L'ÉVANGILE EN GAULE
Le divin Messie était venu sur la terre à l'époque où l'empereur Auguste succédait à César. La religion de Jésus-Christ allait changer le monde. La Gaule fut prédestinée à recevoir, une des premières parmi les nations, la lumière de l'Evangile. Son voisinage de l'Italie, ses rapports incessants avecRome,ses belles routes, ses grands fleuves et ses nombreux cours d'eau, enfin l'unité de l'administration romaine facilitaient chez elle l'établissement du christianisme. C'est ainsi que Dieu s'était servi de la conquête de la Gaule pour préparer son évangélisation.
Saint Pierre ayant établi à Rome le siège de la
papauté, y envoya lui-même, suivant la tradition^ plusieurs missionnaires, suivis bientôt d'autres plus nombreux qui prêchèrent partout la foi nouvelle et établirent des Eglises dans les principaux centres de population. Il n'est presque aucun de nos diocèses actuels qui ne revendique quelqu'un de ces envoyés pour son fondateur. Apprenez leur nom, surtout celui du premier apôtre que Ton vénèrechez nous. Ceux-là sont nos pères dans la foi, ceux-là sont aussi les premiers créateurs de la France»
Le plus illustre a'entre eux fut saint Denys de Paris, dont un grand nombre de paroisses en France portent encore le nom. Sou venez- vous toujours, mes enfants, de ces temps où la Gaule, comme tout le reste du monde romain, était livrée à Tidolâtrie, et où, par un bienfait de Dieu, elle reçut la vraie foi et avec elle la vraie civilisation. Aimez ces premiers âges, témoins des travaux des hommes apostoliques et de la conversion de nos ancêtres au christianisme, aimez, vénérez ces commencements de notre sainte religion.
Il y a encore en maints endroits des sources où l'on va prier et prendre de l'eau pour guérir les malades ; à certains jours de l'année, on s'y rend des paroisses voisines en procession. Ces fontaines, autrefois, étaient très vénérées aussi par les Gaulois, qui leur attribuaient à tort une vertu divine. Lorsque les premiers apôtres de l'Evangile vinrent prêcner le christianisme dans nos contrées, ils allèrent à ces sources et en firent des fonts baptis* maux où ils conféraient le baptême aux nouveaux convertis. Vous tiendrez donc pour vénérables celles que la tradition religieuse a consacrées. Ceux de qui vous tenez la foi y ont reçu le baptême et il s'y est mit des miracles, selon la promesse de l'Evangile,
Îiar la vertu des saints hommes qui prêchaient ésus-Christ. C'est presque le seul souvenir que vous trouverez encore de ces temps bénis.
Mais vous voulez savoir si les Romains, maîtres de la Gaule, laissèrent les premiers missionnaires y prêcher librement Jésus-Christ, quand eux-mêmes adoraient Jupiter, Mercure, Apollon, et toute sorte d'autres dieux. D'abord ils ne s'y opposèrent pas, parce que les progrès du christianisme avaient été assez lents au sein d'un peuple anciennement livré, comme eux, à l'idolâtrie et adonné depuis la conquête aux mollesses et aux vices de la civilisation ; mais quand ils virent le nombre des chrétiens augmenter, surtout à Lyon, qui était le centre de l'administration et du commerce de la Gaule, ils en prirent ombrage. Les persécutions commencèrent dans cette ville, au pied de l'autel de Rome et d'Auguste; les vainqueurs l'y avaient élevé, comme un symbole du nouveau culte politique de l'empereur divinisé, par lequel ils voulaient remplacer le vieux culte national des vaincus. L'Eglise de Lyon, qui eut successivement pour évêques saint Pothin et SAINT Irenée, eut la gloire de fournir en eux et en leurs compagnons les premiers martyrs de la Gaule.
Vous voyez commencer là la lutte entre le christianisme et le paâ^anisme, lutte qui fut nécessaire à la fondation de la France et d'où sortit peu à peu, avec l'unité de foi, l'unité de patrie.
Que serait-il arrivé de cette Gaule qui n'avait pas su garder son indépendance nationale vis-à-vis de la Rome des empereurs , si, sous la domination romaine, elle n'avait pas su mieux défendre sa nouvelle foi religieuse ? Car, comme vous allez le voir, les Barbares vont bientôt fondre sur elle, et devant cette invasion redoutable sous laquelle Rome elle-même succombera, il n'y aura plus d'autre lien entre les diverses parties de la Gaule que la communauté de foi, ni d'autre élément de salut et de reconstitution que la religion chrétienne.
Honneur donc à ces apôtres, à ces saints, à ces
martyrs, vrais fondateurs de la patrie française, vrais ancêtres du peuple de Clovis, de Charlemagne et de saint Louis, qui nous ont fait ce que nous sommes !
