‹ Le livre du jeune françaisChapitre 28 sur 116 · XE RECEVEUH DE X^EHREGISTREHENT ET LES CONTRIBUTIONS INDIRECTES · texte numérisé non relu

XE RECEVEUH DE X^EHREGISTREHENT ET LES CONTRIBUTIONS INDIRECTES

Les 4oo millions et plus des contributions directes et des taxes assimilées, avec les 3oo millions de ^sentîmes additiocmek, seraient bien insuffisants pour toutes les dépenses de TEtat et des cooumines. On a donc établi une autre catéâ^orie d'impôts 'qu'on appelle les contributions indirectes, parce qu'elles ne frappent qu'indireeteinent le contribuable, en frappant les objets de consommation. Elles sont nombreuses et variées-

Le sucre que vous mettez dans votre lait, le sel dont on assaisonne vos aliments, le vin, la bière, le cidre que vous buvez, le vinaigre, les allumettes, rhuiie, la bougie, le papier sur lequel vous écrivez, le tabac, la poudre, les cartes à jouer, les diverses n^archandises et matières premières : fers, cotons, laines, bois, etc., tout cela est sujet à des droits; rien, pour ainsi dire, n'échappe à Timpôt.

Je viens de vous énumérer un certain nombre d'iMPOTSOE CONSOMMATION, il y a aussi ceux que Ton 4ippelle IMPOTS DE MUTATION, parce qu'ils affectent

les propriétés et les valeurs, à mesure qu'elles passent de main en main, par vente, héritage, donation, bail, dépôt, prêt. Ainsi je vous parlais T autre jour de la succession de M. Girard, le meunier, qui avait été partagée entre ses enfants, et pour le règlement de laquelle il avait fallu vendre le moulin. Oiaque héritier, pour recevoir sa part, a du acquitter un droit de mutation, qui s'élève à mesure que la parenté avec le défunt s'éloigne : le neveu qui avait hérité de la quotité disponible a payé plus que le fils.

Il ja aussi des droits appUcables aux actes qui ne contiennent ni obligation, ni libération, ni liquidation de sommes ou valeurs, ni transmission de pro* priété ou de jouissance, tels sont les actes de consentement à un mariage, les actes respectueux, les inventaires.

Les uns et les autres sont appelés droits d'bn-'

REGISTREMENT.

Les premiers sont des droite proportionnels, cVst-à-dire -établis à raison de tant pour loo; les seconds sont des droits fixes j les mêmes pour chaque catégorie d^actes.

Enfin, il y a les droits db timbre qui frapoent di* verses sortes d'effets et d'actes de commerce, tels

Sue lettres de change, billets à ordre, contrats *assurance, quittances, etc.; puis les droits sur le revenu des valeurs molnlières, actions, obligations de toute sorte, à Texçeption des rentes sur F Etat.

La perception des impôts indirects est plus compliquée et par conséquent plus coûteuse que celle des impôts directs. Je vais vous en donner quelque idée. Pour les objets de.consommation, Timpôt est acquitté le plus souvent par le fabricant ou le mar- ' chand qui s'en dédommage, bien entendu, sur

Tacheteur. Par exemple, l'épicier a-t-il un droit de 6 centimes à payer par kilog. de sucre, il vend son sucre un peu plus cher le kilog. Mais vous pensez

bien qu'on ne s*en rapporte pas uniquement à la bonne foi de F épicier, du marchand de vins, du brasseur de bière. La régie des contributions indirectes y veille ; elle a plusieurs moyens de connaître et de suivre la matière imposable. Cest d'abord la DÉCLARATION cxigéc de tous les fabricants et commerçants d'objets soumis à la taxe de consommation, moyennant laquelle seulement ils obtiennent une LICENCE, ou brevet constatant le droit dé fabriquer ou de vendre ; puis il y a tout un système d'inspections à domicile et de recensements dés matières imposables, qu^on appelle 1' exercice et auquel doivent se soumettre les fabricants et commerçants munis de la licence. Pour les boissons^ tout transport doit être déclaré au bureau des contributions indirectes ; elles ne peuvent circuler que munies d'un congé qui atteste le payement de l'impôt.

Dans les contributions indirectes rentrent les DROITS de douane pcrçus à ]a frontière de France, à l'entrée et à la sortie de certaines marchandises, d'après un tarif fixé par la loi. C'est là à la fois un impôt et une mesure de protection pour l'industrie nationale.

