VI —
joutes questions reprises et étudiées scientifiquement par l'agronomie moderne qui, dans bien des cas, n’a fait qu'expliquer les données de la pratique et de la tradition agricoles, en permettant toutefois une application plus générale et plus féconde de leurs enseignements.
Ce n'est pas seulement en Espagne et dans le Midi de la France que nous trouvons des monuments impérissables témoignant de l'activité et de la prospérité agricole des Maures. Dans l'Afrique du Nord les indigènes, avant nous, sans disposer du puissant outillage moderne, avaient exécuté des ouvrages d'hydraulique remarquables. Dans certaines régions pauvres en eau ils ont, au moyen d'immenses qaleries de drainage, capté l'eau du sous-sol pour l'employer à des irrigations, et en creusant des puits artésiens sans le secours de la sonde alors inconnue, ils ont vivifié des terres mortes. C'est aussi à eur que l’on doit ces plantations d'oliviers et de dattiers qui font la richesse de certaines parhes de l'Afrique du Nord.
Mais depuis des siècles cette prospérité agricole a disparu. Un état d'anarchie et d'insécurité, des querres continuelles. des invasions successives, un régime fiscal oppressif et ruineux sont les principales causes de celle siluation malheureuse qui, grâce à l’état de paix actuel, pourrait êlre avantageusement modifiée. Est-il léméraire, même après une st longue période de décadence, de tenter la rénovation de l'agriculture des Maures, en régénérant celle-ci au moyen des conquétes de l'agronomie moderne ? En s'appuyant sur les écrits des agronomes arabes, sur les traditions agricoles souvent résumées dans les maximes et
les proverbes musulmans, tout en faisant état des prescriptions coraniques, n'est-il pas possible de prendre l'agriculture arabe au point où elle est restée depuis son ère de prospérité, pour la faire évoluer dans la voie du progrès où du reste elle nous avait précédés ?
La grandeur de cette täche mérite tous nos efforts. C'est à la France, berceau de l'agronomie moderne et grande puissance musulmane, qu'il appartient de tenter celte restauration de l'Agriculture dans le Nord de l’Afrique, en montrant ainsi au Monde Musulman qu'elle reste fidèle à sa mission civilisatrice et à ses traditions généreuses de solidarité humaine.
Ce petit livre, œuvre d'initiative privée réduite à ses seuls moyens d'action, a élé écrit pour apporter notre modeste contribution à cette entreprise de relèvement de la condition sociale des indigènes.
LEeco et ROLLAND.
Alger, 4 avril 1906.