Semailles. — On a choisi les plus belles semences
dont on pouvait disposer; mais avant de les confier à la terre, afin de préserver la récolte à venir du charbon (rnazourr GUIGER) et de la carie, il faut avoir soin de mouiller les grains avec un lait de chaux obtenu en délayant 4 kilogrammes de chaux vive dans huit litres d'eau ; ou bien, on peut à l’aide de couffins, tremper les semences dans cinquante litres d’eau où l'on a fait fondre 1 kilogramme à 1 kilogramme et demi de sulfate de cuivre (vitriol bleu) (Tsousecc4, Zàdj azrag ou Toutiya). L'époque la meilleure pour semer est l'AMENZOU, l'époque des premières pluies; après décembre on devrait autant que possible ne plus semer du blé ou de l'orge; car c’est souvent de la semence et du travail peu productifs. Le fellah projette sa semence sur le sol qu'il laboure, mais pas assez bien; il devrait avoir le soin deloujours se faire suivre d'égaliseurs, d'IFEBBOUA- SEN, chargés de briser les grosses mottes qui nuisent beaucoup à la bonne venue de la récolte. Il faut enfin que, lorsqu'il le peut, le fellah cultive ses terres à céréales comme à Sidibel-Abbès, Sétif, qu'il fasse des labours de printemps, suivis de labours d'automne; les semailles se feraient plus vite et la récolte future serait plus certaine.
op
On sème à la volée et de façon à répandre le plus régulièrement possible les semences sur le sol; habituellement les fellahs sèment trop épais et dépensent ainsi trop de semences; travaillez mieux vos terres, employez de meilleures semences et vous pourrez semer moins tout en récoltant davantage. On sème 80 à 100 kilogrammes de blé ou d'orge à l'hectare. Pour économiser les semences et les répartir très régulièrement, les colons utilisent quelquefois un instrument appelé semoir. La semence doit être enterrée à une profondeur moyenne de 5 à 6 centimètres (fig. 2).
Fig. 41. — Moisson à la faucille.
8. Désherbage, moisson, dépiquage. — Lorsque le blé ou l'orge est hors de terre, avant qu'il ne monte, on échardonne, on enlève les mauvaises herbes : c'est une opéra-
tion que ne manquent pas de faire les Kabyles avec la pioche à manche court (rHAKkABACHT, gadoum). Lorsque les récoltes sont mères, c'est-à-dire à fin mai ou en juin, suivant les régions, on moissonne; on coupe les orges les premières.
Fig. 42. — Faucille arabe pour moissonner, Couper le four- Fig. 43. — Moissonneuse-lieuse pour couper, rage, tondre les moutons. mettre en gerbes et lier les céréales.
Fig. #4, — Dépiquage. Les gerbes étant placées sur l'aire, sont piétinées par des bœufs, des mulets, qui tournant en cercle sur les épis en détachent les grains.
Dans la Kabylie montagneuse le blé et l'orge sont arrachés à la main, pour avoir toute la paille : dans les autres régions, le fellah moissonne à la faucille (fig. 41, 42), en laissant sur place la plus grande partie de la paille; il fait des poignées (rira- DELIOUIN) qui sont liées, réunies dans un filet, chargées sur un mulet et transportées sur la place à battre, l'aire (anvark., tarha) préparée à l'avance. Pour préparer l'aire on aplanit le terrain, on le pioche, on le mouille et on le bat. Puis on le recouvre d'une couche de terre à poterie mêlée de fumier que l’on pilonne de manière à avoir une surface dure. Là on dépique (fig. 4%) la récolte, c'est-à-dire on fait tourner en rond sur les épis, des
Fig. 45. — Vannage en plein vent. On soulève à une certaine hauteur le mélange de grain et de menue paille : sous l’action du vent, la paille est emportée plus loin, tandis que le grain retombe sur place.
mulets, des chevaux, des ânes ou des bœufs; la paille est broyée et pour en séparer le grain, on jette en l'air ce mélange de paille et de grain en se servant d’abord d’une fourche, puis
d'une petite pelle en bois ; le grain retombe sur la place à battre. le vent transporte un peu plus loin la menue paille dont on fait des meules (fig. 45.