On discute beaucoup à ce sujet. Les uns voudraient que l'entrée du pays fut interdite aux produits étrangers, dans le but d'assurer le monopole aux produits français; d'autres prétendent qu'il faudrait supprimer les droits de douane et laisser libre la concurrence entre les nations. Le mieux est de ne pas exclure absolument l'importation des produits étrangers, mais de les frapper de droits mobiles dans le but de favoriser la production française. Le système mixte actuellement en usage est tantôt plus favorable au libre-échange, tantôt à la protection.

Le recouvrement des droits de douanes est le plus difficile à opérer. Il y faut tout une grande administration et tout une armée dé douaniers,

répartis tout autour de la frontière. Si vous alliez au bout de notre département du côté de la mer, vous verriez des patrouilles de douaniers circuler jour et nuit sur le littoral, pour empêcher le débarquement clandestin des marchandises prohibées. Cest un dur métier que le leur. Dans les pays frontières de montagnes et de forêts, ils sont souvent en lutte avec les contrebandiers armés qui cherchent à passer en France des produits étrangers. Partout où il y a un poste de douaniers, il y a un bureau pour recevoir les déclarations de marchandises et les droits. En cas de contravention, la douane procède aux visites domicihaires, et aux saisies des navires, voitures, chevaux et équipages. Les marchandises qui ne font que toucher ou traverser la France et celles qui n'entrent que pour y être manufacturées et en ressortir ensuite, sont exemptées; elles séjournent, s'il y a lieu, dans les entrepôts, sans acquitter de droits jusqu'à ce qu'elles aient reçu leur destination définitive.

Quant aux droits d'enregistrement proprement dits, comme ils portent sur des actes qui pour être valables doivent être enregistrés, c'est-à-dire relatés sur un registre spécial, ils sont facilement perçus. Nous avons ici le receveur d'enregistrement dont la fonction est de tenir les registres et de faire payer les droits auxquels les différents actes que je vous ai énumérés tout à l'heure sont soumis. Il y a des délais différents pour l'enregistrement des actes et le payement des droits de mutation.

Les droits de timbre se perçoivent en quelque sorte d'eux-mêmes par l'achat, que sont obligés de faire ceux qui en sont passibles, soit de papier timbré d'avance, soit de timbres mobiles qui s'appliquent sur les effets de commerce et les quittances. Le plus productif de tous les droits de timbre .c'est celui des timbres-poste. Ces timbres-là vous les connaissez tous. Il n'est personne, non plus,

d'entre vous, qui ne soit passé bien des fois devant ie bureau de la poste. Moyennant les trois sous que vous coûte le timbre, vous jetez dans la boîte une lettre qui arrive le lendemain à destination, quand même elle serait pour Fautre bout de la France. Si vous n'y mettiez pas de timbre, c'est celui à qui vous écrivez qui payerait; il payerait plus cher et -ce ne serait pas poli pour lui, ae lui envoyer une lettre non affranchie.

Vous ne pensez pas que vos trois sous sont pour Mme la directrice des postes. Non, c'est un impôt <jue vous payez sous cette forme à l'Etat ; c'est aussi la rémunération d'un service public. Pour augmenter ses revenus, l'Etat s'est réservé le monopole du transport des lettres et des papiers de toute sorte, •écrits ou imprimés. Il a pour cela une administration, un personnel très nombreux d'employés, dont le facteur que vous voyez passer tous les jours, fait partie, puis des voitures sur les chemins de fer et dans les grandes villes, des bureaux dans toutes les «communes chefs-lieu de canton, et des boîtes aux lettres dans les autres.

L'Etat s'est réservé aussi le privilège de la transmission des dépêches par le télégraphe et divers autres monopoles, tels que la vente du tabac, la fabrication des allumettes chimiques et des cartes â jouer.

N'oublions pas notre octroi. Comme notre bourg -est assez important, et qu'il a beaucoup de dépenses, la municipalité a jugé bon d'y établir un octroi. Vous connaissez bien les deux petits bureaux placés à l'entrée de notre bourg. Un peu plus loin, sur les deux routes qui y aboutissent, un poteau avertit les arrivants qu'il y a un octroi et des droits à payer pour certaines denrées.

