‹ Le livre du jeune françaisChapitre 69 sur 116 · I. Loadun, O. 0, a. Mirabeau · texte numérisé non relu

I. Loadun, O. 0, a. Mirabeau

3, D'Argeosoiii

France. Est-ce qu'elle n'a pas fait partie à toutes les époques de sa constitution ?

Quoi de plus libéral que l'organisation de la mo* narchie franque sous les deux premières races de nos rois, où toute l'administration est résumée dans un grand fonctionnaire, le comte, au tour duquel siègent toujours, pour rendre la justice et régler les affaires, des représentants de la nation, et dont l'autorité est sous le contrôle perpétuel des envoyés du roi ?

En pénétrant au fond de cette société iranque on voit coexister avec le régime monarchique, qui englobe tout le royaume par la division du territoire en COMTES, un régime mtérieur d'association libre et de mutuelle assurance, formé d'une multitude de petits groupes indépendants qui ont leur justice, leur impôt, leur service militaire. Ces petits groupes, DIZAINES et CENTAINES, soul gouvcmés par les propriétaires à qui incombe le service de la justice et de la guerre. Ce sont eux qui composent le tribunal, qui forment la milice, qui se battent pour les autres, qui font la police sur leur domaine et y entretiennent les chemins. Ils sont les vrais serviteurs du pays.

La liberté politique résultait de cette organisation . Les dizaines et les centaines avaient leurs assemblées régulières; au-dessus des mille assemblées locales, il y avait la grande assemblée nationale, le Champ de Mars, où seuls paraissaient les propriétaires qui n'y venaient pas exercer un droit, mais remplir un devoir inhérent à la propriété. Le roi présidait l'assemblée ; il était le premier de ses membres ; elle n'était rien sSins lui ni lui sans elle. Dans l'assemblée, l'accord est parfait , on ne discute guère ; les questions posées étaient toujours simples et promptement résolues. C'était la paix ou la guerre à décider, la loi à modifier*.

!• Fustel de Coulanges, les Origines de laféodaliiè^

N'est-ce pas là, pour le temps, un gouvernement de liberté?

LA F^ODALITIÉ.

Mais voici l'époque de la féodalité. Le pouvoir royal a presque disparu ; pour diverses causes politiques, rautorité a passé aux mains des hauts JFonctionnaires et des propriétaires puissants qui sont devenus comme autant de souverains. Est-ce que la liberté a péri dans cette révolution ? Sans doute, elle n'existe plus autant; mais savez-vous pourquoi?

Chose curieuse ! La lassitude de la liberté contribua beaucoup à l'établissement du régime féodal qu'on représente uniquement comme un régime de violence et d'oppression. Vous venez de voir toutes ces petites associations d'hommes libres se mouvant avec indépendance dans le cercle élastique de la royauté mérovingienne. Eh bien ! cet état de liberté collective dans la nation succomba de lui-même sous le poids des charges qu'il imposait aux associés.

Le tribunal, la guerre, les assemblées, la police intérieure de son domaine absorbaient toutes les forces, tout le temps du propriétaire, et, trop occupé des intérêts communs, il n'avait plus rien à donner aux soins de son intérêt privé. A force d'être trop libre, il ne l'était plus. Il en vint donc à trouver, comme l'expliquent très bien nos savants, que se gouverner amsi soi-même était le plus lourd et le plus ruineux des assujettissements et il ne songea plus qu'à s'en affranchir. Aussi voit-on, dès la fin de la première race de nos rois, beaucoup de petits propriétaires changer leurs alleux ou terres libres en BÉNÉFICES, ou terres inféodées, au profit d'un grand, d'un haut fonctionnaire, d'une église, et renoncer aux privilèges de la propriété, afin de se

soustraire aux devoirs onéreux de la liberté. Eln sacrifiant sa propriété et sa liberté, le petit propriétaire augmentait son revenu, puisqu'il recevait en jouissance un domaine plus étendu. Le grand propriétaire, de son côté, augmentait sa puissance avec sa clientèle et s'assurait un vassal de plus, un guerrier utile *.

La féodalité était donc déjà constituée dans son essence, lorsque la faiblesse des derniers rois caro-* lingiens et les invasions normandes vinrent lui donner un essor général et lui faire prendre un caractère d'institution politique.

Les partages plusieurs fois renouvelés de l'empire de Charlemagne entre ses successeurs, donnèrent lieu à des guerres d'ambition favorables à l'organisation de la vassalité. Devant les invasions normandes, le territoire se couvrit de forteresses.. Pour se mettre à l'abri du fléau, les populations inférieures se rangèrent sous la tutelle des châteaux forts. Plus que jamais les petits propriétaires ru* raux aliénèrent leurs biens pour leur sécurité ; ils ne furent plus que les tenanciers de leurs terres. Les plus pauvres échangèrent même leur liberté contre leur vie et devinrent serfs. Il se fit ainsi une double révolution dans l'état des terres et des personnes.

En même temps, les grands fonctionnaires, DUCS et COMTES, profitant des embarras et de l'impuissance de la royauté tendirent à faire des offices royaux des propriétés personnelles. Les comtés et les DUCHÉS se transformèrent ainsi en fiefs pout lesquels l'investiture royale ne fut plus qu'une forme. Telle est l'oriffine de ces erandes seiffueu' nés qui s élèvent en rivales du pouvoir royal * Les DROITS RÉGALIENS, droit de justice, droit dej guerre, droit de battre monnaie, droit de percevoii '

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