CINQUANTIÈME LEÇON
L’abeille (nahla, — Le ver à soie,
141. Les habitants de la ruche. — Allah à dit à l'abeille : Cherche-toi des maisons dans les montagnes, dans les arbres et dans les constructions des hommes, et le fellah s’est préoccupé de donner une habitation aux abeilles; cette habitation s'appelle une ruche (djebeh', THIR'ERASIN).
Dans une ruche il y a trois sortes d’abeilles :
1° La reine (fig. 110, A) (sultan, AGUELLID) qui pond les œufs d’où naîtront les autres habitants de la ruche. La reine a le corps plus long qu’une abeille ordinaire; elle à un aiguillon, mais
Fig. 110. — Reine. Mâle ou faux-bourdon. Ouvrière,
elle ne s'en sert que pour tuer les autres reines, car il ne peut y avoir qu'une reine dans une ruche.
2° Les ouvrières (fig. 110, C) (nehal, rurzizoua) qui, très nombreuses, produisent de la cire, fabriquent les rayons, les rem-
plissent de miel, nourrissent les larves, futures abeilles et gardent la ruche; elles sont fnunies d'un aiguillon dont elles se servent à l'occasion.
3° Les faux bourdons (fig. 110, B) (1&ouImRA) servent à la fécondation des jeunes reines; ils sont plus gros que les abeilles ouvrières et sont dépourvus d'aiguillon : ils consomment beaucoup de miel et n’en récoltent pas; aussi lorsque les provisions diminuent, les abeilles ont le soin de les massacrer.
142. Essaimage. — La ruche. — La reine pond ses œufs dans les cavités des rayons appelées alvéoles ; ces alvéoles ont diverses formes et les œufs s’y développant deviennent des larves qui, au bout de quelque temps, seront des reines, des abeilles ouvrières ou des faux bourdons.
En mars, avril, mai, beaucoup de larves se sont transformées en jeunes abeilles qui, gorgées de miel, entrainent la reine de la ruche et vont par une belle journée fonder une nouvelle colonie, c'est un essaim : il faut le recueillir. Au lieu de chanter, de siffler ou de crier : « ÊRS ED, AGUELLID, AD'ERSENT », « Pose-toi, roi, les autres se poseront », il vaut mieux jeter du sable sur les abeilles qui tourbillonnent, les asperger avec de l’eau, faire beaucoup de bruit : les abeilles croyant à la grêle, à la pluie, au tonnerre se poseront. Lorsque l’essaim s'est posé, on le fait
entrer dans une ruche prépa-
Fig. 111. — Ruche kabyle. La ruche kabyle rée à l'avance et frottée intéest formée d’un canon de liège de 4" à . L :
1",25 de long et de 25 à 30 cent. de dia- rieurement avec des feuilles mètre : les deux bords du canon de liège de mélisse sont cousus au moyen d’une ficelle et un disque en liége ferme les deux extrémi- ZOUA). La ruche employée par tés : l’un de ces disques est percé d’un , A trou pour laisser passer les abeilles. le fellah est presque toujours
(THIFERTHEN-THIZI-
en canon de liège (fig. 111), quelquefois en poterie ou en bois, peu commode à manier, difficile à visiter; il faut la remplacer par la ruche à cadres mobiles : c'est une de ces ruches que nous avons dans le jardin, nous allons l’examiner ensemble.
1435. Le rucher. — Récolte du miel. — Ennemis des abeïlles. —- L'endroit où l'on met les ruches s'appelle le rucher; il faut le placer près de l'habitation à l'abri des fortes
Fig. 412. — Rucher kabyle. Les ruches, posées à terre l’une à côté de l’autre sur des traverses en bois ou des pierres, sont recouvertes d’écorces de liège pour les protéger contre les pluies d'hiver et la chaleur de l’été. Les trous ou fissures aulres que le trou d’entrée des abeilles sont lutés avec un mélange de terre glaise et de bouse de vache.
chaleurs, loin des mauvaises odeurs et de facon que les trous de vol des ruches soient orientés vers l’est. Il faut poser
les ruches aussi loin que possible des chemins et des propriétés voisines, et un peu au-dessus du sol, afin de les préserver de l'humidité (fig. 112).