Les octrois, qui forment la source la plus importante des revenus communaux, sont des impôts établis par une loi au grofit des communes sur les ob-

jets destinés à la consommation locale, lorsque les revenus de la commune sont inférieurs à ses dépenses. Peuvent être sujets à Toctroi, les boissons et liquides, les comestibles, combustibles, fourrages et matériaux.

Tous les octrois sont placés sous la surveillance de l'administration des contributions indirectes.

Le montant des impôts et revenus indirects dépasse trois ou quatre fois celui de Timpôt direct.

Le total du budget s* élève en ce moment à plus 3e trois milliards de francs.

3 000 000 000 1 Quelle somme, mes enfants ! Savez-»vous ce que c'est qu'un milliard.^ Non certainement; mais vous savez ce que c'est qu'une minute. Eh bien! depuis Notre Seigneur Jésus-Christ, il ne s'est pas encore écoulé un milliard de minutes. Le budget annuel de la France compte deux fois plus de (rancs qu'il n'y a eu de minutes depuis dix huit cent quatre vingt deux ans I

Cette somme prodigieuse ne sufBt pas toujours. Il se présente quelquefois des depens.es exceptionnelles auxquelles les ressources ordinaires ne sauraient pourvoir; par exemple, lorsque après la dernière guerre avec la Prusse, il a fallu payer à nos vainqueurs une indemnité de cinq milliards pour avoir la paix. Dans ce cas, que fait l'Etat? Il a recours à I'emprunt. Il emprunte à tout le monde de l'argent, moyennant intérêt. Il dit aux citoyens : Donnez-moi 100, 200, 600, 1 000, 100 000 francs, et je vous paierai en échange chaque année, à perpé-» tuité, à vous et à vos héritiers ou autres cessionnaires de vos droits, 5, 10,25, 60, 5 000 fr. d'intérêt.

Cet intérêt annuel perpétuel, c'est ce qu'on appelle la RENTE SUR L ETAT. Vous comprcncz qu il est toujours avantageux à un particulier de prêter à l'Etat. Pour 100 francs, par exemple, qu'il donne en une fois, il acquiert le droit de toucher chaque année une somme de 5 francs. Au bout de i^ngt

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ans, il est rentré dans son capital et il lui reste à lui et à ses cessionnaires à perpétuité une rente de 5 francs. S'il veut, au contraire, après avoir prêté à FEtat, rentrer dans son argent, rien de plus facile. Il n'a pas le droit d'exiger de l'Etat son remboursement avant l'époque convenue, s'il y en a une, ni jamais, s'il n'y en a pas, mais il peut vendre sa créance à un autre qui la lui paie 100 fr., un peu plus ou un peu moins, suivant le cours de la Bourse ; car il y a pour l'argent et pour les valeurs un cours comme pour les denrées qui se vendent au marché. Le marché de l'argent s'appelle la Bourse ; il n'y a de Bourse que dans les grandes villes.

11 existe un registre (ou plutôt une série de registres) appelé le Grand livre de la dette publique sur lequel sont inscrites tontes les rentes. On délivre à chaque créancier de l'Etat un extrait de ce registre, qui forme son titre de rente. Le titre est NOMINATIF, s'il indique le nom du créancier; dans le cas contraire il est au porteur, c'est-à-dire que le porteur ou détenteur de ce titre en est réputé le propriétaire. Avec ce titre on va toucher sa rente chez le percepteur ou à la recette générale dans les chefs-lieux de départements ou au Trésor à Paris.

Le service de la rente aux particuliers est encore une des grosses dépenses de l'Etat; car il y a longtemps que l'Etat emprunte (il y a même plusieurs types ou sortes de rentes) ; les emprunts s ajoutent aux emprunts et les impôts s'augmentent d'autant pour en payer l'intérêt. Le total de la dette publique inscrite s'élève aujourd'hui à près de vingt milliards, ce qui veut dire que l'Etat est débiteur de cette somme énorme à ceux qui la lui ont prêtée. Pour le service des intérêts de ce capital prodigieux l'Etat a dû payer en 1881 la somme de 743 936499 francs.

Il y a un grand danger pour l'Etat et pour la fortune publique à user continuellement de l'emprunt. On engage ainsi fort imprudemment l'avenir. Nos financiers modernes font pour l'Etat ce que des particuliers ne feraient pas pour leur famille ; ils l'endettent de plus en plus.

