‹ Le livre du jeune françaisChapitre 56 sur 116 · CHARLEMAGNE · texte numérisé non relu

CHARLEMAGNE

Enfin avec Charlemagne, la France va être la France ; avec lui aussî commence pour l'Europe un monde nouveau.

Le dernier roi mérovingien avait fait place au fils de Charles Martel, Pépin le Bref; celui-ci ajouta à l'exercice du pouvoir royal le titre de roi. Elevé au trône « avec V autorisation du Siège apostolique, par Sélection de tous, la consécration des évêques et la soumission des princes, » Tillustre Pépin prononça ce serment :

a Je jure de conserver en paix PEglîse de Dîeu et tout le peuple chrétien sous mon gouvernement, de réprimer Tinjustice, de quelque part qu*elle vienne, d'unir dans tous mes jugements Téquité à la miséricorde, r^

La gloire et la puissance des Francs se relèvent avec la nouvelle dynastie. Pépin, après Charles Martel, reprend la haute mission de la France.

Il y avait alors en Italie un prince ambitieux, le roi des Lombards, qui voulait s'emparer de Rome où, depuis Constantin, régnait le chef de l'Eglise. Pour la première fois on vit le pape en France ; il venait lui-rmême implorer le secours du roi des Francs. Aussi zélé que son père pour la cause du Saint-Siège, Pépin reçoit avec respect le pontife. Il veut être sacré et couronné par lui pour rendre plus auguste son pouvoir, puis il passe les Alpes avec une armée, délivre Home, s'empare de l'exarchat de Ravenne, dispose de sa conquête en faveur du Saint-Siège, dont lui et ses descendants deviennent dès lors les protecteurs héréditaires ; enfin, après avoir vaincu les Lombards, il châtie les Saxons rebelles, rejette les Sarrazins au delà

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des Pyrénées et plus maître qu'aucun roi encore de toute la Gaule, il laisse son royaume florissant à un fils qui va en faire Tempire d'Occident.

Ce fils, c'est Charlemagne.

Vous avez tous entendu parler de lui, mes enfants ; vous avez vu l'image du grand empereur, àla haute stature, au visage majestueux, à la longue barbe, tenant d'une main le sceptre impérial et de l'autre la boule du monde. C'est aiiisi qu'il sera représenté à côté de saint Denys, de saint Martin et de saint Louis, lorsque M. le curé, qui aime bien la France, aura le moyen de mettre de beaux vitraux à son église.

Ecoutez maintenant ce qu'en dit l'histoire, témoin des grandes et utiles choses qu'il a accomplies, non seulement pour la France, mais pour la civilisation et qui, à cause de cela. Ta appelé Charles le Grand ou, d'un seul mot, Charlemagne.

Père du monde moderne et de la société européenne, conquérant comme Alexandre et Jules César, organisateur comme Auguste, protecteur de l'Eglise comme Constantin, législateur comme Numa, civilisateur comme aucun prince ne l'avait été avant lui, ami de son peuple et roi pour le bien de ses sujets : tel a été Charlemagne*

A son avènement au trône, il se vit environné au Nord, à l'Est, et au Sud d'ennemis qui menaçaient l'intégrité de son royaume. Il les vainquit tous tour à tour et plusieurs fois de suite. Frisons, Bavarois, Saxons, Lombards, Sarrazins, Slaves et Avares ; il agrandit la France des conquêtes qu'il fit sur leur barbarie et donna en échange à plusieurs le christianisme.

Son empire s'étendait au cœur de l'Allemagne, jusqu'en Italie, et par delà les Pyrénées. Roi de France et empereur d'Occident à la fois, par la consécration qu'il reçut du pape le jour de Noël de l'an 800, Charlemagne fit définitivement des diffé-

rentes nations de la Gaule un peuple, de ce pays une patrie, et de toutes les contrées soumises à son sceptre le nouvel empire de la civilisation.

« La mission de Clovis avait été de faciliter la conversion des barbares établis en Gaule ; l'œuvre de Charlemagne fut de contenir les peuples encore nomades de la Germanie, de les civiliser par le christianisme, de les fixer définitivement au sol, et de préparer ainsi l'Europe du moyen âge, la chrétienté*. »

En même temps qu'il remportait des victoires*, il édictait, avec le concours des évêques et des seigneurs, des lois connues sous le nom de capiti}- LAiRES qui ont passé dans toutes les législations de l'Occident ; il organisait ses Etats, établissait un gouvernement sage et régulier, et dans ce vaste corps qu'animait son génie, il répandait les lumières des sciences et des arts avec celles de la foi, et faisait ressentir partout les effets de sa piété et de sa justice.

