DIX-HUITIÈME LECON
Aménagement des eaux et irrigations (suile et fin).
47. R'dir. Feggaguir. Puits à bascule. — Dans les Hauts Plateaux les eaux descendent dans des cuvettes d'une certaine étendue et y forment les chotts, sebkha, zahrès, dont les eaux généralement trop salées sont le plus souvent impropres à l'arrosage des cultures et à l’abreuvement des animaux. On rencontre aussi de simples mares d’eau douce formées par les eaux pluviales retenues par l'imperméabilité du sol; ce sont les r’dirs, où les troupeaux peuvent s'abreuver au printemps, mais dont les eaux sont dangereuses au cours de l'été, parce que plus ou moins souillées, elles favorisent le développement des maladies infectieuses.
Dans le Sud, dans les régions sahariennes, les cultivateurs indigènes se sont toujours efforcés de capter au prix des plus grands sacrifices l’eau sans laquelle la vie serait impossible. Dans certaines contrées, par des travaux de fouille considérables, ils vont chercher dans le sous-sol les eaux d'infiltration captées au moyen de galeries souterraines, longues souvent de plusieurs kilomètres, à nombreuses ramifications et appelées feggaguir; ils drainent ainsi ces eaux el les amènent au dehors à ciel ouvert, pour les faire servir à l’arrosement des terres.
Des puisatiers indigènes (meallem et r’tass) ont depuis longtemps creusé des puits d'où l’eau est jaillissante ou tirée
au moyen d'une corde glissant sur une poulie; à l’une des extrémités de cette corde est attachée une outre qui se remplit d'eau, tandis que l’autre extrémité est tirée par un homme ou
Fig. 33. — Un puits à Bou-Sadda.
un animal qui va et vient, le long d'une piste d’une longueur égale à la profondeur du puits (fig. 33).
Fig. 35. — Double élévateur à bascule pour monter l’eau à un niveau supérieur permet-
Fig. 34. — Puits à bascule. tant l'irrigation (Figuig).
Dans d’autres régions où la nappe aquifère est à peu de pro-
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fondeur, on se sert de puits à bascule (rerraz). Une longue perche basculant sur un pivot porte à une extrémité un sac en cuir (dhelou) attaché par une corde, et au bout de l’autre bras du levier, beaucoup plus court, de grosses pierres dont le poids est plus que suffisant pour faire équilibre au sac en cuir, même rempli d'eau. Pour puiser de l’eau, un homme, en tirant sur la corde, abaisse le dhelou jusqu’au fond du puits : quand il est p'ein, il le laisse remonter par l'effet du contrepoids. Arrivé à l’orifice du puits, le dhelou est vidé dans un réservoir (fig. 34 et 35).
Fig. 36. — Puits artésien dans l’oued-Rirh.
48. Puits artésiens. Norias. — Les indigènes ont aussi tiré parti, lorsqu'ils l'ont pu, de la nappe d’eau souterraine s’étendant dans certaines régions sahariennes, dans l'Oued Rirh par exemple. Lorsqu'au moyen d'un puits on ouvre une issue à cette eau qui vient de régions plus élevées, elle jaillit à la surface et le puits s'appelle un puits arlésien (fig. 36). Les puits artésiens creusés par les meallem et les r'tass sont boisés, et
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réclament des curages fréquents; ils n'ont pu être creusés qu'au prix d'un travail extrêmement dangereux et pénible et lorsque le roc souvent trop dur ou trop épais qui recouvrait la nappe d'eau pouvait néanmoins être percé avecune simple pioche à pic.
