QUAPANTE ET UNIÈME LECON
Le cheval (hecäine, aoud).
116. Utilité du cheval. — Diverses races. — Le compagnon du Prophète Sidi-Aomar disait : Aimez les chevaux, soignez-les, ils méritent votre tendresse, traitez-les comme vos enfants el nourrissez-les comme des amis de la famille, vétissezles avec soin. Pour l'amour de Dieu ne les négligez pas, car vous vous en repenliriez dans cetle maison et dans l'autre. Aussi les Arabes ont en général toujours élevé avec soin le cheval, qui est un précieux auxiliaire pour divers travaux et en particulier pour la culture des champs.
Races d'Algérie. (Barbe, arabe). — Avant la venue des Arabes en Algérie, tous les chevaux appartenaient à la race barbe, c'était la race du pays et encore aujourd'hui la plupart des chevaux sont de race barbe. Le cheval arabe, venu avec son maitre, n'est pas Lrès répandu et actuellement les deux races barbe et arabe sont très souvent mélangées et difficiles à reconnaitre.
Le cheval barbe est d'une taille moyenne, 1,50, la tête est courte et carrée ; l'œil grand, à fleur de tête, est vif; le poitrail est large, le dos et les reins sont courts, la croupe est oblique etcourte comme celle du mulet, les membres sont forts. Quoique moins élégant quele cheval arabe, il mérite par son endurance,
peut-être encore mieux quece dernier, cet éloge que nous trouvons dans un chant arabe : «Zl peut la faim, il peut la soif ». Le cheval indigène à beaucoup de fond, de vigueur, il est sobre. Les plus beaux chevaux barbes se trouvent dans les plateaux élevés du département de Constantine et dans les régions de Tiaret, de Frenda (département d'Oran), etc. (fig. 97).
Fig. 97. — Cheval barbe.
117. Reproduction. — On a essayé d'introduire dans notre pays des races étrangères, elles ne valent pas la nôtre que nous devons améliorer par une bonne alimentation et en n'’utilisant que les meilleurs sujets pour lareproduction. Les bons éleveurs indigènes sont d'avis que l’âge le plus favorable à la reproduction est, pour les juments, de quatre à douze ans, et pour les chevaux (étalons), de six à quatorze; ils se montrent frès difficiles sur le choix de l’étalon et disent : Choisissez l'élalon el
choisissez-le encore, car les produits ressemblent beaucoup plus
à leurs pères qu'à leurs mères. Souvenez-vous que la jument n'est qu'un sac; vous en relirerez de l'or si vous y avez mis de l'or, el vous n'en retirerez que du cuivre si vous n'y avez mis que du cuivre. Quant à la jument, son choix n'est pas indifférent, et le meilleur produit sera celui obtenu d'un père et d'une mère tous deux de choix. Le Gouvernement choisit et fournit les étalons qui sont disséminés pendant un certain temps dans diverses stations; les indigènes n’ont donc plus qu'à choisir leurs meilleures juments. De plus, des concours sont organisés où les chevaux les mieux conformés, les mieux soignés recoivent des prix en argent. Dans certaines villes on donne des courses où les meilleurs coureurs sont récompensés. Il y a tous avantages à obtenir de bons produits, d'autant plus qu'un bon cheval ne coûte pas plus cher à nourrir qu'un mauvais et rend beaucoup plus de services (1).
118. Élevage. — Le petit du cheval et de la jument (aouda) se nomme poulain (djedâ). La jument porteonze mois; il faut vers la fin de la gestation éviter de faire trop travailler la jument, lui assurer une bonne alimentation et la mettre à l'abri desmauvais temps. La jument est bonne mère, elle nourrit son poulain que l’on sèvre vers le sixième ou septième mois. Pour sevrer le poulain on l’éloigne de la mère pendant un jour entier d'abord, puis pendant deux et ainsi de suite en augmentant la durée de la séparation. C’est surtout après le sevrage que le poulain doit recevoir une nourriture abondante et substantielle; c'est à ce moment qu'il deviendra, suivant la nourriture qu'il recevra, un bon ou médiocre animal. Sidi Hamed ben Youssouf à dit :
(A4) Proverbe arabe : « La richesse vient du labour, ou par héritage, ou du ventre des juments. »
Si je n'avais pas vu la jument faire les chevaux, je diras que c'est l'orge; c’est donc la nourriture qui fait le bon cheval.
On commence à dresser le poulain à l'âge de dix-huit mois, on le conduitau pâturage monté par un enfant; à deux ans on peut commencer à le brider et à le seller, on lui fait faire en procédant avec douceur des travaux de courte durée en rapport avec ses forces. À quatre ans le dressage du cheval doit être terminé et il peut être utilisé journellement. En général le fellah fait travailler son cheval trop tôt, à trente mois et lui fait faire des travaux trop pénibles pour son âge et ses forces. Il dit pour s'exeuser qu'il est pauvre et que c’est le besoin qui le pousse à utiliser son cheval le plus tôt possible; en agissant ainsi il ruine la bête qui n’a plus autant de valeur et ne rendra jamais autant de services.
RÉSUMÉ
Les chevaux de notre pays sont presque tous de race barbe ; on trouve cependant quelques chevaux arabes, ces deux races sont mélangées et difficiles à distinguer. Le cheval d'Algérie est sobre et a beaucoup d'endurance et de vigueur. Les races étrangères ne valent pas la nôtre qu'il faut s’efforcer d'améliorer en choisissant de bons reproducteurs et en nourrissant bien les animaux. Le gouvernement donne des récompenses, des primes en argent à ceux qui possèdent les meilleurs chevaux. La jument est bonne mère. On sèvrele poulain vers le sixième el septième mois et on le dresse à partir de dix-huit mois. Il faut lui fournir une nourriture abondante. Un poulain #al nourri deviendra un #auvais cheval. Souvent le fellah fait travailler le jeune cheval frop et trop tôt, il ruine la bête.
QUESTIONNAIRE
Quel est le rôle du cheval chez l'indigène? A quelles races appartiennent les chevaux de notre pays? Faites la description du cheval barbe? Quelles sont les qualités de nos chevaux? Où trouve-t-on les meilleurs chevaux? Comment le gouvernement encourage-t-il les éleveurs? Comment se nomme le petit de la jument? Comment le sèvret-on? le dresse-t-on? Pourquoi faut-il bien le nourrir? Que disait Sidi Hamed ben Youssouf? Pourquoi le fellah ne doit-il pas faire travailler (rop et trop tôt le cheval?
ENSEIGNEMENT PRATIQUE
Se rendre compte des soins donnés au cheval. Les discuter. Voir comment s'élève un poulain.