Lin, chanvre, agave, etc. Le
Fig. 63, — Lin en fleur.
lin (fig. 63) (kettân,
TuIFEST) était beaucoup plus cultivé avant l'introduction des étoffes de cotonnade dans notre pays, en Kabylie surtout, où l’on fabriquait d'excellente toile de lin. Le lin demande un sol riche et frais. On le sème aux premiè-
£ res pluies, on bine
et on récolte un peu avant que la graine ne Soit
mûre, On fait sécher le lin, on en recueille la graine, puis on
le fait rouir, c'est-à-dire tremper dans l'eau pendant un cer-
tain temps. Le rouissage présente de sérieuses difficultés dans
notre pays, où l'eau courante fait souvent défaut. Après le rouissage du lin on le teille en brisant les tiges, puis on le peigne pour séparer les brins (ADELAL) de l'étoupe (AkMaAn.
La graine de lin est rafraichissante.
Le chanvre (fig. 64) (querneb), est peu cultivé; cueilli vert il donne le kif ou haschich que les indigènes fument dans de petites pipes spéciales. Le kif enivre et son usage répété mène à la folie.
Il ne faut jamais fumer de kif.
L'agave (fig. 65) (sabarr) renferme dans ses feuilles que l’on écrase et râpe une filasse
Fig. 64. — Chanvre.
Fig. 65. — Agave. Indigènes extrayant la fibre des agaves bordant une route. MANUEL D'AGRICULTURE, 9
forte. blanche et brillante servant à faire des cordes, des nattes, des mèches de fouet, etc.
Pour extraire la fibre, on écrase les feuilles avec un maillet et on räpe avec un couteau de bois pour enlever la matière verte.
76. Palmier nain, diss, halfa. Le palmier nain (doum, TAGUEZDOMT, TEZZOMT) ne se cultive pas; on l’exploite là où il se trouve pour tirer de ses feuilles des fibres connues sous le nom de crin végétal. Ce produit se vend très bien. Avec le palmier nain on fait des cordes, des objets de vannerie usuelle, nattes, paniers, etc. La cueillette du palmier nain est faite en général par les indigènes. Une terre couverte de palmiers nains n'est pas de mauvaise qualité en général, mais elle est très difficile à défricher.
Le diss (diss, ADLÈS) est une plante que l’on rencontre souvent dans les terrains de parcours. Jeune, elle sert de nourriture au bétail ; on en fait des nattes, des articles de vannerie : on l'utilise aussi pour couvrir les meules, les gourbis et les maisons, etc.
L'halfa (Arr des Kabyles) pousse naturellement dans les Hauts Plateaux, surtout dans le sud du département d'Oran où il recouvre de grands espaces s'étendant à perte de vue et constituant ainsi ce que l’on appelle {a mer d'halfa. Cette plante vient dans les sols secs, calcaires, brülés par le soleil, balayés par les vents; on n’en voit pas dans les dayas, où les terres sont plus argileuses, plus humides. L'halfa se rencontre par touffes irrégulières, parsemées çà et là; les feuilles, longues de 0,50 à 0",80, donnent une fibre très estimée, servant à faire des couffins, des scourtins pour l'huile, des nattes, du papier, etc. Il n'y a pas de culture d’halfa : l'administration des Domaines fixe les lieux et le temps de l'exploitation (environ sept mois de l’année).
On exploite l'halfa en mai et de facon à abimer le moins possible la souche de la plante. L'ouvrier halfatier enroule les feuilles autour d’un petit bâton et les arrache en tirant; il en fait des poignées ou des manoques qu'on laisse sécher et que l'on meten bottes et en meules en attendant de les utiliser ou de les expédier dans certaines usines où l’on travaille
Fig. 66. — Élèves des écoles indigènes apprenant à confectionner des Corbeilles avec des roseaux refendus et des tiges de lentisque ou de laurier-rose.
l'halfa. L'halfa est une richesse naturelle de notre pays, nous devons l'exploiler sagement afin de ne pas la voir disparaitre des terrains où toute autre plante utile ne peut vivre.
Les indigènes sont très habiles à tirer parti des végétaux qui croissent spontanément pour confectionner divers articles de vannerie. Avec les roseaux ils font des claies pour sécher les figues : les hampes de férule servent à faire des cages légères
pour le transport des œufs, des poules, des fruits. En associant le roseau avec le lentisque et les rejets de laurier-rose, ils fabriquent des corbeilles et des paniers pour divers usages agricoles, etc. (fig. 66).
RÉSUMÉ
Avant l'introduction des cotonnades on cultivait Je lin en Kabylie. Le chanvre est quelquefois cultivé pour en obtenir le kif. Lorsque l’on fume le kif trop souvent, on devient fou: n'en fumons jamais.
L'agave donne une fil&sse forte, blanche et brillante. Le palmier nain donne le crin végétal qui se vend bien et ses feuilles servent à confectionner une foule d'objets de ménage, tapis, couffins, nattes, etc.
Le diss sert à la nourriture du bétail et aussi à faire des couvertures de meules, de gourbis, etc. (fig. 66).
L'halfa pousse naturellement dans le Sud, il vient dans des terres où aucune autre plante utile ne peut vivre; il faut l’exploiter sagement pour ne pas le détruire. L’halfa sert à faire des nattes, des couffins, du papier, etc.
QUESTIONNAIRE
Pourquoi ne cullive-t-on plus de lin en Kabylie? Comment se fait celte culture? Qu'entend-on par rouir le lin? Pourquoi cultive-t-on le chanvre? Pourquoi ne faut-il pas fumer du kif? À quoi sert l'agave? le palmier nain ? le diss? Où pousse l’halfa? A quoi sert celte plante? Comment exploite-t-on l'halfa? Pourquoi faut-il exploiter convenablement l'halfa ?
ENSEIGNEMENT PRATIQUE
Montrer des échantillons de lin, de chanvre, de filasse d’agave, de crin végélal, d'halfa. Séparation des fibres.
Se rendre compte, si possible, de la culture et de l'exploitation de ces piantes et visiter une fabrique de crin végétal.