CHAPITRE PREMIER^ LA LIBERTÉ
Quelqu'un de vous, mes enfants, me demandait Tautre jour ce que signifiaient ces trois mots Liberté, Égalité, Fraternité, qu^il avait vus inscrits sur tous les édifices de la ville. C*est la devise de la république.
On rinscrit sur les murs, de peur, sans doute, qu'elle ne soit pas assez gravée dans les cœurs. Frenons-la pour nous.
Oui, la liberté, l'égalité, la fraternité sont de belles €t excellentes choses : elles sont dans FEvangile ; mais il faut bien les comprendre.
Est-il vrai, mes enfants, comme le disent certains hommes, que rien de tout cela n'existait avant la Révolution ? Est-Il vrai que l'ancienne France, la France chrétienne dont l'histoire est si noble et si glorieuse, n'a connu ni l'ordre, ni la justice, ni la paix, ni la sécurité ? Est-il vrai que notre patrie n'a possédé les droits et les libertés nécessaires à un
Seuple et les biens de la civilisation que depuis Tère e la Révolution ?
Ne le crovez pas, mes petits amis.
Je viens de vous dire que la France ne date pas de 178g. Nous avons une patrie dans le passé, une patrie digne de notre respect et de notre amour.
Soyons plus justes que ces Français d'hier envers notre vieille patrie, afin de pouvoir l'aimer d'un amour plus ancien, plus profond, plus universel.
Les vrais Français datent de Clovis et non pas de Robespierre.
Il y a eu, dit-on, autrefois, des abus, des torts, et même, bien des choses n'étaient pas pour le mieux.
Sans doute, s'il était possible de constituer de toutes pièces le régime d'un peuple, avec l'expérience on pourrait peut-être composer un état social plus parfaitque celui que l'on trou veaux diverses époques du passé, quoiqu en réalité les meilleures constitutions soient celles qui résultent du temps. Mais comprenez bien ce que je vais vous dire.
Pour juger sainement des choses de l'histoire, il ne faut pas comparer les temps entre eux.
Avec cette règle de jugement, vous trouverez le plus souvent que les choses ont été comme elles pouvaient et comme elles devaient être à chaque époque.
Considérez bien encore ceci: Dieu, est-il dit dans la Bible, a mis l'homme sur la terre pour qu'il la cultivât, c'est-à-dire pour qti'il tirât d elle sa nourriture, son vêtement, son habitation, toutes les choses nécessaires à sa vie, par le développement de l'a-
Ïriculture, de l'industrie, du commerce, des arts et es sciences. L'homme doit se faire ce qu'il est par le travail : c'est son sort. Telle est aussi la condition des peuples. Il est dans leur destinée de conquérir par l'effort leur bien-être et le progrès. Ainsi le travail est la grande loi du monde. Je vous ai
déjà fait entendre cette vérité que vous ne devez jamais perdre de vue.
La France s'est donc faite peu à peu. Vous avez vu par son histoire comment elle est arrivée à son unité : ses institutions politiques et sociales se sont formées aussi de siècle en siècle.
Voyons un peu : lui a-t-il manqué la liberté ?
On parle d'abord de despotisme ou de pouvoir tyrannique, parce que la France d'avant 89 a été gouvernée par des rois.
Il est vrai que la royauté est aussi ancienne que la France ; mais c'est elle aussi, on peut le dire, qui l'a faite. L'histoire en témoigne. N'oublions pas que la royauté a été pendant quatorze siècles le symbole de la patrie française. Souvent même l'une se confond avec l'autre.
Qui aime la France, doit aimer ses rois.