QUARANTE-DEUXIÈME LECON
Le cheval (suite).
119. Alimentation. — 1] faut au cheval une bonne nourriture. Plus un cheval travaille, plus il doit manger, et même dans les périodes d'inactivité, il faut lui donner une nourriture assez abondante, afin de lui permettre de réparer non
Fig. 98. — Anatomie extérieure du cheval : 1, oreille; 2, toupet et crinière; 3, front; 4, salière ; 5, chanfrein ; 6, bout du nez; 7, naseau; 8, lèvre; 9, encolure ; 10, gouttière de la jugulaire ; 41, épaule; 12, garrot; 43, poitrail; 1#, bras ; 45, coude ; 46, avant-bras; 17, genou ; 18, canon ; 19, boulet ; 20, paturon; 21, couronne; 22, pied ; 23, canon ; 24, jarret; 2%, jambe ; 26, queue ; 27,
croupe ; 28, reins; 29, dos; 30, hanche ; 31, cuisse; 32, grassel:; 33, flanc; 84,
côtes ; 35, passage des sangles; 36, ventre.
seulement ses forces, mais d'en acquérir de nouvelles. « Le cheval travaille, marche avec la nourriture de la veille et non avec celle du jour », disent avec raison les Arabes. Le cheval se nourrit habituellement de végétaux et surtout de graines d'avoine (chez les colons), d'orge, de foin, de paille; la caroube constitue un excellent aliment. Dans le Sud sa nourriture se compose des plantes connues sous le nom de quelaf, chiehh, derine, bouse ou halfa, seuliane; dans cette région les dattes remplacent souvent l'orge; le cheval en les mangeant rejette les noyaux, on ramasse ces noyaux, on les écrase et on les donne à manger mélangés avec des dattes légèrement broyées. L'orge que l'on donne aux chevaux doit ètre pesante, sans mauvaise odeur et parfaitement nettoyée. La nourriture qui profite le mieux au cheval est celle du soir, l'animal à toute la nuit pour digérer. « L’orge du matin se relrouve dans le fumier, dit le cavalier arabe, l'orge du soir dans la croupe. »
Souvent chez le fellah les animaux ont une nourriture abondante au printemps, puis ils souffrent parfois de la faim vers la fin de l'été; souvent aussi ils souffrent des chaleurs estivales, puis des froids de l'hiver. Aussi ce n’est qu'en assurant la régularité de l'alimentation par des réserves de grains et de fourrages, ce n'est qu'en abrilantles animaux contre les intempéries qu'on arrivera à améliorer la race de notre pays.
Le cheval doit toujours autant que possible être abreuvé d'eau claire, propre et fraîche, Il est préférable de faire boire le cheval avant de le faire manger. Il ne faut pas non plus le laisser trop boire avant le travail; une trop grande quantité d’eau absorbée gène le fonctionnement des poumons et du cœur, alourdit le cheval et le rend mou. Pour faire une longue course, 4! fault que le cheval ait sué el séché lrois fois, disent
les cavaliers arabes : cela est nécessaire en effet pour éliminer l'eau qui le charge inutilement,
120. Hygiène et abris. — Castration. — Amélioration. — Les indigènes ne pansent pas leurs chevaux, ils ne connaissent pas l’étrille. Ils se bornent à les essuyer avec des chiffons de laine; souventils se servent pour les nettoyer de la musette qui esten crin, et le plus souvent qu'ils peuvent, quand le temps le pérmet, ils lavent leurs chevaux. La propreté est èndispensable pour assurer la bonne santé. Les indigènes tiennent leurs chevaux, jour et nuit, hiver comme été, en plein air et exposés à toutes les intempéries; aussi ont-ils la précaution de les couvrir complètement, hiver comme été (1), de couvertures imperméables (djellale); l'animal devient ainsi robuste et endurant. Cependant lorsqu'il fait très chaud et très froid, 1l est nécessaire d’abriter le cheval sous le gourbi, sous la tente, ou de préférence sous un hangar. Pour protéger efficacement le cheval contre le froid et la chaleur, le djellale doit toujours être en bon état, et l’on à peu de considération pour l’Arabe peu soigneux dont on dit : Aoudhou iecherob ma ghebale ou el Kuetâa fel djellale, « Son cheval boit de l’eau trouble el sa couverture est trouée ».
