La luzerne. — Le fellah ne doit pas se borner à uti
liser toutes les ressources en fourrage que peuvent spontanément donner ses champs; il devra aussi faire son possible pour accroître la production fourragère de son exploitalion en cultivant la luzerne, le sulla et des fourrages verts.
La luzerne (nefell) (fig. 57) est un excellent fourrage demandant un terrain irrigable ou frais; elle a l'avantage d’enrichir le sol, aussi une culture de céréale réussit-elle très bien après ce fourrage.
Le terrain où l’on a semé de la luzerne s'appelle une luzernière; elle dure plusieurs années et s'établit de la façon suivante.
Le sol ayant été défoncé, ameubli et nettoyé, on sème la luzerne à raison de 20 à 25 kilogrammes à l’'hectare, à l’au-
Fig. 57. — Luzerne.
tomne si des gelées ne sont pas à craindre; si l’on craint la
gelée on sème au printemps. La graine est recouverte très
légèrement et arrosée s'il ne pleut pas.
Les arrosages se font en été tous les huit jours,
On fume la luzerne avec du plâtre, des cendres et chaque année à l'automne on enlève les mauvaises herbes. La luzerne se consomme en vertou sèche. Verte et donnée sans précaution en trop grande quantité, la luzerne pourrait causer la méléorisalion, c'est-à-dire fermenter dans l'estomac des animaux, le faire gonfler de façon à empêcher les poumons de fonctionner; l'animal météorisé étouffe, s'asphyxie. On peut éviter cet accident en mélangeant la luzerne avec la paille des dépiquages.
Une luzernière peut fournir de 6 à 8 coupes dans l’année.
La luzerne doit être fanée rapidement et séchée par petits tas, de facon à éviter la chute de ses feuilles qui sont les parties les plus nourrissantes de la plante.
L'ennemi de la luzerne est la cuscule; c'est une plante qui vit aux dépens de ce fourrage. Dès que l’on aperçoit des taches de cusecute, il faut racler la surface de la tache pour enlever les plantes atteintes et les brûler sur place; il faut surtout ne semer que des graines bien décuscutées, c'est-à-dire parfaitement débarrassées de graines de cuscute.
Nous ne saurions trop conseiller au fellah qui dispose d'un coin de terre irrigabie d'y semer un peu de luzerne. Ainsi il aura presque toute l'année du fourrage vert qui lui permettra d'entretenir une vache laitière dans les meilleures conditions.
10. Le sulla, fourrages verts. — Ze sulla que les fellahs connaissent bien, est également un fourrage qui pousse naturellement dans certaines terres calcaires, mais dont la graine germe trréqulièrement.
Pour le propager on peut, dans les terrains où il pousse spontanément, ramasser de la graine de sulla, et lorsqu'on sèmera le blé, l'orge, on répandra en même temps le sulla; ce qui se fera sans dépense. Après la moisson, aux premières
pluies de l'hiver, le sulla se développe et pourra fournir du fourrage que l’on récoltera l’année suivante en mai, de bonne heure, dès le commencement de la floraison. Pour le fanage il faut prendre les mêmes précautions que pour la luzerne.
Les tiges et les feuilles de maïs, de sorgho fournissent également une excellente nourriture au bétail.
Remarquons que les plantes fourragères ne peuvent être données fraiches aux animaux que pendant un certain temps; au moment de leur floraison on doit en faire provision pour les donner ensuite sèches pendant la mauvaise saison; aussi il est utile d'avoir, le plus tôt possible à la fin de l'hiver, des fourrages verts, qui constituent une nourriture abondante et fraiche, favorable à la bonne santé du bétail et à la production du lait.
Voici comment on obtient des fourrages verts : en terres fumées abondamment, bien exposées, on sème de l'orge à l'automne dès les premières pluies et lorsque les plantes ont un certain développement on coupe au fur et à mesure des besoins, puis on laisse repousser; suivant l'abondance des pluies, on peut encore obtenir une récolte de graines.
La culture de l'orge pour la production du fourrage vert (qacil, est très recommandable. Ce fourrage est excellent pour les mères et les vaches laitières : dans le Sud, quand ils le peuvent, les Arabes le donnent à leurs chevaux lorsqu'ils sont échaufrés.
RÉSUMÉ
La luzerne est un excellent fourrage qui demande un terrain wrigable, bien ameubli. La luzerne doit être fauchée, fanée rapidement, séchée par petits tas afin d'éviter la chute de ses feuilles. L’ennemi de
la luzerne est la cuscute. Il ne faut semer que des graines de luzerne décuscutées. I faut donner la luzerne verte mélangée avec de la paille des dépiquages. Le sulla est un bon fourrage. Le fellah obtiendra des fourrages verts à donner au bétail à la sortie de l'hiver, en semant de bonne heure de l'orge en terres bien fumées. Le fellah doit non seulement ramasser les plantes fourragères fournies naturellement par les champs, mais aussi faire produire à ses terres le plus de fourrage possible; il pourra ainsi accroître son bétail, le mieux soigner et en lirer plus de bénéfices.
QUESTIONNAIRE
Qu'est-ce qu'une luzernière? Comment l’établit-on? Comment la soigne-t-on? Quelles précautions faut-il prendre en donnant la luzerne verte au bétail? Pourquoi? Comment récolte-t-on la luzerne? Qu'est-ce que la cuscute? Comment fait-on pour la détruire? Pour s’en préserver? Comment peut-on cultiver le sulla? Qu’entend-on par fourrages verts? Quelle est leur utilité? Comment les oblient-on? Que doit faire le fellah pour avoir beaucoup de fourrage?
ENSEIGNEMENT PRATIQUE
Établissement d’une luzernière dans le jardin.
Montrer de la cuscute si possible.
Montrer comment doit se faire le fanage de la luzerne et du sulla. Montrer comment s’obtiennent les fourrages verts.
Maniement de la faux.