‹ Le livre du fellahChapitre 41 sur 104 · VINGT-TROISIÈME LECON · texte numérisé non relu

VINGT-TROISIÈME LECON

Fourrages. — Jachères. — Prairies aériennes, Conservation des fourrages, ete.

64. Nécessité des fourrages. — On appelle fourrages les plantes des champs servant à l'alimentation du bétail.

Pendant la belle saison, les animaux trouvent presque toujours dans les champs la nourriture nécessaire; mais en hiver et pendant les sécheresses les pâturages n'offrent plus qu'une alimentalion insuffisante aux animaux, qui maigrissent et qui parfois meurent de faim, quand on ne peut leur donner, sous forme de foin ou de paille, un supplément de nourriture.

Le plus souvent malheureusement le fellah ne fait pas provision de fourrages, et souvent ainsi, il se trouve cruellement puni de cette négligence; car faute de nourriture de nombreux troupeaux dépérissent ou tout au moins maigrissent et perdent une grande partie de leur valeur marchande. Pendant la mauvaise saison on constate une grande mortalilé dans le bétail, mortalité qui serait évitée si le cultivateur avait quelques réserves permettant de passer les mauvais jours et les intempéries pendant lesquels le bétail ne peut s'alimenter au dehors.

65. Prairies naturelles. Terres en jachère.— Ilfaut reconnaitre cependant que dans certaines régions, en Kabylie par exemple, les cultivateurs indigènes sont plus prévoyants : ils recueillent l'herbe fine et excellente, le foin de montagne (ASARZ OUR BOUDRAR, gort) qui pousse naturellement dans cer-

tains endroits plus frais, mais trop rares, appelés prairies ALMA, meroudj').

A la suite d’une culture de céréales, les terres plus particulièrement favorables à la production de l'herbe sont, une fois la récolte enlevée, abandonnées à elles-mêmes; on ne prend d'autre soin que celui d'enlever les plantes grossières que le bétail dédaignerait, et on y laisse poussér l'herbe. Le terrain en jachère ainsi réservé pendant un an ou deux pour faire du foin s'appelle aouk’pAL. À ce propos il faut remarquer que si un terrain était laissé longtemps en jachère, il finirait par ne produire presque plus; il faut qu'il soit de temps à autre labouré et mis en culture.

Lorsque cela est possible, il faut arroser les terres destinées à produire du fourrage dès les premières pluies d'automne; on peut, dans bien des cas, utiliser les eaux qui coulent des fonds supérieurs pour arroser les prairies naturelles et les terres qui doivent rester en jachère. Sous l’action des dernières chaleurs de l’année les herbes poussent, se développent assez pour supporter sans dommage les froids de l'hiver et donnent au printemps un fourrage abondant.

66. Fauchaison. — Naturellement on ne doit pas mener paitre le bétail dans

les terrains devant fournir du fourrage à . . , ALL.

; Fig. 53. — Faux. P, pierre à

faucher, du moins pendant la période de affüter;A, récipient eau ;

: M. Marteau; E, enclume croissance des herbes. portative.

Lorsque les plantes sont en fleurs, c'est-à-dire en mai, plus ou moins tôt, suivant les régions, on les coupe, on les fauche

Fig. 55, — Indigènes coupant l'herbe à la faucille. Trop souvent les pierrres empéchent de se servir de Ja faux.

ordinairement à la faux (fig. 53) que le Kabyle à appris à manier au contact de l'Européen, mais qui est encore peu en usage chez l'indigène quile plus souvent coupe l'herbe à la faucille. Pendant quelques jours, on retourne, on fane le fourrage pour le faire sécher ;une fois sec on le ramasse (fig. 54) et on le réunit en meules.

Remarquons que pour pouvoir faucher à la faux, il faut au printemps, avant que l'herbe ne pousse, prendre le soin d’enle-

ver les pierres (fig. 55).

Fig. 56. — Athemma. En Kabylie, la paille de dépiquage et le foin sont conservés dans des huttes rondes faites en roseauxet piquets plantés en terre etrecouvertes de diss. Là où la pierre est commune, le clavonnage extérieur est remplacé par des pierres sèches.