Sous le roi Louis XIV il y avait un grand ministre, du nom de Colbert, qui n'était pas partisan de l'em-

f)runl. Mais pendant une guerre fort coûteuse avec a Hollande il fallait de l'argent, et un autre ministre chargé des armées en réclamait. Sa demande, appuyée au Conseil du roi par le premier jprésident, Lamoignon, l'emporta : « Vous triomphez, lui dit alors Colbert, vous pensez avoir fait l'action d'un homme de bien ; ah I ne savais-je pas comme vous que le roi trouverait de l'argent à emprunter? Mais je me gardais avec soin de le dire. Voilà donc la voie des emprunts ouverte. Quel moyen restera-t-il désormais d arrêter le roi dans ses dépenses ? Après les emprunts, il faudra les impôts pour les payer, et si les emprunts n'ont point de bornes, les impôts n'en auront pas davantage. » Colbert voyait juste dans l'avenir.

Aujourd'hui l'Etat a vingt milliards de dettes et la France paie plus de trois içilliards d'impôts !

L'emprunt est une ressout*ce ruineuse dont il ne faut user qu'à la dernière extrémité.

Là-dessus, mes enfants, rentrez chez vous et surtout ne rêvez pas de milliards cette nuit.

l'église.

Ce que vous devez aimer le plus dans la commune, mes enfants, c'est I'église où vous avez été baptisés, où vous avez fait votre première commuïiion, l'église où vous vous marierez peut-être et où

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Toii vous portera après votre mort avant d'aller re-

{>oser au cimetière. L'église est presque toujours e principal édifice de la commup« et ce qui la fait reconnaître au loin. Quand vous vous promenex dans la campagne^ vous distinguez les différents villages par leurs clochers. Le clocher est comme le pays lui-même.

Que Téglise soit ancienne ou qu elle soit neuve ^ qu'elle soit belle ou laide, il faut l'aimer autant» Ses pierres, si humbles qa elles soient, ont été cimentées par la piété et la charité, et aux yeux de Dieu une pauvre église de village est aussi belle que les plus somptueuses cathédrales. Ceux qui 1 ont bàticy ceux qui ont contribué de leur argent à sa construction, ont droit à notre reconnaissance.

Si vous allez" un jour à Laon, vous visiterez Tad» mirable cathédrale bâtie au sommet de la montagne abrupte sur laquelle s'élève la ville. Vous remar» querez au haut des tours de grands bœufs sculptés qui passent leur télé à travers les arcades. Savezvous ce que font là ces bœufs ? C'est la reconnaissance publique qui les y a placés. C'était un travail prodigieux que d'édifier sur la hauteur ce colossal monument. Pour amener d'en bas les matériaux il avait fallu établir une immense rampe de terre allant de la plaine au faite de la montagne. De grands attelages de bœufs servaient aux charrois. La piété des ouvriers et de la population a voulu associer ces animaux an souvenir de la construction du monument. On leur a fait une place dans l'édifice ; ils y sont à l'honneur comme ils avaient été à la peine. ^

Soyons reconnaissants aussi pour les hommes qui ont bâti notre église, pour les donateurs comme

Four les ouvriers. Vénérons ces pierres sacrées. Que église soit pour nous le symbole de notre religion comme elle est le lieu de la prière. Si elle est ancienne, nous aimerons à savoir son histoire ; si elle

contient quelque autel, quelque tombe, quelque vitrail qui perpétue la mémoire d'un de ses bienfai» teurs, nous nous attacherons à ces pieux souvenirs.

Sous le rapport religieux, les communes sont des PAROISSES. De même que la commune dans TÉ* tat est la plus petite circonscription administrative, de même dans T Eglise la paroisse est la plus petite circonscription religieuse. Le plus souvent la circonscription de la paroisse correspond à celle de la commune ; les villes cependant comptent presque toujours plusieurs paroisses.

 la tête de chaque paroisse est placé un curk ou DESSERVANT. Nous appclous Ic nôtre Monsieur le Doyen, parce qu'il est le curé du canton; les curé» des autres communes sont des desservants. Les paroisses des curés proprement dits s'appellent des CURES, celles des desservants portent le nom de SUCCURSALES. Le curé est nommé par Tévéque, sauf ra£prément du gouvernement, et comme son chef spirituel, il est inamovible, c'est-à-dire qu'il ne peut être changé sans son consentement ; les desservants sont nommés par l'évéque, sans la participation du pouvoir civil, et révocables à son gré.

