de temps : dès les premières pluies d'automne, labourez et semez, et soyez certains que comme le disent vos parents, l’'amenzou apporte de bonne heure l’abondance
« AMENZOU INZIK EL-KHEIR ».
37. Labours superficiels. — Les labours effectués avec la charrue indigène sont des labours tout à fait superficiels, ils ne font que gratter la terre; aussi ne remplissent-ils que très imparfaitement le rôle des labours, ils respectent trop les mauvaises plantes, ils ne retournent pas bien le sol, ne le divisent pas suffisamment et surtout pas assez profondément. Aussi les eaux pluviales n'y sont-elles pas retenues entièrement et les cultures y craignent-elles la sécheresse.
Avec ces labours, il faut, pour obtenir une bonne récolte, que les pluies suffisamment abondantes soient bien réparties. I faut qu'à l'automne les pluies soient précoces et suffisantes pour détremper le sol et permettre les labours, qu'après les semailles des pluies régulières entretiennent la végétation