L'ÉGLISE ET LA FRANCE
C'a été une grande entreprise que de fonder la France, et de la faire arriver à son unité et à son indépendance. L'œuvre de Clovis fut tout de suite compromise après sa mort; il n'eut de successeur vraiment digne de lui que ce Dagobert, justement uni à saint Eloi, son ministre, qui comme dit la chanson connue de vous, « fit fort bien son métier de roi. »
Sous les princes mérovingiens, ainsi appelés de leur ancêtre Mérovée , la France continua de s'agrandir; mais les partages continuels des fils des rois, qui en faisaient autant de royaumes, l'empêchaient d'être réunie sous une même souveraineté, et par conséquent, de former un grand Etat. Des divisions sortirent les guerres, et dans les unes et les autres parurent des crimes. Une grande séparation finit par se faire, au milieu de ces nartages
factices et éphémères, entre la Neustrie, ou France deTOuest, et TAustrasie, ou France de l'Est. Cette division, répondait à des différences profondes de race et de mœurs, qui mirent aux prises deux fractions d'une nation qui n'était pas encore bien uni-» fiée.
Deux femmes surtout, deux femmes qui étaient reines sous le nom de leurs fils, Bruivehaut et Fréoégonde, personnifièrent la lutte acharnée et trop souvent souillée de crimes, entre la Neustrie et l'Austrasie, lutte interrompue heureusement pai: le règne réparateur du Neustrien Clotaire II et de son fils Dagobert, lesquels redeviennent rois de tout l'empire franc et empêchent ainsi sa dissolution.
Mais après eux, la scission devient plus profonde entre la Neustrie et l'Austrasie, pendant que les provinces situées au sud de la Loire et désignées sous le nom général d'Aquitaine, demandent et ob-> tiennent des ducs particuliers qui furent presque indépendants jusqu'au temps de Charlemagne.
Dans la Neustrie dominait l'ancienne race gallo-romaine, antérieure à l'invasion des barbares de Germanie ; elle avait fini par absorber la population conquérante. L'Austrasie représentait l'élément jeune et vigoureux, l'élément tudesque, sans cesse renouvelé au contact de la Germanie. On appelait l'une la France romaine, l'autre la France teutonique.
Entre la Neustrie et l'Austrasie l'issue de la lutte n'était pas douteuse; elle recommença après le nouveau partage de l'empire mérovingien fait entre les fils de Dagobert. Sous les faibles successeurs de ce prince, qui méritèrent dans l'histoire le titre de « ROIS FAINE A.NTS », pour avoir laissé tout le pouvoir aux MAIRES DU PALAIS, et RU miiieu des rivalités des princes mérovingiens, que dominaient ces intendants devenus les véritables souverains, s'élève en Austrasie « une dynastie nouvelle qui va long-
temps exercer la royauté avant de prendre le titre royal. » La Gaule fut alors envahie par le second ban des Francs et gouvernée par les maires du palais d'Austrasie. Cnefs d'une puissante et belliqueuse noblesse, ces maires austrasiens, possesseurs du domaine d'Héristal,. d'oûyls ont tiré le nom de leur maison, s'érigèrent en rois « et leur politique suivie de génération en génération eut pour but de séparer TAustrasie de la Neustrie, d'assurer le triomphe de la première sur la seconde, et de succéder à la dynastie mérovingienne devenue indigne du trône par sa mollesse et sa dégradation. »
C'est ainsi que successivement Pépin de Landen, Pépin d'Héristal, Charles Martel et Pépin le Bref, sous des rois incapables de régner, préparèrent Charlemagne.
Ils triomphent d'abord de la Neustrie, et celle-ci est définitivement vaincue ; mais ce n'est que le commencement de leur élévation. Après avoir étendu leur domination sur toute la Gaule, ils écrasent à la bataille de Poitiers, les Sarrasins ou Arabes qui, après avoir ravagé une partie de l'Asie, de l'Afrique et TEspagne, venaient d'envahir le sud de la Gaule sous l'étendard de Mahomet; ils sauvent la chrétienté menacée par ces nouveaux barbares et fondent, par leur alliance avec la papauté, la seconde dynastie de nos rois ou dynastie carolingienne.
Hommes de guerre, hommes de gouvernement, défenseurs zélés de la religion et des papes, ils re-
f)résentent vraiment la France et la remettent dans a glorieuse tradition de Clovis.
Avec l'enchaînement des faits, ce qu'il vous faut retenir de cette époque, c'est l'admirable action de l'Église au milieu de la société nouvelle qui se constituait sur les ruines de l'empire romain. Vous avez vu sa conduite pendant les invasions. Après l'établissement des Francs, elle s'efforça d'adoucir
leurs mœurs et de les initier à un genre de vie moins grossier. Entre les vainqueurs et les vaincus, entre rancienne population gallo-romaine et le euple germanique, elle fut comme un arbitre. Sa oi leur servit de trait d'union. « Elle seule pouvait, par les liens d'une foi commune, rapprocher et unir des peuples si divers, et ce fut à force de soins qu'elle en forma peu à peu la nation fran-
caise *. »
Dans un grand nombre de conciles tenus sous les rois mérovingiens, depuis les célèbres conciles d'Orléans dû commencement du sixième siècle qui furent comme la charte de transformation de la Gaule romaine en Gaule gallo-franque, les évêques dictèrent la loi des deux peuples en présence, prescrivirent des réformes, travaillèrent à mettre de l'ordre dans la société.
Les invasions barbares avaient détruit les œuvres de la civilisation romaine et les conquérants n'avaient guère apporté avec eux que leurs armes et leurs vertus guerrières. Il fallait les former euxmêmes à la vie policée. L'Église s'y emploie avec ardeur. Elle paraît alors comme la véritable éducatrice de ces peuples. C'est chez elle qu'est la vie et la discipline.
A côté des évêques et des clercs surgissent les MOINES. Saint Benoît, leur grand législateur, est aussi un créateur de la civilisation européenne. Partout les moines, en se multipliant pour le bien de la société, remettent le travail en honneur; ils remplacent les forêts sauvages par des moissons, les jachères par des cultures; ils dessèchent les marais, entretiennent les routes, bâtissent des églises, ouvrent des écoles, fondent des hôpitaux. La société barbare est renouvelée. Tout le savoir à cette époque est dans les couvents ; on y