Le curé, qu'il soit curé en titre ou simple desservant, est le chef de la paroisse, comme le maire est le chef de la commune. Dans les affaires spirituelles il est seul maître. Il confère ou refuse les sacrements, comme ÏL le juge à propos, selon sa conscience; il règle les heures des offices, il nomme les employés de l'église; seul il a les clefs et la police de l'église. Mais au temporel, il n'administre pas seul. De même que dans chaque commune il y a un conseil municipal, de même dans chaque paroisse il y a un conseil os fabrique. Le curé ou desservant et le maire en font partie de droit ; les autres membres, au nombre de neuf ou de cinq, suivant que la paroisse compte 5000 habitants ou moins, sont nommés au moment de la constitution

du conseil par Tévêque et le préfet, et ensuite se nomment eux-mêmes par périodes triennales.

Le conseil de fabrique est chargé, sous la haute autorité de Tévêque, de veiller à Tentretien et à la conservation de Téglise, d'administrer les aumônes et les biens, de faire les ventes et les perceptions autorisées par les règlements, d'assurer l'exercice et la dignité du culte, soit en réglant les dépenses qui y sont nécessaires, soit en trouvant des moyens pour y pourvoir,

La Fabrique, en tant que personne morale, représente donc la paroisse au point de vue des intérêts pécuniaires. Trois membres désignés par elle foi^nent avec le curé le bureau des marguilliers dont la principale attribution est de préparer le budget, que vote ensuite le conseil de fabrique. Le budget doit être soumis en dernier lieu à l'approbation de Tévêque. La fabrique est représentée dans les actes civils et en justice par son trésorier.

Aussi bien que la commune, la paroisse peut posséder des biens dont la fabrique est propriétaire en titre. Parmi ces biens figure le presbytère, lorsque c'est elle qui l'a fait construire; dans le cas contraire il appartient à la commune. Le curé qui y est logé en a l'usufruit ou jouissance.

Vous me demanderez comment vit le curé qui le plus souvent est pauvre. Ce ne sont pas les petits honoraires des messes et le modique profit du culte, qu'on nomme le casuel, qui lui permettraient de suffire à ses besoins les plus nécessaires. Il reçoit de l'Etat un traitement ou plutôt une allocation et assez souvent aussi du conseil de fabrique un supplément de traitement. Les deux réunis font à peu près 1200 francs. Il y a des gens qui voudraient qu'on supprime le traitement du curé, sous prétexte de faire des économies au budget, mais en réalité par haine de la religion. Mais d'abord, si l'on supprimait le traitement de l'Etat, il faudrait bien que tous

les catholiques de la paroisse subviennent à la vie du curé par des dons ou cotisations qui équivaudraient, et au delà, pour chacun, à sa part dans le budget des cultes.

Le prêtre, en effet, doit vivre de Tautel, en ce sens qu'il a le droit de trouver dans son ministère une rémunération suffisante qui lui permette de l'exercer. Le curé ne peut pas faire un métier : cela ne conviendrait pas à sa dignité de ministre de Dieu et des choses samtes; le plus souvent, d'ailleurs, il ne pourrait exercer une industrie ou une profession qu'au détriment du ministère paroissial. Concevez-vous un curé qui serait cordonnier ou tailleur dans sa paroisse? Supposez qu'on vienne le chercher à sa boutique le samedi dans l'après-midi, pour administrer un moribond à une lieue de là; il repondrait : « je ne peux pas, je me suis engagea livrer ce soir une paire de chaussures, ou un habit à un client dont je perdrais la pratique si je n'étais pas exact. » Qui pourrait le trouver mauvais ?

En second lieu, le traitement ou l'allocation que l'Etat fournit aux curés est une dette. Autrefois le clergé possédait en France de grands biens, qui provenaient de la piété et de la libéralité des fidèles, et dont il usait à la fois pour son entretien, et pour les besoins du culte et des pauvres. En 1789, au moment où commençait la Révolution, l'État s'est emparé de ces biens, mais à charge « de pourvoir d'une manière convenable aux frais du culte, à l'en tretien des ministres et au soulagement des pauvres * ». A cette époque le revenu des biens de l'Eglise s'élevait à environ cent quatre-vingts millions ; le budget du culte catholique ne monte qu'à cinquante millions. Il n'y a donc même pas compensation.