Le principal titre de Charlemagne est d'avoir assuré par la grandeur temporelle du Saint-Siègb la liberté de l'Eglise et avec elle l'autorité des rois et la liberté des peuples chrétiens. Le bien de l'Eglise avait été la grande loi de son gouvernement et par là il avait trouvé le vrai moyen de faire le bonheur de son peuple.

Sur le point de mourir et avant d'appeler son fils à lui succéder dans sa puissance impériale, le vieil empereur a l'exhorta à craindre et à aimer Dieu par-dessus tout, à observer scrupuleusement ses lois, à bien gouverner l'Eglise et à la protéger contre les méchants * » . Tel fut le testament qu il donna à ses successeurs. Son conseil est devenu la tradition de la couronne de France. C'est en cela que l'œuvre de Charlemagne, qui allait être compromise par de

I . Demoliits, Histoire de France, a. Thegan. De gettis LuUovici Pii^

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terribles épreuves, subsista jusqu'à la fin de la monarchie française.

Malheureusement, les partages et les guerres civiles recommencent avec Louis le Débonnaire, à qui il ne manqua que le génie pour être le digne successeur de son père. L empire de Charlemagne «st démembré.

A la faveur des querelles des princes carolin- <;iENS qui se disputent Tapanage impérial, les leu- DES, investis du gouvernement des duchés, des CiMfTÉs et des marches organisés par Charlemagne, torachent à la faiblesse du souverain l'hérédité de <;es charges ou bénéfices, autrefois temporaires, «t se rendent indépendants ; en même temps, de nouveaux barbares du Nord, tenus en respect pendant le règne du grand monarque, les Normands, accourent en foule sur leurs barques et pénètrent par la Somme, -par la Seine et par la Loire jusqu'au cœur de la France.

Trop faibles pour résister, les successeurs dégénérés de Charlemagne abandonnent leurs Etats aux dévastateurs qui arrivent jusqu'à Paris. Mais Dieu protège la France.

Déjà, au milieu de la terreur générale, un seigneur, Robert le Fort, avait tenu t^te aux Normands et pour cet exploit il avait obtenu de l'empereur Charles le Chauve, à titre de duché de France, tout le pays compris entre la Seine et la Loire. Ses exploits lui méritèrent la gloire de devenir la souche d'une nouvelle dynastie de rois*

A Paris, les Normands sont arrêtés par son vaillant évêque Goslin et par le comte Eudes, fils aîné de Robert le Fort. Le siège dure onze mois. Au lieu de profiter de cette héroïque résistance pour écraser les Normands, Charles le Gros traite avec eux de leur départ. Cette conduite soulève l'indignation générale et l'empereur est déposé. « Ce tut alors que l'empire de Charlemagne, après avoir été

successivement affaibli par son fils, partagé entre ses petits-fils et laissé en proie aux barbares sousdes princes incapables, finit par se démembrer en sept royaumes, qui se divisèrent eux-mêmes en une multitude de fiefs à peu près indépendants. A Tunité de Tempire succéda le régime de la féoda* lité *. »

En France tout devient confus. Un parti se forme au profit du vaillant comte Eudes, lequel est élu roi contre Charles le Simple. Celui-ci finit par régner seul par la généreuse abdication et la mort d'Eudes. Il désarme les Normands en donnant à leur chef Rollon sa fille et la Neustrie. Dès lors cette province change de nom pour s'appeler Normandie,. comme les Normands eux-mêmes, avec leur chef, changent de vie et deviennent d'autres hommes en devenant chrétiens.

Charles le Simple se voit bientôt aux prises avec ses vassaux contre lesquels il ne réussit pas à défendre les restes de l'autorité royale. Robert,, frère du comte Eudes et duc de France, lui disputele trône. Il ne tient qu*à son fils, Hugues le Grand, de régner à la mort de Charles, mais il dédaigne d'être roi et abandonne ce tTtre au duc de Bourgogne ; celui-ci meurt sans postérité, laissant la place à un fils de Charles le Simple rappelé sur le trône par les seigneurs.

Les derniers rois Carolingiens, quoiqu'ils ne méritent pas, comme les Mérovingiens dégénérés, le surnom de fainéants, s'efifaceiitpeu à peu devant la famille de Robert le Fort qui s'élève à l'ombre du pouvoir royal, jusqu'à ce que la race elle-même disparaisse aVec Louis V, environ deux cents ans^ après Charle magne, vers la fin du dixième siècle.

Alors le fils d'Hugues le Grand, Hugues Capet, est élu roi par les seigneurs réunis à Noyon, de

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