‹ Le livre du jeune françaisChapitre 58 sur 116 · LE MIRACLE DE SALUT · texte numérisé non relu

LE MIRACLE DE SALUT

Philippe le Bel meurt laissant trois fils dans lesquels s éteint, après leur règne successif de quelques années, la première branche des Capétiens, si féconde en bons rois.

Pour la France commençait la période la plus critique de son histoire. Le trône était vacant. Edouard III, roi d'Angleterre, y prétendait d'après le droit féodal, comme le plus proche parent par les femmes du dernier roi Charli^s IV ; de son côté, Philippe de Valois, petit-fils de Philippe le Hardi, réclamait la couronne, comme premier prince du sang descendant de mâle en maie des anciens rois de France. En vertu de la vieille loi salique de France qui excluait les femmes de la succession à la terre de conquête, et par assimilation au royaume, une assemblée nationale se prononça en faveur de Philippe.

Avec l'avènement de la seconde branche des Capétiens, dite des Valois, s'ouvre une époque de terribles épreuves dans laquelle l'unité et la nationalité françaises faillirent sombrer. Mais au milieu de malheurs inouïs, vous allez admirer Faction de la Providence sur notre patrie.

La succession à la couronne de France fut l'occa-

sion de cette longue guerre de Cent ans entre TAngleterre et la France que notre patriotisme se rappelle encore. Passons vite sur ces souvenirs désastreux. Edouard III, humilié par la supériorité du roi de France, dont il était le vassal pour le duché de Guienne, fomente la sédition des Flamands, entretient la guerre entre les deux prétendants au duché de Bretagne, et lui-même envahit la France en s'avançant jusqu'à Paris. Obligé de se retirer à l'approche de Philippe de Valois, en Picardie, pour regagner l'Angleterre, il triomphe à Crécy de la valeur impétueuse et désordonnée de la chevalerie française par la discipline de son armée et la force du canon, dont ce fut ce jour-là le premier emploi (1346). L'année suivante, il fait le siège de Calais, illustré par le dévouement d'EusTACHs de Saint-Pierre, s empare de la ville et n'est arrêté dans sa conquête que par la peste noire qui ravage l'Europe.

Au milieu de ces désastres, Philippe de Valois, roi brave et ami de la justice, mais imprudent, acquit le comté de Montpellier et reçut en legs le Dauphins de son dernier duc, à la condition que celui des princes du sang qui recevrait cette province en apanage porterait le nom de dauphin. C'est de là que vint le titre de l'héritier présomptif de la couronne de France.

Après une trêve de huit ans, la guerre recommence avec les Anglais, sons Jean le Bon. Le fils d'Edouard III, le prince de Galles, dit a le Prince Noir», ravage tout le midi jusqu*à Poitiers. Là, la fougue chevaleresque des Français succombe pour la seconde fois sous la discipline anglaise, et le roi est fait prisonnier malgré sa vaillance.

Les dissensions civiles fomentées à Paris par l'ambitieux Etienne Marcel , prévôt des marchands, s'ajoutent aux maux de la guerre étrangère. Une bourgeoisie factieuse tente d'annuler

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rautorité royale à la faveur de la captivité du roî et de la détresse du Dauphin Les paysans, victimes des déprédations des grandes compagnies d'aventuriers de toute nation échappées des champs de bataille , se révoltent à leur tour, et la Jacquerie fait cause commune avec Etienne Marcel, qui, à la fin, expie par la mort sa trahison et ses crimes.

Cependant Edouard entreprend une troisième invasion en France et ravage tout de Calais à Chartres. Devant cette ville, consacrée de temps immémorial au culte de la Vierge Marie, que la piété de nos pères a appelée la reine de la France, un orage effroyable met la panique dans Tarmée anglaise, et le roi, voyant dans cet événement la preuve de la colère céleste, fait vœu de conclure la paix.

C'était une première intervention de Dieu en faveur de la France. Pour suspendre le cours des désastres de notre patrie, il lui donne un bon roi, Ch ARLES V, imitateur de saint Louis. La sagesse et rhabileté de ce prince, appuyées sur le génie guer> rier de Doguesclin, reprennent aux Anglais presque toutes leurs conquêtes, et rétablissent en France Tordre, la justice et la prospérité; sous lui, les lettres et les arts fleurirent aussi avec la paix. « Savez-vous, disait cet excellent roi à un ami qui lui parlait du bonheur de son règne, pourquoi je suis heureux ? C'est parce que j'ai le pouvoir de faire du bien. » Il en fit beaucoup ; aussi fut-il très aimé.