Lorsque après la' Révolution le gouvernement

I. Décret de rAssemblée nationale du aa noyembrc 1789. LE LIVRE DU JEUNE FRANÇAIS. ^

français, représenté alors par Bonaparte, vouhit ré» tablir la religion oans Fintérêt même de FÉtat, il fut convenu, dans le Concordat ccmclu en 1801 entre le pape et le premier consul, que le gouvernement fournirait aux évéques et aux curés a un traitement convenable* ».

Vous voyez bien que le traitement alloué au cnré de chaque commune est à la fois le payement d'une . dette contractée par FÉtat, en échange des biens dont il s'est emparé, et l'exécution d'une cdDligation re* connue et renouvelée par un traité ccmclu entre le gouvernement français et le Saint-Siège.

Notre bourg étant tout entier catholique, il n'y a qu'une église ; mais il pourrait se faire qu'il y eût aussi un TSMPLB*protestant et une synagogue juive.

Avant la Révolution, la religion catholique était la religion de FEtat, la seule reconnue ; ^ ses lois étaient, dans une certaine mesure, lois de FEtat. Les autres religions n'étaient que tolérées. Aujourd'hui FEtat reconnaît quatre cultes qui peuvent avoir des lieux de réunion et vaquer à des cérémonies publiques, en se conformant aux lois, et il les subventionne chacun selon son importance : le culte catho<lique, le culte protestant, le culte juif et le cube musulman en Algérie.

D'après le recensement de 1872, le culte catholique est professé, au moins en principe, par 35 387 703 individus; le culte protestant par 580 757 et le culte Israélite par 49 439.

Il est donc bien vrai que la religion catholique est, en fait comme en droit, d'après le concordat, la religion de la majorité des Français.

l'école.

Nous terminerons la f'evue de la commune par

z, Art. la et i3 du Concordat.

notre bcolb. Vous vx^ez comme elle est grande et bien bâtie ; la salie de classe est spacieuse, F air et la lumière y entrent par de larges fenêtres; les bancs 'Soat bien installés avec des pupitres larges et commodément inclinés; les murs sont couverts de cartes de géographie et de plans ; nous avons aussi notre petit musée scolaire garni d'objets et d' appareils utiles pour renseignement de Tarithmétique, des sciences naturelles et de la cosmographie, dont il est bon que vous ayez au moins quelque connaissance ; enfin notre bibliothèque est remplie de bons livres que j'ai choisis pour vous avec M. le curé et M. le maire. Comme dans la salle de la justice de paix, il y a un grand crucifix qui préside à nos études.

Je TOUS ai dit que le premier devoir des parents est de nourrir et d'élever leurs enfants. Il est rare

ries parents qui le peuvent manquent à cette ble obligation. Le pain, les parents travaillent pour le donner à leurs enfants; pour Técole, comme d y en a maintenant une.dans la plupart des communes, il leur est facile d''Y envoyer leurs enfants. Jusqu'ici on avait cru qu'il suffisait, pour faciliter aux parents raccomj^sement de leur devoir, de multiplier les écoles, de former de bons maîtres, d'acoorder la gratuité aux nécessiteux, en un mot de mettre tous les moyens d'instruction à leur portée.

Notre nouveau gouvernement républicain ne s'en est pas rapporté à la conscience et à la sollicitude des parents, et quoiqu'il fasse profession de respecter la liberté plus qu'aucun autre, il a jugé à propos de rendre l'instruction obligatoire pour tout le monde et gratuite par-dessus le marché. Est-ce un progrès qu'une mesure qui met< en suspicion la bonne volonté des parents et qui annule leur autorité? Demandez-le à tous les gens sages et éclairés.

Quoi qu'il en soit, à l'obligation morale des père et

mère de donner à leurs enfants Tinstruction qu'ils jugent convenable et possible, s'ajoute aujourd'hui l'obligation légale de les envoyer à l'école, depuis l'âge de six ans jusqu'à treize, et cela, sous peine d' affichage de leurs noms à la mairie, puis d'une amende de 1 à 15 francs et enfin d'un emprisonnement de 1 à 5 jours. Mes enfants, il y a quelque chose de plus grave encore.

La même loi qui a décrété l'instruction obligatoire et gratuite, a décidé que l'enseignement religieux ne ferait plus partie du programme des écoles publiques. Ou les nommes qui ont fait cette loi n'ont pas su ce qu'ils faisaient, ou ils ont cru fort témérairement qu'on pouvait séparer l'éducation de l'enseignement religieux.

