‹ Le livre du jeune françaisChapitre 63 sur 116 · I. Gazeau, Histoire dû France · texte numérisé non relu

I. Gazeau, Histoire dû France

sentiment de la prépondérance et des intérêts de la France, que par la passion de la gloire militaire et dès conquêtes marquent ce règne. Les plus habiles ministres, un Colbert, un Hugues de Lionne, un Le Tellier ; les plus grands hommes de guerre, Louvois et Yauban, Conde, Turenne, Luxembourg, Catinat, Yillars ; les maiîns les plus expérimentés et les plus intrépides, DuQUESNE, Jean Bart, Duguat Trouin ; les magistrats les plus éminents, Mole, Lamoignon, d'ÀGUESSEAu, tous ces grands hommes dominés par le génie de Louis XIV lui procurèrent la gloire des batailles avec celle du gouvernement, le nrent victorieux sur terre et sur mer de tous les ennemis de la France, et lui permirent d'être con-

Suérant au dehors sans cesser d'être un roi occupé e Tadministration intérieure, du bo^ ordre, et de prospérité de TEtat.

Les lettres et les atts avaient embelli Tépoque tourmentée des guerres d'Italie et des guerres de reUgion. C'est de là que datent ces beaux monuments, palais, châteaux, édifices publics, dits de LA Renaissance, où la sculpture rivalise d'élégance avec l'architecture, et qui ont perpétué les noms de Pierre Lescot et Philibert Delorme, de Jean Goujon et de Germain Pilon ; c'est de là aussi que vient cet art gracieux du mobiUer, de la ciselure et de la

{>oterie, dont les amateurs d'antiquités se disputent es produits et où notre temps voit encore le modèle du bon goût et de F élégance. A cette époque se rapportent également les commencements de la grande peinture française avec Clouet et Jean Cousin; les premiers essais de musique; cette aimable poésie, le plus souvent légère mais noble aussi parfois de Marot, de Ronsard, de Villon ; les écrits de . Rabelais, d'ÀMYOT, de Montaigne, dont tout n'est pas à lire, mais où la langue française paraît enfin avec une forme régulière et toutes ses qualités natives. Un siècle après, les lettres et les arts jetèrent

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le plus vif éclat sous Louis XIV qui en fut le protecteur constant et éclairé.

Ce siècle privilégié, qu'on appelle le grand siècle -et auquel Louis XIV a mérité de donner son nom enfante une pléiade d'hommes de génie, Descartes et Pascal, Bossuet, Bourdaloub, Fénelon, Corneille et Racine, Boileau, la Fontaine, Molière ; philo-* sophes, orateurs, écrivains, poètes, dont les chefsd'œuvre, qui sont le patrimoine national, étendent sur toute l'Europe l'empire de la langue française,

Îendant que d'éminents architectes, Perrault et [ansardj d'illustres peintres. Poussin, Lesueur, Claude Lorrain, d'habiles sculpteurs,PuGET, Girar- DON, rivalisent avec l'art de l'Italie, de l'Espagne et. de la Hollande. Lulli et Rameau inaugurent la musique moderne. Le domaine des sciences s'accroît Srodigieusement par les travaux de Tournefort et e JussiEU, de Pascal, de Descartes, de Fermai et de Cassini. D'autres, Petau, Mabillon, Huet, MoNTFAUGON, Sanson, Delisle Créent la science de l'histoire et de la géographie. N'hésitez pas, mes enfants, à retenir tous ces noms : ils sont tous illus* très et composent une des meilleures parties de l'héritage du passé.

Le siècle de Ix>uis XÏV connut toutes les grandeurs et toutes les gloires. Il avait été préparé par une admirable renaissance religieuse dans laquelle, •à la suite des ravages du protestantisme et du fléau des guerres, le clergé retrouva sa vertu et sa discipline, le peuple des campagnes sa foi, et où la Fiété et la charité prirent un admirable essor par influence de saint François db Sales, du cardinal j)E Bérulle, du P. de Condrbn, de M. Olier, de beaucoup d'autres saints pràtres et religieux et du plus grand de tous, notre incomparable saint Vinssent DE Paul, qui suffirait à illustrer un siècle, une nation. Comme ses plus illustres prédécesseurs Louis XIV, même au temps de ses écarts de con-*

•duite, fit de la religion la règle de son gouvernement.