De l’eau claire doit être constamment mise à la disposition des abeilles. Pour visiter vos ruches, pour récolter le miel vous enfumerez les abeilles. Les Kabyles se servent d’un enfumoir en poterie, sorte de manchon dans lequel ils introduisent de la bouse de vache séchée et réduite en poudre sur laquelle ils mettent des charbons ardents. En soufflant dans le manchon ils dirigent la fumée dans l'intérieur de la ruche.
La récolte du miel se fait à la fin de la miellée, au moment où les abeilles commencent à détruire les faux bourdons. Le fellah devra avoir soin de ne pas trop enlever de miel, il faut en laisser suffisamment aux abeilles pour qu'elles puissent passer l'hiver.
Lorsque vous avez fait la récolte, vous broyez ensemble, cire, abeilles, miel, etc., et vous faites fondre dansun vase : ce mélange n'a pas bon goût. Pour obtenir du bon miel, placez vos rayons au-dessus d'une passoire mise sur un vase très propre et laissez le miel s’égoutter; lorsque le gâteau sera vide portez-le sur la même passoire au soleil, la cire fondra, vous n'aurez qu'à la recueillir dans un vase.
Le miel est un excellent aliment, c’est un remède contre les maux de gorge; les abeilles le récoltent sur les fleurs des plantes, le sulla par exemple, sur les fleurs des arbres, sur l’eucalyptus en particulier.
Les principaux ennemis de l'abeille sont : la guëêpe, les cétoines, le sphynx, sorte de gros papillon, le crapaud, le guêpier IAMOUN), bel oiseau bleu, la fausse teigne (raanourta), larve d'un papillon de nuit qui perce, ronge les rayons de miel et
— où —
ruine la ruche. La loque ou pourriture est une maladie très dangereuse pour les abeilles.
141. Le ver à soie (doud el harir) est la chenille d’un papillon, le Bombyx du mürier. Le ver à soie sort d'un œuf gros comme une petite graine, il sc nourrit de feuilles de mürier, il se file un cocon dans lequel il s'enferme (fig. 113) : ce cocon
Fig. 113. — Cocons de ver à soie. Éducation par des élèves d'école indigène.
est fait d’un long fil de soie; on recueille donc tous les cocons, le ver à soie yest tué; puis on dévide la soie qui sert à fabri-
quer les belles étoffes que vous connaissez.
RÉSUMÉ
Dans une ruche il y a trois sortes d'abeilles : 1° /a reine qui pond les œufs ; 2° les ouvrières qui font les rayons et récoltent le miel; 3° Les faux bourdons qui servent à la fécondation des jeunes reines.
Lorsque les abeilles sont nombreuses en mars, avril, elles partent en bandes fonder une nouvelle colonie, c’est l’essaim, qu’il faut prendre et mettre dans une ruche. La ruche faite avec des troncons de liège ne vaut pas la ruche en bois faite avec des caisses à pétrole.
Le ver à soie est une chenille très utile : elle nous donne la soie.
QUESTIONNAIRE
Quels sont les différents habitants de la ruche? Quel est le rôle de chacun? Qu'est-ce qu’un essaim? À quelle époque les abeilles essaiment-elles? Comment prend-on un essaim? Quelle ruche le fellah doit-il employer? Comment installe-t-on un rucher? Comment visite-t-on les ruches? Comment doit-on extraire le miel? La cire? Quelle est l'utilité du miel? Quels sont les ennemis de l’abeille ?
Qu'est-ce que le ver à soie? Quelle est son utilité ?
ENSEIGNEMENT PRATIQUE
Apprendre à reconnaitre les différents habitants de la ruche, à recueillir un essaim, à visiter, à installer une ruche. Montrer comment on extrait le miel, la cire.
Si l’on dispose de feuilles de murier, au printemps faire élever quelques vers à soie dont la graine pourra être fournie par des sociétés agricoles.