‹ Le livre du jeune françaisChapitre 51 sur 116 · NOTRE PAYS IL Y A VINGT SIÈCLES · texte numérisé non relu

NOTRE PAYS IL Y A VINGT SIÈCLES

Vous êtes souvent passés, mes enfants, en vous promenant dans la forêt, près de la grosse pierre qu^on appelle dans le pays la Mère Gigogne. Les vieilles gens, qu'il faut toujours respecter à cause de leur âge, vous débiteront à ce sujet toutes sortes de contes que vous ne croirez pas. Il y a de ces grandes pierres, qui ont souvent un nom étrange, aans toute la France ; les unes soulevées sur un pied, les autres portées sur deux pierres plus petites; celles-ci couchées à plat, celles-là dressées sur le sol. Dernièrement on disait dans le pays qu^on avait trouvé, en creusant autour de ce bloc énorme, des vases en poterie commune, divers objets de pierre et de bronze. Je les ai vus. On en a trouvé ainsi presque partout.

Ce sont là les monuments des premiers peuples, Celtes ou Gaulois, ou avant eux encore les Li- COURES, qui ont habité la France. Les savants les appellent monuments mégalithiques, et ils pensent que la plupart servaient soit de tombeaux, soit de lieux de réunion ; il y en a aussi, selon toute apparence, qui étaient des autels sur lesquels on offrait

en ce temps-là des sacrifices humains. Gardez-vous de les dégrader, mes enfants, parce qu^ils sont les

{premiers témoins de notre histoire nationale ; d'ail* eurs, une loi spéciale les protège aujourd'hui, et vous seriez punis si Ton vous surprenait les brisant ou les endommageant.

Ces anciens peuples venus originairement de l'Asie, le berceau du genre humain, avaient perdu la connaissance du vrai Dieu, créateur du monde, et ils adoraient le soleil, les lacs, les fontaines, certains GÉNIES qu'ils s'imaginaient présider à la guerre, au commerce, aux moissons. Ils avaient en grande vénération les prêtres de leurs faux dieux, appelés DRUIDES ou hommes des chênes, parce que ces prêtres se tenaient de préférence dans les forêt» dont toute la Gaule était alors couverte. Il y avait aussi des druidessect, «tuxquelles on attribuait le pouvoir de prédire l'avenir, de faire des choses merveilleuses, et dont le souvenir terrible a donné naissance aux contes de fées qui se sont conservésjusqu'aujourd'hui, et qui ne servent qu'à effrayer inutilement les petits enfants. Vous ne manquerez pas d'en rire, quand la bonne grand'mère vous en racontera pour vous amuser.

Nos premiers ancêtres, les Gaulois, habitaient près des cours d'eau ou sur la lisière des forêts (car alors il n'y avait pas de routes), des maisons grossièrement construites, de forme ronde et recouvertes d'un toit de chaume. Vous pensez bien qu'il n'en reste plus rien, depuis le temps. Les familles de même origine, associées entre elles, formaient le CLAN ou la tribu, sous l'autorité d'un chef nommé par elles. La réunion de plusieurs CLANS formait une nation, gouvernée par un chef suprême qui était élu par les druides et les principaux de la nation. Il y avait ainsi trois à quatre cents peuplades ou tribus formant une soixantaine nations.

Maintenant écoutez bien la suite : toutes ces petites nations indépendantes, qu'on appelle les cités Î gauloises, étaient souvent en lutte les unes contre es autres. Un pays ainsi divisé devait être facilement la proie d'un peuple uni et fort. C'est ce qui arriva. Â la faveur des divisions de la Gaule, le peuple romain, qui avait entrepris la conquête du monde alors connu, commença à pénétrer, par le Midi, dans les régions voisines de l'Italie. En même temps, les discordes intestines attirèrent à l'Est un autre ennemi. Pendant que les Romains passaient les Alpes, les Germains, de qui descendent aujourd'hui les Allemands, franchissaient le Rhin. Enfin, au milieu de tous ces troubles, arriva de Rome un conquérant fameux qui s'empara de la Gaule tout entière. Vous savez tous son nom; il s'appelle César, et on le cite dans les histoires entre Alexandre et Napoléon. C'était vers l'an 5o avant Notre-Seigneur Jésus-Christ qu'il conquit la Gaule