Le dépiquage exige beaucoup de temps, aussi les colons utilisent-ils parfois des machines à battre.
Ces machines séparent très rapidement le grain de la paille; les grains sont habituellement nettoyés par la même machine, sinon on les passe dans un instrument appelé {arare (lig. 46) disposé de facon à produire un courant d'air qui chasse tous les débris mélangés aux
Fig. 46. — Tarare : moulin
nvant à nettoyer les 8rains. Remarquons que comme semengrains. ce, le grain séparé de la paille par dépi-
quage est préférable à celui battu à la machine.
59. Vente. — Emmagasinage de la récolte. — Lorsque la récolte est battue, si les prix sont convenables, il faut vendre; mais il faut avoir soin de qarder ce qui est nécessaire pour l'alimentation et les semailles futures. Les grains que l’on garde doivent être bien secs et
conservés à l'abri des insectes etde l'humidité ;ils sont mis en sacs, oudans des tellis, dans des koufis
(jarres en terre) (fig. 48) ie : . — Silo souterrain én briques pour la ou encore dans des silos conservation des graines,
Les silos sont des excavations souterraines sans revêtement et qui ont la forme d'une bouteille; ils doivent être creusés en terre calcaire et sèche, être à l'abri des inondations. Avant de remplir un silo, les fellahs y font du feu pour le sécher, ils garnissent ensuite de paille le fond et les parois; puis le grain bien sec est mis dans le silo et tassé avec les pieds de facon à ce qu'il ne reste aucun vide : quand le silo est bien plein on recouvre les grains d’un lit de paille, puis de pierres plates qui sont elles-mêmes recouvertes d’argile sur laquelle on jette de la terre ordinaire, ce qui permet de cacher l'emplacement du silo. On ne doit jamais descendre dans un silo sans l'avoir auparavant bien aéréet sans s'être assuré qu'une bougie peut y brüler, sinon on pourrait être asphyxié.
Nous avons vu des silos creusés
dans le tuf et garnis à l'intérieur
de plaques de zinc soudées : dans ee ee ee “
ces silos la conservation des grains les femmes kabyles et servant à emmagasiner les grains, les figues,
était parfaite, sans aucun déchet et ete.
sans que le grain contracte cette
odeur spéciale des grains ensilés. On fait aussi des silos en
ciment ou en briques avec chaux hydraulique d'un prix de re-
vient de 2 francs l'hectolitre (fig. 47).
Une condition indispensable pour que le grain se conserve en silo, c’est qu'il soit introduit bien sec. Pour cela on l'expose quelque temps au soleil.
En Kabylie, on ne fait pas en général usage de silos, les grains sont conservés soit dans de grands vases en terre non
cuite, appelés koufis et que les femmes construisent sur place dans l'intérieur des maisons (fig. 47), soit dans de grands sacs en halfa, ou encore dans de petites constructions en pierres, servant de magasins. En Kabylie, la paille dépiquée est conservée dans des huttes rondes (ATHEMMA) couvertes en diss ou en halfa (fig. 56). Le pourtour de ces abris est souvent formé de pierres sèches.
RÉSUMÉ
Il ne faut pas semer sans avoir sulfaté les semences. Le meilleur moment pour semer est l’époque des premières pluies. Le fellah doit faire de meilleurs labours, briser les grosses mottes et semer moivs épais en employant de plus belles semences. Il ne faut pas manquer de sarcler les champs de blé ou d'orge. La moisson commence fin mai ou en juin, et la récolte est dépiquée au pied des bêtes. Il faut nettoyer parfaitement les grains, les séparer des débris de toutes sortes et de la poussière. La récolte bien nettoyée et sèche est vendue ou conservée dans des tellis, des silos, des koufis ou des magasins, ete. Le fellah doit conserver les grains nécessaires à son alimentation et aux futures semailles.
QUESTIONNAIRE
Pourquoi faut-il sulfater les semences? Quelle est la meilleure époque des semailles? Comment le fellah doit-il faire ses semailles ? A quoi sert le semoir? Pourquoi faut-il sarcler les champs de blé ou d'orge? Quand commencent les moissons et comment se fontelles? Comment dépique-t-on? À quoi sert la machine à battre ? Où rentre-t-on la récolte ?