Castration. — On ne conserve entiers que les plus beaux animaux pour la reproduction ; aussi à partir de quinze à dix-huit mois, les poulains qui ne sont pas conservés comme reproducteurs doivent être châtrés ; ils sont ainsi préférables pour les travaux des champs, ils sont plus dociles, se nourrissent mieux et ne dépensent pas inutilement leurs forces,
En résumé, le fellah doit, pour obtenir des produits capables de bien travailler, ayant une bonne valeur marchande,
(1) Proverbe arabe : « Le froid de l'été est plus tranchant que le sabre, »
te
s'attacher à choisir les meilleurs reproducteurs et à fournir à l'animal une nourriture régulière et abondante, en même temps qu'un abri suffisant.
121. L’âne (hemar, dab) et le mulet (bral, ASERDOUN). — L'âne est petit, mais bien conformé; il est très sobre et très endurant; le fellah s'en sert comme monture et pour transporter des marchandises, c'est le cheval du pauvre. Il mérite d'être mieux nourri et traité avec plus de douceur. L'âne mâle s'appelle le baudet.
Le mulet est le produit du baudet et de la jument. Le mulet est un animal précieux pour tous les travaux agricoles (labours, charrois); il rend aussi de grands services pour le transport des récoltes, des marchandises, il est encore bon pour la selle, surtout dans la montagne où il a le pied très sûr. De plus, il est endurant, sobre, docile, etexige moins de soins qu'un cheval: il se contente d’une nourriture plus grossière et supporte mieux les privations et les intempéries. Aussi le nombre des mulets dans notre pays s’accroit sans cesse. Il en est de beaux, surtout dans la région des Hauts-Plateaux de Constantine, de Sétif, qui atteignent un prix élevé. Pour obtenir de beaux mulets il faut faire choix d’un bon baudet indigène, bien conformé et jeune : il est inutile d'aller chercher des baudets de race étrangère, leurs produits ne valent pas ceux de race indigène.
Il faut avoir soin de bien nourrir l'âne et le mulet et de leur fournir des abris ; il faut ne pas les faire travailler à l'excès, mais les bien traiter. On ne doit pas voir sur un cheval, sur un âne ou un mulet, ces plaies vives causées par le harnachement qui font beaucoup souffrir l'animal et le font dépérir; il faut soigner ces plaies, les laver, les tenir propres, et les laisser
se guérir.
RÉSUMÉ
Le cheval doit être bien nourri, non seulement quand il travaille, mais aussi quand il se repose : aussi les fellahs doivent-ils faire des provisions de fourrages et de grains. Le cheval doit boire autant que possible de l’eau claire, propre et fraiche. Il faut tenir les chevaux très propres. Le cheval devient robuste et endurant lorsqu'il reste au grand air, à condition qu'il soit protégé par de bonnes couvertures (djellale); mais encore faut-il le mettre à l'abri des grandes chaleurs, des grands froids et des mauvais temps. Il faut aussi châtrer les poulains qui ne doivent pas servir à la reproduction. L’âne et le mulet rendent de grands services, ils sont très sobres, très endurants. Pour obtenir de bons mulets il faut choisir un bon baudet indigène. Il faut bien nourrir et abriter l’âne et le mulet.
QUESTIONNAIRE
Comment faut-il nourrir le cheval? De quoi se nourrit cet animal? Quelle est la nourriture qui profite le mieux au cheval ? Que doivent faire les fellahs pour assurer une nourriture abondante et régulière au cheval ? Comment doit être l'eau que doit boire le cheval? Pourquoi ne faut-il pas trop laisser boire le cheval avant le travail ? Quels soins de propreté doit-on donner ? Pourquoi faut-il bien couvrir le cheval de djeilale ? Pourquoi faut-il lui donner un abri? Pourquoi faut-il chàtrer le cheval? Quelles règles doit suivre le fellah pour améliorer la race chevaline? Quels services rendent l'âne? le mulet ? Quels soins faut-il leur donner?
. Se rendre compte des soins donnés au cheval, à l'âne, au mulet. Les discuter. Montrer comment se fait le pansement. Montrer comment
le fellah peut améliorer la race locale.