Fig. 37. — Noria arabe. Le long d’une corde sans fin qui descend jusque dans l'eau sont attachés des vases en terre. La corde s’enroule sur une roue verticale que l'on fait tourner au moyen d'un manège. Les vases, en plongeant dans l’eau au fond du puits, se remplissent et viennent se vider dans une auge au niveau du sol,
Les Francais apportèrent encore en celle occasion aux indigènes du Sud un grand secours en suppléant au travail pénible et dangereux des r'tass, par l'emploi d’un mattriel de forage perfectionné et plus puissant; ils creusèrent nombre de puits arlésiens qui tous sont tubés en fer, et contribuent ainsi à développer la vie el la richesse dans cette vallée de l'oued Rirh
qui s'étend sur plus de 100 kilomètres de longueur et sur
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4 à 14 kilomètres de large. Il est inutile de vous dire qu'en maintes circonstances les indigènes furent remplis de joie et se répandirent en bénédictions sur les Français, lorsqu'ils virent l'eau bienfaisante des puits artésiens féconder leurs oasis et en augmenter la richesse.
Dans le Tellet les Hauts Plateaux on utilise aussi des nappes d'eau souterraines, mais le plus souvent celles-ci ne sont pas jaillissantes. Au moyen de norias {fig. 37), machines se composant de godets à chaines sans fin et actionnées par un animal, on élève l’eau qui sert à arroser les cultures.
49. Irrigations. Conclusion. — On irrigue et suivant la quantité d’eau dont on dispose on pratique divers modes d'irrigations. On peut laisser l’eau recouvrir le terrain pendant un certain temps. Ces irrigations sont surtout celles d'hiver; elles ont pour but, dans les régions où la saison des pluies est trop courte, d'emmagasiner dans le sous-sol la plus grande quantité d’eau possible qui servira pendant la saison sèche à la végétation des plantes. Elles sont utiles pour les céréales, les prairies, les oliviers, les vignes, les caroubiers ; mais elles doivent être autant qüe possible suivies de façons culturales, telles que binages maintenant meuble la surface du sol.
Ou bien on fait arriver l’eau dans des rigoles à ciel ouvert réparties sur toute la surface du terrain dans lequel elle s’infiltre. Ces irrigations, d'été surtout, se pratiquent pour la culture maraichère, les orangeries, olivettes, ete. ; le moment de la journée le plus propice à l’arrosage des plantes est l'après-midi et la soirée. « L’arrosement doit se faire vers la fin du jour », dit Ibn-al-Awam. Les irrigations doivent être habilement conduites, sinon elles peuvent devenir nuisibles aux cultures et rendre la région insalubre.
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En résumé, de même qu'il faut accumuler sur les terres le plus d'engrais possible, il ne faut pas laisser perdre une goutte d’eau, mais la mettre en réserve dans la terre afin qu'elle soit utilisée plus tard par les plantes. « Par cetle eau, nous ressusciterons la terre morte », dit le Koran. (Sourate x1nr.)
RÉSUMÉ
Les fellahs des régions sahariennes font tout leur possible pour utiliser les eaux. Ils ont creusé des feggaguir, des puits ordinaires ou artésiens. Les Français, grâce à un matériel perfectionné de forage, ont utilisé plus complètement la nappe d’eau souterraine qui s'étend dans l’oued Rirh sur plus de 100 kilomètres de long, et % à 14 kilomètres de large. Dans le Tell et les Hauts Plateaux on utilise les nappes d’eau souterraine au moyen de norias. Il y a les irrigations d'hiver et celles d'été. En Algérie il ne faut pas laisser perdre une goutte d'eau qui soit utilisable pour nos cultures.
QUESTIONNAIRE
Qu'est-ce qu’un chott? une sebkha? etc., un r'dir? Comment les fel- Jahs utilisent-ils les eaux dans le Sahara? Qu’entend-on par feggaguir? Quels travaux effectuent les r’tass indigènes? Comment les Français ont-ils développé la culture dans la vallée de l’oued Rirh? A quoi servent les norias, les rerraz? Quels sont les différents genres d'irrigation ?
ENSEIGNEMENT FRATIQUE
Voir si possible des feggaguir, des puits artésiens indigènes, français, des norias. Se rendre compte du mode d'irrigation employé dans la région, du tracé et de la disposition des canaux et rigoles d'irrigation. En appelant l'attention sur les services que rendent à tous, gens et bêtes, les travaux de captation des eaux, inspirer aux élèves le respect de ces travaux, à la conservation desquels est liée la prospérité de la région,