Les persécutions ne firent qu'acceoître les progrès du christianisme. Plus le sang des martyrs coula, plus il y eut de chrétiens. Les hérésies que le démon suscita de bonne heure et que vous savez par votre catéchisme être mauvaises, n'entravèrent pas non plus le développement de la foi. Au quatrième siècle enfin, lorsque le grand empereur Constantin, qui régnait à Rome, eut donné la paix à TEglise, un apôtre extraordinaire, grand par le don des miracles, grand par ses œuvres, saint Martin, acheva Tévangélisation de la Gaule romaine, en
f)ortant jusque dans les campagnes les plus reçuées le christianisme que les villes avaient été presque seules jusque-là à embrasser. Vous comprenez comment aujourd'hui tant de villages portent son nom en souvenir de lui, et pourquoi tant d'églises ont été placées sous son vocable. A sa voix, les paysans en foule, éclairés par la vérité, abandonnèrent le culte de leurs iaoles pour celui du vrai Dieu, et ainsi disparurent de la Gaule les derniers vestiges des vieilles superstitions druidiques et païennes. Il n'y eut plus dès lors qu'un seul peuple sous la religion de Jésus-Christ.
Viennent maintenant les Barbares qui vont, après les Romains, apporter un élément nouveau à la nationalité française : s'ils détruisent tout sur leur passage, ils ne pourront du moins s'établir définitivement dans la Gaule qu'en prenant d'elle sa foi et ses mœurs chrétiennes, c'est-à-dire ce qui faisait sa supériorité sur eux et ce qui lui permit de n'être pas absorbée dans cette nouvelle conquête.
Depuis plusieurs siècles, des peuples , innombrables, les Barbares, originaires de l'Orient se pressaient autour de l'empire romain et n'étaient arrêtés que
par les légions qui gardaient les frontières à Test et a:u nord ; mais l'empire s'affaiblissant par suite de ses vices, ils commencèrent à l'envahir de toutes parts. Pendant plus de cent ans, du quatrième au cinquième siècle, la Gaule qui faisait partie (vous ne l'avez pas oublié), de Tempire romain, fut traversée et occupée par des bandes tumultueuses de Barbares que la richesse de ses villes attirait. Parmi eux on comptait les Wisigoths, les Burgondes, les Alains, les SuÈvES, et les Francs. Ces derniers avaient quitté les forêts de la Germanie et passé le Rhin pour venir chercher en Gaule un climat plus doux et un riche butin d'esclaves, de troupeaux, d'étoffes et de meubles. Leurs premières expéditions n'avaient été que des incursions après lesquelles, contents de leur proie ou repoussés par les soldats romains, ils étaient rentrés dans leur pays. Cependant sous la conduite de leurs rois Pharamond et Clodion, que l'on compte maintenant en tête des rois de France, ils réussirent à s'établir au nord de la Gaule, pendant que les Burgondes et les Wisi-
Foths prenaient possession des contrées situées à est et au delà de la Loire.
Mais voici venir d'autres barbares plus terribles encore. Les Huns conduits par Attila, menacent par leur nombre formidable de tout engloutir. Ils sont cinq cent mille et derrière eux s avance un nouveau flot de barbares en marche depuis des siècles. La Gaule va disparaître.
A l'approche d'Attila tout s'enfuit. Aétius, le général de l'armée romaine, se replie derrière la Loire. Le nord de la Gaule n'a plus pour se protéger contre ces terribles envahisseurs que les évêques qui ont été institués par l'empereur, pendant le cours des invasions, défenseurs des cites et qui sont les plus fermes soutiens de la société civile comme les gardiens de la société religieuse. Saint Nicaise à Reims, saint Aignan à Orléans, saint Loup à Troyes
arrêtent celui quî s'appelait le Fléau de Dieu. A Paris, une humble vierge, sainte Geneviève, ranime le courage des habitants prêts à fuir et détourne par ses prières le terrible envahisseur. Enfin Aétius^ paraît d!evant Orléans et met en déroute Attila qu'il
5 oursuit jusqu'à Chalons. Mérovée, le troisième roi es Francs établis sur les bords de la Meuse, se joint au gérféral romain avec Théodoric le roi dea Wïsigoths. D'envahisseurs de la Gaule les Francs deviennent ses défenseurs. Une bataille terrible s'engage. Attila est défait et la Gaule sauvée. Cette victoire prépare l'accord des Francs et des Gallo-Romains.
Avec Clovis, second successeur de Mérovée, conquérant à son tour de la Gaule, commence la nationalité française par la fusion des races et l'unité de religion.