Pour assurer sur un fondement durable la force et

la paix de la France, il entreprit de. rétablir l'unité

les obstination obligèrent à révoquer I'bdit de Nantes, ouvertement enfreint par ces ennemis de la foi catholique et de l'autorité royale, et. à bannir l'hérésie du royaume ; mais lui-même em- *

Siéta sur l'autorité pontificale, en faisant proclamer^ i ans la fameuse déclaration de 1682, une doctrine en opposition avec les droits du Pape, et par sa con^ duite envers le Saint-Siège, il rappela pendant quelque temps Philippe le Bel plutôt que Charlemagne. La fin de ce règne si glorieux fut attristée par clés revers au milieu desquels Louis XIV parut plus ^and que jamais. La haine implacable du protestantisme en suscitant contre lui des coalitions eurO"? f)éennes dont le roi d'Angleterre était l'âme, amena e déclin de sa puissance, maigre les belles victoires remportées contre les alliés de Guillaume IIL La GUERRE DE LA SUCCESSION d'Espagne, heureusc sur plusieurs points, aboutit à des désastres. Mais malgré ces coups du malheur et la mort de ses fils, Louis XIV ne s'abandonna pas lui-même en face de l'Europe liguée contre lui, et encourageant son dernier çénéral à une lutte suprême, dans laquelle le sort de la France allait se jouer, il lui dit : a Si la bataille est perdue, vous l'écrirez à moi seul. Jq monterai à cheval, je passerai par Paris, votre lettre à la main. Je connais les Français ; je vous mènerai deux cent mille hommes et je m'ensevelirai avec vous sous les ruines de la monarchie. »

Dieu protégeait la France et Villars la sauva à la mémorable bataille de Denain (1712).

Louis XIV mourut après avoir rendu, par le traita d'Utrecht, la paix à son royaume et assuré la couronne d'Espagne à ses petits-fils. Malgré les

revers des dernières années, il laissait la France agrandie jusqu'à ses frontières naturelles, unifiée dans toutes ses parties, libre et homogène. « Avec lui la monarchie était montée au comble de sa grandeur et de sa puissance ; puis avec lui elle avait commencé à descendre la pente de sa décadence* Elle ne devait plus s'arrêter sur cette pente, jusqu'à ce qu'elle s'engloutît dans la Révolution^ ».

J arrête là, mes enfants, cette histoire de la France avant 1789, pour ne pas vous conduire à travers les fautes et les faiblesses du règne de Louis XV jusqu'à l'échafaud de Louis XVL

La licence de la cour, la corruption des hautes classes et d'une partie de la bourgeoisie, les progrès de l'impiété, qui sous le couvert de la philosophie, dont Voltaire et Jean-Jacques Rousseau étaient les principaux représentants, attaquait à la fois le trône et l'autel et minait la société, les funestes erreurs répandues par ces apôtres de l'incrédulité, et l'immoralité qui en fut la suite, ainsi que la fureur de l'agiotage et le goût désordonné du plaisir, amenèrent peu à peu la dissolution de l'ancienne France. Le désordre fit du progrès que ne purent arrêter sous Louis XV, ni le sage gouvernement du cardinal de Fleury, ni les succès militaires remportés contre l'Autriche, bientôt suivis des revers de la guerre de Sept ans, ni les vertus de la masse de la nation restée fidèle aux bonnes mœurs, à la religion et au roi.

Le mal s'aggrava sous Louis XVI, malgré les qualités de ce prince débonnaire, généreux, juste, mais trop faible. Le trône était déjà entouré des abîmes qu'avait creusés Timpiété. Les idées nouvelles d'émancipation et de liberté reçurent un nouvel élan du concours que le roi donna à la révolution américaine, en reconnaissant, contre les droits de

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