67. Conservation des fourrages. — Les Kabyles conservent la paille et le foin dans des sortes de huttes appelées MANUEL D’AGRICULTURE, ù

ATHEMMA, formées au moyen de piquets hauts de 2 mètres et plantés circulairement. Entre ces piquets on entrelace des branchages, puis on couvre au moyen de diss ou d'halfa : autour on accumule du jujubier sauvage pour empêcher le bétail d'approcher (fig. 56).

Pour la couverture des meules, on pourrait aussi se servir d'un enduit en terre glaise pétrie et mélangée de paille broyée et de bouse de vache, comme font les Arabes. Ce torchis est appliqué quand la meule s'est suffisamment tassée.

La paille peut ainsi être conservée pendant plusieurs années.

Les meules de fourrages doivent être placées sur un terrain sec.

68. Diverses ressources fourragères. — Dans les montagnes où il y a peu de terres labourables, les Kabyles ne manquent pas non plus de recueillir à l'entrée de l'hiver, comme fourrage, le feuillage de certains arbres qui constituent ainsi de véritables prairies aériennes. En Kabylie, les frênes sont cultivés spécialement pour la production de la feuille qui sert de fourrage; ils sont à cet effet méthodiquement ébranchés (fig. 71). Les Kabyles donnent aussi à leurs animaux des feuilles et brindilles de chêne vert (kerrouch, AKkERRoUcH), d'olivier sauvage, de micocoulier, de cerisier, de figuier, d'orme, de peuplier, de saule, de mürier, etc.

Les plantes provenant du désherbage des céréales, les raquettes d’une sorte de figuier de Barbarie sans épines (KaR- MOUS EL H'ALOU), coupées en morceaux et mélangées de courte paille, la paille des dépiquages, les feuilles de maïs, de millet, de bechna, les racines et les tiges de chiendent (gouzmir, AFFAR), les laiterons (ruMErzouGA), le diss, les branches jeunes de clématite (rnouzzimr), les asperges sauvages, les figues et olives tombées avant maturité, tout cela sert à l’alimen-

tation du bétail. Un bon fellah doit connaitre parfaitement toutes les plantes susceptibles d’être mangées par les animaux, et à chaque saison il doit les leur donner et en faire provision s'il se peut.

Une fois ces provisions de fourrages faites, il devra prendre toutes les précautions pour qu'elles ne se gâtent pas; car le fourrage c’est de l'argent : le bétail mieux nourri se porte mieux, engraisse, et se vend plus cher.

RÉSUMÉ

On appelle fourrages les plantes des champs servant à l'alimentation du bétail.

Le fellah doit connaître toutes les plantes susceptibles d’être mangées par le bétail et en faire provision. Il récoltera par exemple le foin des terrains frais, des prairies; il recueillera le fourrage produit par les terres laissées en jachère, il le fauchera, le fanera, le mettra en meules. Il recueillera aussi les feuilles et brindilles de certains arbres; frêne, olivier, micocoulier, etc., qui constituent de véritables prairies aériennes. Il donnera également à son bétail la paille des dépiquages et toutes les plantes fourragères qui viennent en diverses saisons et qui ont de la valeur puisqu'elles permettent de mieux nourrir le bétail, de l’engraisser afin de le vendre plus cher.

QUESTIONNAIRE

Qu'’entend-on par fourrages? Où les animaux trouvent-ils leur nourriture? Comment appelle-t-on un endroit frais produisant constamment de l'herbe? Comment produit-on le fourrage? Comment s'effectue le auchage? le fanage? Qu'entend-on par arbres fourragers? Quels aliments peut-on encore donner aux animaux? Que fait ordinairement le fellah? Que doit-il faire

ENSEIGNEMENT PRATIQUE

Se rendre compte des pertes que font les fellahs par suite du manque de réserves fourragères.

Montrer les fourrages à utiliser dans la région.

Montrer comment on peut les conserver. Apprendre à manier la faux, à l’affûter, à la rabattre, à faner le fourrage.

Distinguer les plantes fourragères des mauvaises,

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