C'est un bien de répandre l'instruction, d'étendre dans la mesure raisonnable le cercle des connaissances de l'école ; mais il est beaucoup plus im- Eortant encore d'élever l'esprit des enfants vers lieu, de leur inspirer le respect de sa loi, fondement de toute morale, et de former leur cœur à la vertu et à la piété. C'est là proprement l'éducation, sans laquelle l'instruction ne sert à rien, ou même peut devenir nuisible. L'homme est un. On ne peut séparer en lui les choses de l'inteUigence de celles de l'àme. La culture intellectuelle de l'esprit ne va pas sans une formation correspondante de l'âme. Or, qu'est-ce que l'âme quand elle est privée de Dieu? quel aliment lui reste-t-il en dehors de l'enseignement religieux ? La religion et la science doivent donc concourir ensemble à élever l'enfant. Nous ne l'avons jamais compris autrement à notre école qui a formé, Dieu merci, avant la nouvelle loi, d'assez bons élèves.

Mais c'en est assez sur cette loi qui passera, vousdisje, avec la République, et peut-être même avant. En dehors des fauteurs d'une loi qui répond malheureusement aux passions de la politique, tous les

honnêtes gens sont unanimes à la blâmer et à dire qu'il faudra qu'elle soit abolie.

Nous sommes, dans notre modeste école, au premier degré de T instruction ; nous verrons plus tard Îu'il y a d'autres écoles, d'autres études au-dessus es nôtres. Ici on ne donne que Tinstrution . primaire, laquelle d'ailleurs est fort étendue aujourd'hui, beaucoup trop même, disent les maîtres expérimentés, puisqu'elle comprend l'instruction morale et civique, la lecture et l'écriture, la langue et les éléments de la littérature française, la géographie, particulièrement celle de la France, des notions usuelles de droit et d'économie politique, les éléments des sciences naturelles, physiques et mathématiques, leurs applications à 1 hygiène, aux arts industriels, travaux manuels et usage des outils des principaux métiers, les éléments du dessin, du modelage et de la musique, la gymnastique, les exercices militaires,

A cette énumération vous êtes tentés de me demander si ceux qui ont fait la nouvelle loi savent eux-mêmes, à leur âge et avec les moyens qu'ils ont eus de s'instruire, tout ce qu'ils demandent à des enfants de six à treize ans de savoir; j'en doute fort, et c'est la meilleure critique de leur loi.

Pour nous, nous tâclierons d'apprendre le plus possible, mais nous nous appliquerons surtout à bien savoir ce que nous aurons appris.

Un CERTIFICAT d'étddes PRIMAIRES cst la récom-

f)ense de ceux qui auront assez bien travaillé à 'école pour passer convenablement les examens de sortie. C'est un titre à avoir; il pourra vous servir plus tard.

Votre devoir d'écolier se résume à bien travailler en classe, à respecter et à écouter votre maître, qui représente auprès de vous vos parents, à être bon avec vos camarades.

L'empereur romain Théodose le Grand ayant as-

socié à^Tempire son fils Arcadius, âgé seulement de six ans, voulut lui donner pour précepteur rhomme le plus capable de le former à ses hautes fonctions. Il s'adressa pour cela au pape saint Damase, qui lui indiqua un diacre de Téglise de Rome. C'était saint Arsène, homme d'une illustre famille, qui joignait à la pureté des mœurs une connaissance parfaite des lettres et de toutes les sciences humaines. Un jour que Théodose entra dans la salie où Arcadifus prenait ses leçons, il vit le jeune prince, tout fier de sa dignité, assis pendant que son maître restait debout. L'empereur indigné s'adressant à son fils : a Où donc, lui dit-il, où donc sont ici le véritable mérite et la vraie grandeur ? Est-ce chez UÀy mon fils, qui n'as eu que la peine de naître et qui ne peux riçn montrer que tu n'aies reçu d'autrui ? N'est-ce pas plutôt chez ton maî^tre qui ne doit qu'à lui seul sa science et sa vertu? Cède-lui la place. A lui d'être au siège d'honneur; à nousd'écre debout en sa présence. Écoutons avec respect la vérité qu'il enseigne. Lève-tCH, mon fils. »

Votre maître, mes enfants, n'est pas, sans doute, %m saint Arsène ; mais il vous est supérieur par le savoir ; vous lui devez le respect.

