‹ Le livre du jeune françaisChapitre 53 sur 116 · LA MISSION DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

LA MISSION DE LA FRANCE

Soyez de nouveau attentifs, mes enfants ; nous entrons dans une période nouvelle.

Clovis est le vrai fondateur de la France. Comme chef des Francs ce n'était qu'un petit roi barbare, commandant à quelques milliers de guerriers seulement. Mais ce petit roi eut l'idée de faire de sa tribu un grand peuple et de son petit territoire un grand royaume.

Dieu, qui avait ses vues sur la France, lui inspira ce dessein.

Clovis dut d'abord en finir avec les restes de la domination romaine. En quittant les rives de la Meuse pour marcher à sa conquête, il trouvait devant lui, entre la Somme et la Loire, toute une grande étendue de pays encore soumise à l'autorité

des empereurs. Le jeune conquérant alla droit à SoissoNS , résidence du gouverneur romain et le défit dans une bataille décisive. Rencontrant ensuite la confédération armoricaine restée indépendante de Rome, il la fit passer sous sou autorité par suite d'accommodements avec les chefs bretons. L'épiscopat négocia cet arrangement que favorisait la communauté de religion. Le royaume de CI o vis s'étendit dès lors jusqu'à la Loire et c'en fut fait de la domination romaine.

L'empire d'Orient gardait ses prétentions sur l'Occident ; mais ne pouvant les faire valoir par la force, un empereur envoya à Clovis, en signe de souveraineté, les insignes au consulat. Le jeune roi accepta avec empressement cette distinction qui augmentait son prestige et son influence auprès des populations gallo-romaines.

Restaient les Wisigoths établis au delà du fleuve et lés Burgondes maîtres de tout le cours du Rhône. Tout à coup surviennent en foule de nouveaux barbares du pays du Rhin, jaloux de la fortune des Francs. Clovis marche sur eux à Tolbiac. Le choc est terrible, les Francs faiblissent les premiers. Alors Clovis encore jpaïen, qui avait épousé, par les soins de saint Rémi, une princesse chrétienne de la famille des rois des Burgondes, se souvient du Dieu de Clotilob et fait vœu, s'il triomphe, d'embrasser la religion chrétienne. Son vœu est exaucé : il remporte Ta victoire, il se fait chrétien. Saint Rémi achève ce que sainte Clotilde avait commencé :En Clovis, la France est baptisée. C'était le jour de Noël de l'an 496, jour à jamais mémorable.

« Pour convertir à la foi toute la belliqueuse nation des Francs, Dieu, dit Bossuet, suscita un saint Rémi, homme apostolique, par lequel il renouvela tous les miracles qu'on avait vus éclater dans la fondation des plus célèbres Églises*. 9

l« Politique tirée de VEcriture sainte^ liv. YU., ch. 14.

Comme un nouveau Samuel, appelé pour sacrer dans la personne de Clovis tous les rois ses succes-< seurs, saint Rémi lui révéla les destinées de la France.

« Apprenez, mon fils, lui dit-il, que votre royaume est prédestiné de Dieu à la défense de r£glise romaine, qui est la seule véritable Eglise du Christ. Ce royaume sera un jour grand entre tous les royaumes de la terre. Il embrassera les limites de Tempire romain et soumettra tous les autres royaumes à son sceptre. Il durera jusqu^à la fin des temps ; il sera victorieux et prospère tant qu'il restera fidèle à la foi romaine et ne commettra pas un de ces crimes qui ruinent les nations. Mais il sera rudement châtié toutes les fois quHl sera infidèle à sa mission. »

Vous avez, mes enfants, dans cette prophétie, arrangée peut-être un peu par les anciens, mais absolument vériâée par le temps, tout le sens de l'histoire de notre pays. Souvenez-vous que la France est le premier royaume d'Occident, né des débris de l'empire romain, qui ait embrassé le christianisme, qu'elle est la première nation du monde nouveau de Jésus-Christ et qu'à ce titre elle a mérité d'être appelée la Fille aînée de l'Eglise. Mais avec cette grâce insigne elle a reçu une vocation qui est de défendre l'Eglise et de propager la foi chrétienne dans le monde. Clovis enseigna à ses successeurs qu'ils auraient à faire pour l'Eglise ce que lui-même aurait voulu faire pour Jésus-Christ, lorsqu'au récit de sa Passion il s'écria : a Que n'étais- je là avec mes Francs pour le défendre ! »

Vous verrez la France grandir ou s'abaisser selon qu'elle remplira ou qu'elle désertera cette divine mission.

A partir du baptême de Clovis, qrui fut suivi de la conversion d'une grande partie de son armée et du peuple, commence la véritable histoire de France.

Zélé pour la foi catholique, le jeune roi ne peut souffrir que la moitié des Gaules soit occupée par

ces Burgondes et ces Wisigoths qui professaient la grande hérésie d'ÂRius contre la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ. II rend les premiers tributaires, il écrase les seconds dans les plaines de VoTJiLLÉ et tue de sa propre main leur roi. Il est récompensé de ce premier service rendu à la religion par la conquête de l'Aquitaine qui s'ajoute à son royaume, et it réunit sous son autorité tous les pays au nord et au sud de la Loire. Malheureusement « la fin de son règne ternit la gloire des commencements. »

Ainsi est née la France. Jamais nation n'eut une origine plus glorieuse, une destinée plus noble.

Tout n'est pas également beau, ni heureux dans la suite de notre histoire. Vous y verrez des troubles, des revers, des crimes même. Mais vous n'avez qu'à vous considérer vous mêmes, mes enfants, pour n'en être pas étonnés. Entre camarades, entre frères même vous vous querellez ; vous voyez autour de vous des voisins, des amis se disputer. Parmi vous il y en a peut-être qui ont de vilains défauts, sans être très méchants, parce qu'ils s'abandonnent à leurs penchants. Il en a été ainsi dans l'histoire des peuples et dans la nôtre en

{)articulier. Il y eut des divisions, des guerres, es unes provoquées par l'imprudence et l'ambition des rois, les autres par les passions des peuples. Ne croyez pas, non plus, que les nations, même les mieux douées, comme la nôtre, et les plus favorisées de Dieu, n'ont connu que la prospérité, que tout leur a réussi, qu'elles ont continuellement marché vers leurs destinées, sans effort, sans secousses, sans épreuves, que leur histoire forme une suite où l'on va du bien au mieux, de progrès en progrès, jusqu'à un état complet de perfection et de bonheur. Ce n'est pas là l'idée que vous devez en avoir.

Retenez bien cette remarque sans laquelle vous

ne comprendriez jamais rien aux choses de ce monde ; elle vous donnera au contraire la raison de tout. Sans le péché d'Adam, notre premier père, qui par sa révolte contre Oieu, changea les dispositions du souverain Créateur, Fhistoire des peuples, pas plus que la vie des hommes, n'aurait été ce qu'elle est. Mais depuis la chute originelle et avec le mal qui en a été la suite, la lutte est la condition d'existence des peuples, comme le travail est la loi de la vie pour les hommes. C'est pourquoi il y a eu tant de guerres dans l'humanité, tant de vicissitudes dans les destinées des nations.

Vous allez le voir par l'exemple de la France qui n'a vécu et grandi qu'au milieu des épreuves, malgré la faveur spéciale de Dieu pour elle.

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