CHAPITRE II
NOTRE PATRrE, L\ FRANCE.
Vive LA. France! mes enfants. La France, c'est notre patrie et la plus belle des patries. Elle existait avant toutes les autres et aucune ne peut lui être comparée. Ouvrez votre atlas à la carte d'Europe ; regardez au Nord, à l'Est, au Sud de la France. La Belgique, la Hollande, la Suisse ne comptent pas auprès d'elle; le Danemark et la Suède ne sauraient opposer leur antiquité à la sienne; l'Angleterre, l'Autriche, l'Espagne ellemême, malgré . leur dynastie séculaire de rois , n'existaient pas quand elle était déjà la France ; l'Allemagne n'est qu'un démembrement de l'empire de notre Charlemagne; l'Italie ne s'est jamais appartenue ; la Prusse et la Russie sont des nations d'hier. La France, c'est la grande ancêtre de l'Europe.
Un jour, mes enfants, c'était avant l'année néfaste 1870, le prince héritier du royaume de Prusse vint à Paris. On le conduisit au musée des archives nationales, où sont conservés un grand nombre de documents relatifs à notre histoire. On lui montra la série des actes royaux remontant à Clotaire II, prédécesseur de Dagobert. « Ah ! s'écria-t-il , qu'on doit être fier d'être Français, quand on peut lire sur un parchemin de 625 : Clotaire, roi de France! »
Je le crois bien, à cette époque et mille ans après le nom de Prusse lui-même n'existait pas. Ce n'est qu'au dix-huitième siècle qu'elle commença à devenir un royaume. Soyons fiers de notre antiquité : nous sommes les aînés des peuples !
Naguère, nous étions les premiers. Il y avait des Etats plus peuplés comme la Russie, plus étendus comme l'Angleterre avec ses immenses possessions coloniales ; il n'y en avait pas de plus fort, de plus riche que la France. Elle marchait à la tête des nations ; nulle ne lui était supérieure en puissance et en gloire. Une guerre heureuse avec un bon gouvernement nous remettrait au premier rang. C'est pour que la France redevienne promptement ce qu'elle a toujours été, qu'il faut nous appliquer, mes petits amis, à devenir de bons citoyens. La France sera ce que ses fils la feront.
Voyez d'abord ce que Dieu a fait pour elle. Il a permis, comme je vous le montrerai mieux plus tard, qu'au moment où, avec le christianisme et la chute de l'empire romain, commençait un nouveau monde, elle s'élevât du milieu du chaos de la barbarie pour être la première des nations civilisées. Dieu donc lui a donné la priorité entre toutes les autres ; il lui a donné le temps, il lui a donné une longue et belle histoire. Admirez aussi dans l'ordre de la nature, la grande bonté de Dieu pour notre pays.
La France, à laquelle il a fait une si belle part, une si belle destinée, est admirablement placée dans le monde. Entourée par trois grandes mers et fortement attachée à la terre, la France est une nation à la fois maritime et continentale. Par mer elle peut envoyer ses vaisseaux dans toutes les directions, pour aller chercher les produits des autres pays et leur apporter son superflu. Elle touche à l'Afrique ; l'Océan seulement la sépare de l'Amérique et les routes de l'Asie lui sont ouvertes à la fois par
TEurope et la Méditerranée. Sa position en fait la reine du monde. Elle est admirablement située pour communiquer avec tous les peuples et pour exercer sur eux son influence. Nul autre pays ne
f)eut être comme elle le rendez -vous général de a terre et en même temps le lien des peuples. Sa place au milieu des nations est celle de la grande missionnaire de la civilisation, et son rôle a été en effet de répandre au loin la vérité et de faire rayonner partout le bien. Nulle nation n'a reçu autant qu'elle la visite des autres, nulle n'a expédié dans le monde autant d'apôtres, de soldats, de voyageurs, de savants ; nulle n'a porté aussi loin son action et propagé autant d'idées.
La France est a ]e pays où les étrangers sont traités avec le plus de faveur; ils obtiennent facilement Tautorisation d^ établir leur domicile, et, dans ce cas, ils y jouissent de tous les droits civils sans exception. En Angleterre, au contraire; et dans tous les pays gouvernés par la loi anglaise, les étrangers ne peuvent être propriétaires * ».
Ouverte à tous par la facilité de son accueil et les avantages de toute sorte qu'elle offre aux autres peuples, la France est cependant entourée de frontières qui lui sont une limite naturelle et une protection. Ceinte dans presque tout son pourtour par la mer et les montagnes, elle serait entièrement fermée à l'est et au nord, si le Rhin, qui lui appartient par Tliistoire et par la géographie, était encore à elle. Nous l'avons eu et nous devons le reprendre .
Regardez bien encore votre atlas, mes enfants. Grâce à sa situation à égale distance du pôle et de l'équateur, la France jouit d'un climat tempéré, ni trop sec ni trop humide, qui la met ordinairement à l'abri du grand froid et de la grande chaleur. On trouve chez elle toutes les variétés de paysages, et