La conscience de votre maître lui fait un devoir de s'occuper avec soin de votre instruction ; la formation spéciale qu'il a reçue à l'école normale pri« maire, le rend apte à enseigner. Comme garantie de son zèle et de son savoir, vous avez la surveillance exercée sur lui par l'inspecteur de l'enseignement primaire du département, par l^inspecteur d'acadé* mie et par les délégués cantonaux.

LA CONSCRIPTIOir;

Je vous annonçais que nous allions terminer la

LA COMUUNE. 103

revue de Botre bourg par Fécole, mais j'aurais pu vous j montrer encore plusieurs choses. Une autre fois, par exemple, nous entrerons, avec la permis* flion de M. le Notajrx, dans son étude, pour j

S rendre une petite leçon de droit. Contentons-nous e regarder ses panonceaux, jusqu'à ce que nous soyons un peu plus savants.

Nous n'avons rien dit non plus du cantonnier qu'on voit tous les jours et par tous les temps travailler sur la grande route, ni de I'agent voyer qui vient donner ses ordres et inspecter la besogne du cantonnier. Ce sont de modestes fonctionnaires employés à l'entretien de nos belles routes. Ils en ont bien soin et c'est une des choses que les étrangers admirent le plus chez nous. On demandait à un Anglais qui venait de parcourir a pied la Normandie son impression sur cette riche et belle contrée :' « La Normandie, répondit-il, m'a paru un grand parc anglais. » La France est si belle qu'il suffît d'un peu de soin pour en faire d'un bout à l'autre un magnifique jardin, dont les champs sont les pelouses et les route les avenues.

U reste une dernière chose, qui se rattache à la commune et dont nous devons nous occuper,

c'est la CONSCBIPTION,

Tous les ans, vous voyez arriver ici des différentes communes du canton les jeunes gens de vingt ans

3ui viennent tirer au sort. Ce sont nos futurs solats. Dans chaque commune, les maires dressent au commencement de Tannée un tableau de recensement des jeunes gens qui, y étant domiciliés, ont atteint leurs vingt ans dans l'année précédente.

L'année appelée dans toute la France est dite CLASSE. On dit la classe de 1882 pour désigner la catégorie de jeunes gens ayant eu vingt ans cette année-là et appelés par leur âge à entrer dans l'armée«

Quand un décret du chef de FEtat a fixé l'époque du TIRAGE AU SORT, Ics jeuucs gcus reçoivcnt avis de se rendre au chef-lieu de canton pour cette opération qui se fait en présence du sous-préfet et des maires du canton. Us tirent eux-mêmes par ordre d'inscription, ou s'ils ne sont pas présents, leurs parents ou leurs tuteurs, et le maire à défaut des uns et des autres, tirent pour eux un numéro.

Le principe de notre système militaire actuel, c'est le SERVICE obligatoire. « Tout Français doit le service militaire personnel. »

Le remplacement, ou faculté de se libérer moyennant payement, est supprimé. Tout citoyen valide et* non exempté, est ou peut être soldat, de vingt à quarante ans.

Le principe est bon pour la défense du territoire, il l'est moins pour l'organisation de l'armée. Nous verrons cela une autre fois. Pour le moment, restons au fait.

Mais si tout le monde doit être soldat aujourd'hui, « l'armée, me direz-vous, se recrute d'elle-même d'après le recensement des jeunes gens arrivés à l'âge de servir; quelle raison y a-t-il de tirer au sort? cela se comprenait lorsqu'on avait chance, moyennant un bon numéro, de s'exempter du service actif. » Le tirage au sort sert cependant encore à quelque chose. Vous allez le voir.

L'armée se divise aujourd'hui en armée active et ARMÉE territoriale; il y r aussi la réserve de l'armée ACTIVE et la RÉSERVE DE l' ARMÉE TERRITORIALE.

L'armée active comprend tous les jeunes gens, propres au service, des cinq dernières classes.

Toutefois, par raison d'économie, on n'en maintient qu'une partie sous les drapeaux , les autres, après un an ou même après six mois de service, sont renvoyés dans leur foyer par ordre de numéros. Le tirage au sort détermine ceux des conscrits qui doivent être congédiés avant le temps ; ils font par-

tie de ce que Ton appelle la seconde portion du

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