Mais ne croyez pas que nos braves ancêtres ne se soient pas aussi bien battus, pour s'opposer à la conquête romaine, qu'en ces derniers temps les Français pour repousser l'invasion prussienne. Le besoin de la défense réunit un moment la plupart des nations de la Gaule sous la conduite du plus vaillant de leurs chefs. Enfants, saluez Yercingé- TORix, le dernier des Gaulois ! Que votre jeune patriotisme s'anime au contact de l'àme magnanime de ce héros ! A la tête des Arvernes, des Carnutes, des Bituriges, des Parisiens et des autres peuples confédérés, il lutta héroïquement jusqu'à la fin pour la liberté de son pays. Après sa défaite, c'en fut fait de l'indépendance de la Gaule.

Et maintenant, si l'on vous demande pourquoi un peuple aussi guerrier, aussi valeureux que le peuple gaulois tomba tout d'un coup sous la domination romaine, vous répondrez que c'est parce que ce peuple divisé en cités indépendantes et trop

souvent rivales, ne formait pas, sous l'autorité d'un seul chef, une patrie.

Retenez bien ceci, qui vous fera comprendre la suite de l'histoire de France, oix vous verrez comment notre pays arriva enfin à son unité et à sa grandeur.

Vaincue, la Gaule cessa d'être la Gaule : elle devint romaine. Les vainqueurs organisèrent habilement leur conquête. Les anciennes divisions du territoire furent changées ; les cités gauloises perdirent leur nom et leurs limites et formèrent des PROVINCES romaines. Rome, la Rome de César et d'Auguste, apporta au peuple vaincu ses lois, son administration, ses mœurs, sa langue elle-même, et par là elle effaça en lui tous les souvenirs de l'indépendance nationale.

 la longue, les bienfaits de la civilisation firent oublier à la Gaule les avantages de la liberté et elle devint une des provinces les plus riches et les plus florissantes de Tempire romain, dont la domination s'étendait alors sur une partie de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique.

Du reste, les libertés municipales remplacèrent pour la Gaule la liberté politique. Les villes, qui étaient comme autant de petites républiques indépendantes, s'administraient elles-mêmes avec leurs magistrats élus et leurs assemblées libres. Elles eurent à l'imitation de Rome des temples, des théâtres, des arcs de triomphe, des arènes, des aqueducs dont il reste encore çà et là des ruines-. De belles grandes routes reliaient ces villes les unes aux autres et facilitaient le commerce. La campagne elle-même se couvrit de villes et de métairies où l'on menait la vie romaine. Vous entendrez dire, mes chers petits élèves, si vous êtes aussi attentifs à vous instruire qu'ardents à jouer aux billes et à dénicher des nids, vous entendrez dire que des ouvriers, en creusant les fondations d'une

maison ou en ouvrant une tranchée pour le gaz, ont trouvé en ville des fragments de belles colonnes, des débris de statue, des tombeaux de pierre, ou bien qu'un garçon de ferme avec le soc de sa charrue a mis au jour des morceaux de grandes tuiles à rebords, des tessons de grès verni, de vieilles

Sièces de monnaie d'or et d'argent ; vous entenrez dire aussi que sur l'emplacement même de la route départementale nouvellement tracée, passait autrefois une voie romaine sur laquelle se voyaient encore de grandes dalles de pierre : ce sont là des vestiges de cette domination romaine en Gaule dont je vous parle et qui dura plus de quatre cents ans, avec des alternatives, de paix et de troubles.

Vous me demanderez ce qui nous est resté après cela, à nous Français, de Gaulois : il nous est resté le sang de notre race. Les Romains sont pour nous des maîtres ; dans les Gaulois nous avons des aïeux.

Mais revenons un peu en arrière.

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