‹ Le livre du fellahChapitre 91 sur 104 · NOVEMBRE · texte numérisé non relu

NOVEMBRE

Le temps se rafraichit de plus en plus, il pleut plus souvent et abondamment. Déjà sur les montagnes le froid commence à se faire sentir; les figuiers, les müriers, les frênes, les abricotiers, les grenadiers perdent leurs feuilles pendant que jaunissent les feuilles des amandiers, des cerisiers, des pêchers et des platanes. Dans les champs on profite des pluies et des journées ensoleillées pour faire rapidement les labours et les semailles ; aussi les attelages sont toujours au travail, et comme ils fatiguent beaucoup, il faut leur distribuer une nourriture abondante, du bon fourrage et du grain qui leur donnera de la vigueur et les maintiendra en bon état de graisse.

Là-bas, les fellahs délimitent d’un trait de charrue le terrain qu'ils veulent labourer et ensemencer, puis ils projettent sur la terre leurs semences, qui malheureusement ne sont ni chaulées ni sulfatées; on ne les à pas trempées dans une bouillie claire de chaux, ou mieux dans un bain de couperose bleue (sulfate de cuivre ({ouziya, lidj azrag, TSOUSFGGA) : opération ayant pour effet d'empêcher le développement de la carie {souca, AKAHOUL) et du charbon [THAZOULT GUIGER), ce champignon noir qui dévore nombre d'épis.

La semence répandue, le fellah laboure; mais voyez, sa charrue épargne les touffes de palmiers nains, les jujubiers, les artichauts sauvages et même les scilles maritimes, les aspho-

dèles; toutes ces plantes ne produisent rien, elles disputentaux plantes cultivées l’eau et les engrais contenus dans le sol et prennent leur place. Le fellah n’enlève pas non plus les grosses pierres, il faut les ramasser, il faut épierrer. Vous utiliserez ces pierres pour vos constructions ou pour empierrer les chemins. Certains fellahs se font suivre par un ou deux hommes armés de pioches, quienlèventles pierres, les mauvaises plantes, piochent les endroits où la charrue n'a pas passé et brisent les mottes, ce sont les « IFEBBOUASEN », les égaliseurs : c'est une excellente pratique que de travailler ainsi la terre. Voici un laboureur qui a terminé son travail. Mais comme son labour n'est que superficiel, pour obtenir une récolte abondante, il faudra beaucoup de pluies, bien réparties pour maintenir la fraicheur de la surface du sol; il faudra surtout des pluies à l'automne pour assurer la levée et des pluies au printemps, en avril-mai, époque où r'évaporation est grande et les besoins de la plante considérables. Cette bonne répartition des pluies est assez rare dans notre pays; aussi une culture ainsi faite rendra rarement beaucoup, et peut-être la moisson serat-elle trop peu abondante pour payer le travail du cultivateur et lui permettre de vivre.

C'est une erreur de croire que la pluie seule fait la récolte; oui, il faut de l’eau, mais il faut aussi du travail pour garder cette eau, la mettre en réserve à fa disposition des plantes, et vous ne la garderez qu'en labourant la terre plus profondément, qu'en la fumant et en l'ameublissant d'une facon parfaite.

Je vous recommande, si vous avez autour de votre demeure un coin de terre chaude, bien fumée, de bien le travailler; semez-y de bonne heure, aux premières pluies, de l'orge, un peu épais : elle viendra très vite. A la sortie de l'hiver, cette orge mélangée à de la paille sera pour vos bêtes laitières el vos ani-

maux de travail une excellente nourriture; grâce à cette réserve vous pourrez atteindre plus facilement la bonne saison, sans voir dépérir vos animaux. Après une coupe de fourrage, si elle est faite de bonne heure (en février), l'orge repoussera et vous donnera encore un peu de grain.

Au verger, On continue à faire des trous pour les plantations d'arbres : en général vous faites ces trous trop petits; il faut les disposer en lignes; remarquez que ces plantations se font surtout dans les fonds abrités des vents violents d'ouest qui font tomber fleurs et fruits.

Les olives commencent à mürir : on cueille aussi en Kabylie les raisins, de beaux raisins de table; demain on pourra les voir sur le marché des villes. Les arbouses mürissent,

Aux premières pluies, l'herbe pointe, elle pousse et une teinte verte vient égayer la terre. Le bétail pâture, néanmoins il semble en moins bon état que lorsqu'il était dans les chaumes, il a tendance à maigrir; c'est que ces nouvelles herbes sont très peu nutritives, c'est alors qu'il est utile d’avoir une provision de fourrages secs (foin ou paille); un peu de ce fourrage aux animaux les maintiendra en bon état. Là-bas des bœufs s'en vont vers les champs où l'on a récolté du bechna, qui en ce moment repousse du pied; souvenez vous que ces rejets de bechna occasionnent parfois des accidents mortels.

Voici un berger qui tient un agneau dans ses bras, c’est le moment où les brebis mettent bas, c'est l'agnelage d'automne, plus considérable que celui qui a lieu au printemps. Grâce au lait de leur mère que vous leur laisserez entièrement, les agneaux passeront bien l'hiver; n'oubliez pas de donner aux brebis mères une ration supplémentaire. Pour avoir de beaux animaux il faut bien les nourrir, bien les soigner pendant le

jeune âge.

Travaux de novembre.

Grande culture. — Aménagement des eaux en prévision des pluies d'hiver (sillons, fossés d'écoulement). Défrichement des sols. Travaux de labour.

Jardins. — Arboriculture. Élagage des arbres fruitiers. Trous pour plantations. Fumure des olivettes.

On commence à tailler la vigne chez les colons.

Épandage d'engrais. Défoncement pour futures plantations.

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