LA MONARCHIE
 aucune époque, la monarchie ne présente ce caractère de despotisme que quelques-uns lui attribuent. Remontons de Louis XIV à Henri IV, de Henri IV à Louis XI, de Louis XI à saint Louis, de saint Louis à Philippe Auguste, de Philippe Auguste à Hugues Capet, de Hugues Capet à Charlemagne, deCharlemagne à Dagobert, de Dagobert à Clovis ; jamais, même sous les rois qui ont eu le plus d'autorité, nous ne trouvons ce pouvoir personnel, absolu, s'exerçant en dehors des lois et selon le caprice du souverain.
Sous les deux premières races de nos rois, la constitution du royaume, tout imparfaite qu'elle puisse paraître à nos idées modernes, n'est pas cependant celle d'une monarchie despotique ni d'un gouvernement de bon plaisir.
La royauté continue à être, comme elle était parmi les tribus franques, élective quant à la personne, mais héréditaire quant à la famille. Le roi était élu par la nation. Les grands relevaient sur un pavois ou bouclier, en signe de supériorité, et on le promenait ainsi autour du camp, aux acclamations de rassemblée. Â la guerre seulement le Souvoir du roi était plus étendu. Avec le commanement de Tarmée il avait l'autorité souveraine sur tous les guerriers. Quoiquq essentiellement militaire, le pouvoir royal participait du caractère de la puissance fraternelle et constituait comme elle un droit de garde et de protection. Etait-ce là du despotisme ?
En ce temps-là vous voyez figurer à côté du roî^ rassemblée générale de la nation, le champ de Mars,
{)uis le CHAMP DE Mai, où se réunissent les hommes ibres en armes, avec les évêques et les comtes qui étaient alors les grands fonctionnaires spirituels et civils du royaume. C'est là que Ton statuait avec le roi, sur les lois, sur les impôts, sur la guerre^ sur les affaires importantes de la nation.
La liberté est le principe dominant de cette période. La monarchie y est tempérée par l'intervention des assemblées populaire^.
Est-ce Clovis, est-ce Charlemagne qui est le despote ?
A l'époque suivante, le pouvoir royal s'abaisse ;
' le roi n'est plus que le chef nominal de cette mul-
\ titude de seigneurs qui constituent la hiérarchie
féodale ; il n'a plus guère d'autorité que celle qu'il
peut réellement exercer. Passons ; ce n est pas encore
là qu'est le despotisme.
Avec la dynastie capétienne, l'autorité royale se relève peu à peu pour le bien de la France. Ici apparaît la grande figure de saint Loois qui domine toute cette suite de rois dont il est le modèle. Que nous dit l'histoire de Is^ lignée d'HuGUEs Capst ? Cest la
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race de saint Louis « portant haut la main de jus-» tîce, secours des faibles, refuge des opprimés, accès* sible au peuple, Taimant et le protégeant. »
« L'institution monarchique , protectrice dcR faibles, est une institution de paix sociale. Là a été son rôle glorieux dans le cours de sa longue existence*. »
Le pouvoir était chrétien: c'est tout dire. La religion était le mobile ordinaire de la conduite du monarque, qu'il s'agît de guerre, de législation, des lettres ou des arts.
Le roi est justicier, le roi est le père du peuple, a Ah ! disait-on alors, devant l'injustice, si le roi le savait ! » Louis VI, en mourant, recommande à ses enfants d'aimer et de craindre Dieu, d'avoir pitié des pauvres et d'entretenir ses sujets en paix. Philippe AUGUSTE lègue à ses exécuteurs testamentaires une grosse somme pour réparer les torts qu'auraient pu commettre les ofiîciers royaux. Saint Louis enseigne à son fils et à ses successeurs à faire régner la paix, à apaiser les guerres et les contestations, à maintenir les libertés publiques, et s'il y a des abus, à les redresser.
c Beau fiU, disait-il, à Phéritier de la couronne, je te prie que tu te fasses aimer du peuple de ton royaume, car, vraiment, jVimerais mieux qu\in Ecossais vînt d'£cosse ou quelque lointain étranger qui gouvernât le royaume bien et loyamment, que situ le gouvernais mal en point et en reproches. »
Philippe lé Bel et Philippe le Long n'oublient même pas dans leurs testaments de faire réparer les dégâts causés par le gibier de leurs forêts. Philippe DE Valois ordonne d'envoyer des commissaires dans les provinces pour ouïr les plaintes du peuple et faire raison des dommages occasionnés par ses officiers.