DIX-SEPTIÈME LECON
Aménagement des eaux. Rigoles d'écoulement, de desséchement. Irrigations.
44. Utilité de l’eau. Drainage. — L'eau est absolument nécessaire à la vie des végétaux, mais il faut qu’elle ne contienne pas de principes nuisibles; les eaux saumäâtres par exemple ne conviennent pas à la végétation de la plupart des plantes. Remarquons aussi que les eaux même légèrement salées rendent le tabac incombustible et en déprécient la valeur. Pourtant le palmier-dattier, le cotonnier s'en accommodent, pourvu que le degré de salure ne soit pas trop élevé.
Lorsque l'eau se trouve en surabondance dans la terre, la rendant ainsi marécageuse et insalubre, impropre à la culture, on en facilite l'écoulement au dehors en pratiquant des fossés qu'on laisse à cielouvert ou que l'on comble de pierres, de fagots. Ces fossés permettent l'écoulement de l’eau en excès et assainissent le terrain. On draine ainsi le sol et cette opération s'appelle le drainage. Dans certains cas il peut être utile de drainer pour enlever les eaux en trop après l'irrigation. On assainira ainsi ces terrains où la fièvre paludéenne exerce son action malfaisante.
15. Aménagement des eaux. — Mais le plus souvent on aura à se préoccuper non pas de drainer les terres, mais
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plutôt deleur fournir le plus d’eau possible. Nous n’aurions pas cette constante préoccupation si le régime des pluies était plus réqulier. I pleut beaucoup d'octobre à mai, du moins dans la région Tellienne, mais de mai à octobre il ne pleut pas ou presque pas. La quantité d'eau qui tombe annuellement serait toujours bien suffisante pour les besoins de la végétation si elle était mieux répartie. En été, c'est la sécheresse absolue; en hiver, ce sont parfois des pluies torrentielles qui ravagent les cultures. Qui de vous n’a observé ces pluies torrentielles? L'eau tombe en masse, bat la terre, la rend imperméable et n'étant pas retenue par la végétation, herbes ou arbres, elle court sur les terrains dénudés, descend rapidement vers les ravins en arrachant des lambeaux de terre végétale; elle arrive par flots énormes dans le lit de l'oued ordinairement à sec, le transforme en torrent boueux qui balaie ou submerge les cultures et noie malheureusement trop souvent gens et bêtes.
Il est donc de notre intérêt de chercher à régulariser dans la mesure du possible la course de ces eaux sauvages. Il faut aussi les retenir le plus possible dans les terres où elles ne sont plus nuisibles mais bienfaisantes; pour cela il faut tout d’abord ouvrir la terre à la pluie, il faut la labourer plus profondément.
16. Fossés, barrages, etc. — Dans les terrains en pente il faut ménager la végétation qui, par ses racines, facilite la pénétration des eaux de pluies et retient la terre que celles-ci emporteraient; on peut aussi, dans les coteaux mis en culture, faire des fossés horizontaux perpendiculaires à l'inclinaison du sol; l'eau sera retenue par ces fossés et sera mieux absorbée par le sol. Au pied des arbres on creuse des cuvettes, des fossés en forme de V qui se remplissent d’eau: dans les ravins à faible pente, on établit de distance en distance des barrages de
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pierres, d'argile, de roseaux, qui retiennent les eaux et les limons fertiles qu'elles charrient : on opère ainsi ce qu'on appelle le colmatage.
Enfin pour les eaux en excès on creuse des rigoles d’écoulement partout où elles sont nécessaires; on dirige ainsi ces eaux et on les empêche de raviner, d'enlever la terre végétale. C'est ce qu on fait en Kabylie pour conserver la mince couche de terre attachée au flanc de la montagne : on conduit les eaux dans des ruisseaux connus et mème désignés à l'avance pour cela.
