LES DEVOIRS DE LA FAMILLE
Mes enfants, j'ai du nouveau à vous apprendre. Vous savez le vieux père Mathurin ; il aura demain cent ans. Ce sera fête au pays; mais surtout ne le lui dites pas. M. le maire viendra, dans la matinée, avec M. l'adjoint, lui remettre une médaille au nom de la commune; les petites filles de l'école, vêtues de blanc, lui apporteront un bouquet des plus belles fleurs du jardin du presbytère. Tout le conseil municipal et les anciens du pays seront là. On ira en cortège à l'église, où M. le curé, avec ses beaux ornements des fêtes, dira une messe d'actions de grâces à son intention. Vous autres, vous vous tiendrez devant l'école en habits du dimanclie, sur le passage du cortège, et quand le père Mathurin arrivera courbé sur son bâton, vous saluerez
respectueusement ses cent ans, afin que le vieillard vous remarque et vous bénisse dans son cœur. Puis vous irez à Téglise prier le bon Dieu qu'il le conserve en paix jusqu'à ses derniers jours.
Voilà une belle famille, celle du père Mathurin ! Cinquante-deux enfants, petits-enfants et arrièrepetits- enfants. Et tous en bonne santé et bien établis, tous bien unis !
Dieu bénit les nombreuses familles où on Taime bien.
Vous verrez demain toute la famille de ce bon patriarche, car on annonce que tout le monde vien» dra pour la fête. S'il vit encore un an ou deux, et il est bien capable d'aller jusque-là , il verra la quatrième génération, car voici l'un de ses arrièrepetits-fils, principal clerc du notaire de notre cheflieu de canton , qui va se marier ces jours-ci et sera père à son tour.
Si toutes les familles étaient comme celle du bon vieux père Mathurin, les choses iraient bien partout. Car la famille est le fondement de la société. Un pays est ce que sont les familles. Là où les familles sont nombreuses, la population croît d'année en année et le pays augmente en ressources. Si Tautorité y règne, elle règne également dans la nation, où le souverain, c'est-à-dire le représentant du pouvoir, est obéi et respecté par les sujets, comme le père par ses enfants^ Si l'or» dre existe dans les familles, il existe également dans l'État, car la loi du devoir, de l'obéissance et du respect y est la même.
Ainsi la famille est non seulement le fondement,^ mais l'image même de la société.
Vous comprenez, mes enfants, qu'il est juste dhonorer particulièrement le père Mathurin qui est entre tous un bon citoyen, parce qu'il est le chef d'une belle et nombreuse famille bien unie, où de père en fils a régné l'autorité et avec elle
Tordre ; et ce digne patriarche a réussi par son travail, son honnêteté et son dévouement à Téléver, non seulement pour son bonheur, mais aussi pour le bien du pays.
Quand on demande à ce bon vieillard comment il a fait pour vivre si longtemps, il répond:
Tes père et mère honoreras, Afin de vivre longuement.
Le vénérable ancêtre qui a lu la Bible, comme on la lisait autrefois dans les familles chrétiennes, et qui* a encore bien de la mémoire, ajoute :
c Celui qui honore sa mère est comme un homme qui a amassé un trésor. Celui qui honore son père, aura de la joie dans ses propres enfants, il sera exaucé au jour de sa prière et il vivra d'une longue vie.
« Honorez votre père en vos œuvres, en vos paroles et en toute patience, afin qu'il vous bénisse et que sa bénédiction demeure toujours sur vous jusqu'au dernier jour.
ce La bénédiction du père affermit la maison des enfants, et la malédiction de la mère la renversejusqu'aux fondements. »
'^ous avez appris cela au catéchisme. C'est Dieu lui-même qui a donné aux hommes ce précepte.
Quand vous serez plus grands, vous entendrez parler de Thygiène comme de la première condition de la bonne santé et de la longue vie. C'est vrai, et vous ferez bien d'en observer les règles, qui sont d'avoir un régime sobre et régulier, d'éviter en tout les excès, de proportionner le repos au travail, de prendre un exercice convenable, d'habiter des maisons saines, bien aérées et bien éclairées, enfin, de veiller à la propreté du corps. Ce sont là, encore une fois, de bons conseils à suivre, mais retenez bien qu'il y a une règle d'hygiène morale supérieure à toutes les autres et qui nous vient de Dieu, c'est honorer son père et sa mère. Par là, mes petits amis, vous devez entendre qu'il faut aimer et respecter ses parents, leur obéir en tout ce qui n'est pas contraire à la loi de Dieu, les
assister dans leurs besoins, soigner leur vieillesse et se montrer en tout des fils soumis, reconnaissants et dévoués.
N'oubliez pas que si la religion fait un devoir d'honorer son père et sa mère, la loi aussi consacre, Tautorité etles droits desparents. Le Code civil dit que c< Tenfant doit à tout âge honneur et respect à ses parents. » Jusqu'à la majorité, qui arrive à Tâge de vingt et un ans, ou jusqu'à l'émancipation, les enfants sont sous l'autorité de leurs père et mère, qui ont sur eux le droit d'EDUCATioN, de garde et de