LA COUR DES COMPTES
Le contrôle suprême sur les finances est exercé par la Cour des Comptes. C'est un corps de magistrats spécialement établi pour vérifier, avec les pièces justificatives à Tappui, les comptes de tous les fonctionnaires, y compris les ministres, qui ont effectué les recettes et les dépenses. La Cour des Comptes compare les comptes des comptables publics avec ceux des ministres et déclare s'il y a conformité ; elle statue souverainement sur la position des comptables et les déclare libérés ou les constitue débiteurs envers l'État.
Sous le rapport de la régularité des recettes et des dépenses, le contrôle est parfait; il n'en est pas de même pour le bon ou le mauvais emploi de l'argent. Que de sommes dépensées mal à propos, sur des crédits et avec des mémoires parfaitement réguliers !
En apparence tout est correct, mais en réalité c'est du gaspillage. Ainsi un chef de service quelconque qui aura à sa disposition un crédit de mille francs pour une dépense prévue au Budget, dépensera et même devra dépenser toute la somme, pour épuiser le crédit, lors même qu'il n'aurait besoin que d'une partie de cet argent.
J'en ai connu un, préposé à une modeste fonction, auquel étaient alloués trois cents francs de frais de bureau, dont un tiers au moins était de trop; à la fin de l'année, n'ayant dépensé que deux cenls francs, il achetait du papier, des plames, des règles, des crayons, des couteaux à papier en quantité pour employer les cent francs restants. C'était très régulier, les crédits étaient employés, les dépenses justifiées par mémoires : la Cour des Comptes n'avait qu'à approuver. Mais quel abus en réahté ! La comptabilité financière, dont le mécanisme est par-, fait, est pleine de ces défauts-là.
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Vous pensez bien que les ministres ne sont pas seuls pour remplir les importantes fonctions que je viens de vous énumérer.
D'abord, auprès de la plupart des ministres, il j a un ou plusieurs G)nseils composés d'hommes spé* ciaux qui les éclairent de leurs avis et les aident de leurs travaux. Puis dans chaque ministère il y a un personnel nombreux de chefs et d'employés, ils constituent les bureaux et s'occupent de tous les détails de r administration. Tout fonctionne sous les ordres du ministre, par l'intermédiaire des directeurs généraux et des différents chefs de service.
J'espère, mes enfants, que vous aurez compris r ensemble de notre administration qui comprend, comme vous l'avez vu, trois degrés : la commune, le (département et l'État. Il y a beaucoup d'ordre et de régularité dans cette administration, mais aussi beaucoup de complications et de formalisme, parce que tout s'y enchaîne de proche en proche et se rattache en dernier lieu au Gouvernement. C'est là, comme je vous l'ai dit, ce que l'on appelle le régime de la centralisation^ Il a ses avantages et ses inconvénients que vous comprendrez mieux plus tard ; il donne plus à l'autorité qu'à la liberté. C'est bien lorsque l'autorité est sage, modérée, bienveillante, et que la liberté pourrait amener des abus. Mais quand l'autorité est oppressive, comme cela peut arriver avec un Gouvernement mauvais, mieux vaudrait un régime qui laissât à Faction individuelle f)lus d'indépendance en face du pouvoir central : la iberté y servirait de rempart aux citoyens contre les abus de T autorité.
Je viens de vous faire connaître la France actuelle, celle dans laquelle vous vivez. Il est utile que vous sachiez comment est organisé et dirigé votre pays ; il n'est pas moins bon que vous connaissiez son histoire.
Pour aimer sa patrie il faut d'abord la connaître. Mais croiriez- vous, mes enfants, qu'il y a des gens qui ne l'aiment pas? Il s'en trouve parmi nos concitoyens. Sachez-le : ceux qui, répudiant la tradition séculaire et l'héritage de l'ancienne France, ont voulu faire une France nouvelle à leur manière, ceux qui méprisent son nom, calomnient son histoire, déshonorent son passé et prétendent que l'ordre et le droit, la paix et la civilisation n'ont commencé pour elle qu'avec les principes qu'on appelle de 89, si bien qu'auparavant il n y avait ni justice, ni bien-être, ni liberté, ni honneur, ceux là, vous dis-je, sont des misérables, des fils indignes, des traîtres à la patrie. Ils l'outragent dans le passé, ils la ruineraient pour l'avenir, si leurs criminelles diatribes pouvaient faire croire jamais au peuple français que la France ne date que de la Révolution. Retenez cette parole : « Il faut plaindre les peuples qui renient leur passé, car il n'y a pas d'avenir pour eux*. »
Et maintenant, mes enfants, retenez bien la très noble et très glorieuse histoire de notre chère France ': elle vous fera aimer encore plus la patrie.
!• Viollet-le-DaC| Dictionnaire raisonné et architecture.