‹ Le livre du jeune françaisChapitre 67 sur 116 · I. Ch. de Ribbe. La famille en France · texte numérisé non relu

I. Ch. de Ribbe. La famille en France

Que pensez-vous de ces rois? Étaient-ils des tyrans?

Leur pouvoir s'acrut par Taffaiblissement de la féodalité; mais ils s'empressèrent eux-mêmes d'y ajouter des garanties. A saint Louis remonte l'institution des ÉTATS GÉNÉRAUX, OU assemblée des trois ordres de la nation, clergé, noblesse, tiers état, siégeant et délibérant avec le roi sur les grandes affaires du pays, à l'imitation des anciens Champs de Mars*. Avec Philippe le Bel l'institution se développe et prend un rôle de plus en plus important.

Les États généraux furent dès lors convoqués régulièrement par les rois jusqu^à Louis XIV. Vous lirez quelquefois que le roi promulguait les lois par cette formule : « tel est notre bon plaisir. »

C'était une vieille formule, mal traduite du latin et conservée dans les actes législatifs, qui signifiait simplement : telle est la décision de notre plaid ou conseil. Loin d'indiquer que le roi faisait ce qu'il lui plaisait, elle rappelait au contraire que les décrets des rois avaient toujours été délibérés en assemblée. Cette autre maxime : « ce qui l'y plaist à faire doibt estre tenu pour loy, » voulait dire que le roi avait le pouvoir législatif, et non pas que son caprice était la loi.

a Le roi, dit un de nos anciens jurisconsultes, était absolu par la lettre des lois, mais limité par la pratique *. » Oui, à mesure que la royauté s'accroissait en agrandissant avec elle la France, les pouvoirs du roi devenaient plus étendus. Le monarque paraissait absolu ; mais son autorité rencon-

I. En ia6a, le saint roi rend nne ordonnance célèbre sur la monnaie. Elle est délibérée et signée par les représentants de la grande masse nationale qu*elle concernait, consultée pour la première fois dans r^ncienne France capétienne et qui s*est choisie pour délégués trois bourgeois de Paris, trois bourgeois de Provins, deux d^Orléans, deux de Sens et deux de Laon. Ce consentement des intéressés accompagne presque toujours les actes de saint Louis.

a. Loiseau.

trait des limites infranchissables dans les préroga* tives des cours souveraines de justice, les parle- MfiNTS, dans les privilèges de la noblesse, dans les franchises et les immunités des villes, dans les libertés des mille corporations et communautés qui couvraient la France, dans son conseil devant lequel étaient portées et discutées toutes les affaires, enfin dans les coutumes et traditions du royaume qui étaient la grande loi, la loi permanente.

Ni François I*', ni Henri IV plus puissants que leurs prédécesseurs, ne sont des rois absolus. Ils gouvernent l'un et l'autre pour le bien du peuple. Louis XIV a plus d'autorité qu'eux encore. Il règne souverainement; il a pu dire, en personnifiant la France en lui : « l'État c est moi; » il n'a jamais dit : « la loi, c'est moi. »

Mais, dira-t-on, et les lettres dé cachet, et les PRISONS d'État, et la B^istillè! Oui, c'étaient là des moj^ens de gouvernement qu'on trouve excessifs aujourd'hui. Ils ne choquaient pas autant les contemporains. On a pu abuser quelquefois des lettres de cachet, lesquelles permettaient au roi, dans des cas déterminés, de faire enfermer certains individus jugés dangereux pour leur famille ou pour TÉtat ; mais il faut compter aussi les scandales et les mau^ publics qu'elles ont souvent prévenus. Savez-vous, mes petits amis, ce qu'on trouva à la Bastille lors de la prise de cette fameuse prison d'Etat, dont l'anniversaire est devenu le jour de notre fête nationale ? On y trouva sept prisonniers, dont quatre faussaires et banqueroutiers et un jeune dissipateur enfermé à la demande de sa famille*.

C'était bien la peine de faire une révolution pour cela!

Rejetons ces injustes accusations de despotisme envers nos rois. Leurs œuvres sont là ; elles cons-

1, La Bastille dévoilée, LB UYRB DU JEUNB FRANÇAIS, 14

tituent le fond de notre belle histoire de France, ' Ces rois, qu'on voudrait faire passer pour des tyrans, remarquez comme ils s'appellent dans 1 histoire. C'est Louis le Débonnaire, Robert le Pieux, saint Louis, Jean le Bon, Charles le Sage, Charles le Bien-Aimé, Charles I'âffable, Louis le *Pâre du Peuple, Louis le Juste, Louis le Bien*^ Aimé. Sont-ce là des noms de tyrans ? Et je ne vous parle pas de ceux que rafiection autant que l'admiration des peuples a surnommés Da^obert le Magnifique, Charles le Grand, ou CharJe magne, Philippe Auguste, Louis le Lion, Philippe le Hardi, Charles le Victorieux, François le Père DES Lettres, Henri le Grand, et Louis le Grand.

De nos rois on a pu dire : a Ils se disaient pères du peuple, et ils en étaient fiers ^ »

S'ils n'avaient pas été bons, comment auraientils pu être aimés comme ils l'ont été, « Nous ne nous faisons plus une idée du respect, que dis-je, de l'amour des Français pour leur roi. Il trouvait cet amour dans toutes les classes, non seulement dans la noblesse pour qui il était comme un point d'honneur et qui se faisait gloire de son obéissance et de sa fidélité ; dans la bourgeoisie honnête et éclairée, mais dans le peuple ignorant, faible et oublié, dans ces pauvres paysans qui se jetaient à genoux sur le passage du roi, comme devant le re«» présentant de Dieu sur la terre *. »

C'est ce sentiment de filiale affection pour le roi qui, à toutes les époques, frappe le plus les étrangers qui visitent la France. Au milieu même des grands troubles religieux et politiques du seizième siècle, les ambassadeurs de la république de Venise écrivent : « Habitués depuis longtemps à être gouvernés par leurs rois, les Français ne désirent pas d'autre gouvernement en France. De là dérive

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