Ce sage et religieux monarque avait trouvé la France dans un état complet ae désolation, il la laissait affranchie de l'Anglais et relevée de ses ruines. Mais la minorité de Charles YI, bientôt suivie de sa folie, replonge le royaume dans le malheur des guerres civiles et de l'invasion. Les DUCS d'Orléans et de Bourgogne, se disputaient le pouvoir; à la faveur de leurs divisions, Henri V,roi d'Angleterre, se jette de nouveau sur la France et écrase à Azincourt la valeureuse mais imprudente

armée seigneuriale, avec laquelle/ périt Fillustre connétable Olivier de Clisson. Par le traité le plua honteux qui ait jamais été conclu, et de concert avec le duc de Bourgogne, que les querelles de sa maison avaient jeté dans le parti des Anglais, Tindigne IsABBAu DE Bavière, régente du royaume, livrait au roi d'Angleterre la France avec la fille de Charles VI, et le droit de succession au trône, à Texclusion du Dauphin. Henri Y meurt au milieu de ses conquêtes et bientôt après, l'infortuné Charles VI aussi. Le fils du vainqueur, Henri VI , est proclamé roi en même temps à Paris et à Londres, pendant que notre Charles VII, réduit à quelques provinces fidèles, est appelé par dérision le roi de Bourges.

Tout semblait perdu. Alors Dieu envoie un secours extraordinaure ; il suscite une simple paysanne, Jeanne d'Arc, à qui il donne la mission de sauver la France. Des voix du ciel la poussent à la délivrance de notre patrie. Son ascendant surnaturel ranime les courages, son héroïsme miraculeux accomplit des exploits. L'Anglais fuit devant elle à Orléans et Jeanne d'Arc mène triomphalement le roi à Reims pour le faire sacrer dans la ville de Clovis. La monarchie se relève, le peuple français se retrouve. L'héroïque pucelle, prisonnière des Anglais, termine sa mission par le martyre ; mais la France est délivrée.

Charles VII, aidé de ses vaillants capitaines Du- NOis, La Hire, Xaintrailles et le connétable Ri- CHEMONT, n'a plus qu'à poursuivre le cours de ses victoires ; alors il réorganise le pays avec son sage ministre Jacques Cœur, il voit le commerce et l'industrie refleurir, les flottes marchandes porter si loin l'influence de la France « qu'il n'y eut plus dans la mer d'Orient mat revêtu sinon de fledrs de lys » ; et ce roi, d'abord fugitif dans ses États, meurt dans la gloire et dans la paix^ repentant de ses faiblesses

privées, ne laissant aux Anglais de toutes leurs conquêtes sur le continent que la seule ville de Calais.

Ainsi finit la guerre de Cent ans. De cette longue et terrible épreuve, la France, miraculeusement soutenue par Dieu, sortit plus forte et plus unie. « Le sentiment national, développé par la haine de l'étranger, avait succédé au patriotisme féodal et communal qui avait jusqu'alors troublé et affaibli la France par des luttes intestines *. » L'invasion anglaise acné va de créer la patrie française.

Après le règne réparateur de Charles VU, Louis XI

f>oursuit, plus habilement peut-être que loyalement, a politique royale par 1 abaissement des grands vassaux. Son règne fut une lutte de négociations et de ruses contre le puissant duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, qui aspirait à se faire dans la France, en y ajoutant ses riches possessions de Lorraine et des Pays-Bas, un royaume indépendant. Sans triompher ouvertement de ce rival, le roi sut profiter des désastres que lui infligèrent les Suisses

Jour recueillir une partie de sa succession. On lui oit d'avoir empêché le démembrement de la France à peine ressaisie sur les Anglais.

Sous son successeur Charles VIII, la politique française, jusqu'alors occupée à conquérir les frontières naturelles du pays et à relier entre elles les différentes parties du royaume, se tourne imprudemment vers ritalie, et va « tenter des conquêtes sans connaître Tart de les conserver ». Ces expéditions, entreprises pour faire valoir des droits légitimes mais périlleux, appellent la France hors de chez elle et étendent le terrain où elle aura à lutter contre des nations rivales, soit pour sa suprématie, soit même pour son indépendance. L'autorité royale y gagna, il est vrai, par la longue dictature militaire

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