PREFACE. III
On a voulu avant tout faire un livre utile, où l'enfant pût apprendre quelque chose et non pas seulement s'amuser à des historiettes et à des images.
Quelques-uns, sans doute, le trouveront au-dessus de la portée des enfants ; mais c'est là une critique qui s'adresse à ce genre d'enseignement lui-même que la loi a introduit dans les écoles. Si les matières administratives et juridiques dont il traite, si les notions morales et historiques qu'il contient dépassent vraiment Fintelligence des enfants de 12 à i3 ans auxquels le livre s'adresse, du moins a-t-on cherché ici à être aussi clair, aussi précis que le comportait ce sujet, et même le moins ennuyeux possible.
Ajoutons que le livre est destiné à suivre Fenfant à la sortie de l'école, à lui rester dans les mains, comme un mémorial des leçons de sa jeunesse. Pour empêcher ce petit écolier, qui va devenir électeur, d'être la proie des journaux qu'il lira sans les comprendre, et des meneurs politiques dont il est exposé à subir les entraînements ; pour engager ce jeune soldat, volontaire on non, à bien faire son devoir, sans se laisser envahir par l'esprit dissolvant du jour, qui tend à détruire le sentiment de la patrie, comme la foi religieuse, il n'y a pas d'autre moyen que de l'instruire sur les
IV PREFACE
bancs de Fécole de ce qu'il n'apprendra plus ensuite ailleurs.
L'ignorance des choses les plus usuelles de la politique, de l'administration et du droit ne lui serait pas moins préjudiciable à lui-même que fâcheuse pour la société, et sans une notion exacte de ses différents devoirs, il lui est difficile dç les bien remplir. D'un autre côté, des erî»eurs de' toute sorte, erreurs sociales, erreurs historiques, erreurs religieuses, l'attendent à son entrée dans la vie. Est-il prudent qu'il n'en ait rien appris à l'école ?
C'est à dessein que Ton a donné une place importante à Thistoire. Les opinions politiques ne sont en général que des opinions historiques. Ceux-là Font bien compris qui, pour former la jeune génération aux idées républicaines, n'ont trouvé rien de mieux à faire dans leurs manuels d'enseignement civique que de dénigrer le passé monarchique de la France. Ils sont bien coupables ces auteurs qui, dans un intérêt de parti, enseignent la haine et le mépris de l'ancienne France, comme s'il ne s'agissait pas de la patrie. Ce n'est pas le pays, c'est la république qu'ils veulent faire aimer en faussant et en salissant les annales nationales.
On ne fait pas ainsi ailleurs. TjCS autres nations sont fîères de leur histoire. I^ jeunesse
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y est élevée dans le culte national^ dans le respect du passé. C'est aux sources historiques que Ton puise en Allemagne et en Angleterre le sentiment de la patrie. Et cependant, l'Allemagne , l'Angleterre et les autres n ont pas une histoire comparable à la nôtre.
La France ne se connaît plus elle-même.
Elle a oublié ses origines, ses traditions^ ses grandeurs. Le patriotisme que l'on prétend enseigner dans les livres où l'on fait dater de la Révolution Tère véritable du peuple français^ est un patriotisme faux et caduc^ sans attaches dans Tâme^ sans souvenirs^ sans réalités vivantes, sans grandeur et sans force.
La vraie école du patriotisme c'est Phistoire, mais l'histoire comprise et jugée avec les sentiments d'affection et de solidarité qui conviennent à des fils qui étudient les actions de leur pères ; c'est là que l'on apprend le mieux à aimer la patrie, en apprenant à la connaître.
De même qu'il n'y a de vrai patriotisme que celui qui s'appuie sur l'histoire, de même il n'y a de morale que celle qui est fondée sur la religion. La morale ^ans Dieu est une chimère et une impiété, digne de la secte qui veut rompre avec la foi comme elle s'attache à renier le passé. Ce petit livre d'instruction civique et morale est donc avant tout français
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et chrétien. C'est par là qu'il vaut quelque chose.
Il s'agit de relever la génération actuelle en ranimant en elle les deux grands sentiments de la religion et de la patrie. On ose espérer que les leçons familières adressées ici à la petite jeunesse des écoles contribueront à lui donner le sentiment religieux, le culte de la patrie, l'esprit du devoir, le respect de l'autorité, le goût du bien et de la vertu, la dignité de la vie, l'honnêteté des mœurs.
C'est tout l'objet du livre.
Arthur Loto.
DU
LEÇONS POPULAIRES DlNSTRUCTIOiN CIVIQUE