Lorsque l'on à un cours d’eau près de soi, après avoir fait le nécessaire pour empêcher les eaux pluviales de le transformer en torrent, il faut chercher à utiliser l’eau qui y coule. Les Français ont établi sur certaines rivières, le Sig, l'Habra, le Mina, le Chéliff, le Hamiz, etc., des harrages, énormes constructions qui obstruent les vallées et constituent de grands réservoirs
Fig. 32, — Principe de la Servant à recevoir l'eau en hiver, pour
d'eau pour l'nigaton, Pouvoir ensuite en été l'utiliser à l'arro-
sage des terres situées en contre-bas.
Naturellement ces barrages-réservoirs sont fort coûteux, mais on peut généralement en certains points de l’oued qui traverse les terres de culture, établir de petits barrages de dérivation, faits de pierres, d'argile, de fascines, de roseaux. Si une crue plus forte que d'habitude arrive et emporte l'ouvrage, celui-ci étant peu coûteux et facile à faire, pourra vite être rétabli et continuer à fournir les eaux nécessaires à l’arrosage de quelques cultures.
Pour arroser en AÀ,on barre en amont la rivière BC, en un point D plus élevé que la terre à arroser, Puis on creuse,
en l’amorcçant en amont du barrage, un canal B E à faible pente qui amène l’eau sur le terrain à irriguer (fig. 32). Le barrage en D est fait en fascines, en pierres, en terre : il est peu élevé, juste assez pour détourner l’eau de la rivière dans le canal d'amenée. Lorsque survient une crue, l’eau passe au-dessus du barrage si elle ne l'emporte pas.
En été, certains oueds semblent à sec, mais en fouillant leur lit on trouve l’eau qui coule sous une couche de gravier, de sable et affleure lorsqu'elle rencontre un lit de rocher ou une couche de terre imperméable qui l'amène à la surface. I ne faut pas négliger de capter et d'utiliser quand cela est possible ces eaux de rivières souterraines.
RÉSUMÉ
L'eau est absolument nécessaire à la vie des végétaux. On draine une terre qui contient un excès d’eau, que cette eau ait été amenée par les pluies ou par les irrigations, excès qui rendrait la lerre insalubre aux hommes et impropre à la culture. Par suite du régime des pluies trop irrégulier, l'eau nous fait souvent défaut; aussi faut-il faire son possible pour ne pas en laisser perdre une goutte profitable aux cultures. Il faut par divers travaux utiliser les eaux pluviales, les eaux des oueds et les eaux des nappes souterraines. Par des labours profonds, des fossés horizontaux dans les terrains en pente, des rigoles d'écoulement, etc., on utilisera les eaux pluviales. Par des barrages on empèchera les eaux des rivières de courir à la mer. Les Francais ont construit des barrages-réservoirs très coûteux qui fécondent de grandes surfaces.
Toutes les eaux conviennent-elles à la vie des plantes? Que faiton lorsque l’eau se trouve en surabondance dans un terrain? Quelle
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doit être la préoccupation constante du fellah à l'égard de l’eau ? Quelles particularités présente le régime de nos pluies? Quels dommages peuvent causer des pluies torrentielles? Que doit-on faire pour utiliser les eaux sauvages? Comment utilise-t-on l’eau des rivières? Parlez des barrages-réservoirs. De dérivation. Des eaux souterraines de rivière.
ENSEIGNEMENT PRATIQUE
Se rendre compte du régime des pluies dans la région. Examiner les terrains du village qui pourraient être utilement drainés. Se rendre compte des effets d'une pluie torrentielle et examiner sur place comment on pourrait utiliser les eaux sauvages. Visiter les machines élévatoires installées dans la région : norias espagnoles, norias de construction française, béliers hydrauliques, pompes, puits à bascule (rerraz), puits à piste en plan incliné, puits artésiens, etc. Se rendre compte des conditions d'installation des barrages-réservoirs, des barrages de dérivation, des citernes, des chutes d’eau actionnant des moulins.
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