LA LIBERTÉ DES CULTES
Mais il y a encore une autre liberté que la Révo* lution revendique : la liberté religieuse, la liberté de professer n'importe quel culte ou même de n'en pratiquer aucun. Est-ce là aussi un progrès?
Remarquez d'abord que la liberté religieuse est surtout pour ceux qui n'ont pas de religion. A ceux-là, non seulement la loi actuelle reconnaît la faculté de ne croire à rien, de ne professer aucun culte, mais elle leur permet d'attaquer par des écrits ou des discours les croyances des autres, d'insulter la religion de la majorité de leurs concitoyens, elle leur donne le di^oit de blasphémer dans la rue, de , travailler en public le dimanche, de violer ostensiblement toutes les lois de l'Église.
Pour ceux qui ont de la religion, pour les catholiques, la liberté religieuse est bien restreinte.
Ils n'ont pas la liberté du mariage. Us ne peuvent jamais se marier suivant leur foi, devant le prêtre, sans avoir comparu d'abord devant le maire ; et s'il y a des raisons d'urgence, comme l'approche de la mort, pour légitimer une union, ils ne peuvent pas recevoir le sacrement et se mettre en grâce vis-à-vis de Dieu, à moins que le prêtre ne se résigne, en précédant le maire, à être condamné à l'amende ou même à la prison.
Les catholiques n*ont pas la liberté de leur culte.
Ils ne peuvent faire des pèlerinages, des processions^ ni aucune cérémonie extérieure sans Tagrément de l'autorité civile et cette permission leur est refusée aujourd'hui dans presque toutes les villes et même dans bon nombre de villages.
Us n'ont pas la liberté d'enseignement. La faculté de tenir des écoles, des collèges, des établissements quelconques d'instruction dépend presque entièrement pour eux du bon vouloir de 1 admmistration ; encore doivent-ils se conformer à renseignement de l'État pour les examens.
Ils n'ont pas la liberté d'association. Les confréries et communautés religieuses sont interdites à moins d'être spécialement approuvées. En ces derniers temps, le gouvernement a fait expulser à main armée de leurs couvents une quantité de religieux qui menaient une vie sainte de prière et de travail en commun.
Vous voyez que la liberté des cultes proclamée par la Révolution, c'est moins une latitude accordée à tous les cultes qu'une restriction considérable apportée au culte catholique. C'est une liberté qui n en est pas une.
Raisonnons un peu, mes petits amis.
Vous savez qu'on appelle aussi la liberté religieuse la liberté de conscience et qu'on entend par là le droit pour l'homme de croire ou de ne pas croire à la religion, etparconséquentdevivre comme s'il n'y en avait pas. Qu'est-ce que le bon sens nous dit de ce prétendu droit ? Réfléchissez bien.
Si je vous dis que deux et deux font quatre, que la ligne droite est le plus court chemin d'un point à un autre, que deux quantités égales à une troisième sont égales entre elles, ce sont là quelquesunes des vérités dont l'ensemble constitue la vérité mathématique. Maintenant, si je vous dis que la terre est ronde, qu'elle est formée de continents et de mers, je vous énonce une partie de la vérité
géographique. Si j'ajoute que la terre tourne sur elle-même en vingt-quatre heures autour du soleil, que touis les astres, qui se meuvent dans le firmament s'attirent les uns les autres selon qu'ils sont plus ou moins gros et plus ou moins . distants, c'est là quelque chose de la ^vérité astronomique.
Avez-vous jamais entendu parler d'une liberté mathématique, d'une liberté géographique, d'une liberté astronomique ? Ce serait absurde, n'est-ce pas ? — Pourquoi ? Parce qu'il n'y a pas de liberté devant la vérité. La vérité s impose à l'esprit et par conséquent à la croyance.
Dieu existe, il a créé le monde, il s'est manifesté à l'homme, il lui a donné une loi, il est sa fin dernière : voilà la vérité reh'gieuse.
Peut-il y avoir une liberté religieuse devant la vérité religieuse? Peut-on admettre que l'homme est libre de croire que Dieu n'existe pas, quand il ne l'est pas de ne pas croire que deux et deux font quatre, que la terre est ronde, et qu'elle tourne autour du soleil?
Pour justifier cette soi-disant liberté religieuse, il faut dire ou qu'il n'y a pas de vérité religieuse, ou
Ju'on ne saurait la découvrir, ou qu'il est indifférent e la professer : que pensez- vous de cela ? Ne serait-il pas plus digne au contraire de l'esprit humain, plus conforme au régime d'un peuple civilisé, d'affirmer qu'il existe une vérité religieuse comme il existe une vérité mathématique, une vérité astronomique, une vérité géographique, qu'on peut la trouver et qu'il faut la professer?
Jusqu'au seizième siècle on a cru en France, et dans tout le monde civilisé, à la vérité religieuse du catholicisme-. C'est alors que l'on a entendu parler pour la première fois de liberté de conscience, de liberté contre la vérité. Les hommes ont cru qu'ils avaient conquis un droit nouveau et c'est ce droit que la
Révolution a consacré eu affirmant la liberté et en niant la venté.
Est-ce que cette nouvelle liberté a été un bien pour le monde ? Au contraire, la liberté religieuse a été une cause profonde de désunion entre les hommes et de désorganisation de la société.
Voyez ce qui a fait par-dessus tout la force de Tancienne France, ce qui lui a permis de traverser les épreuves les plus terribles et de ^e retrouver après toutes ses crises vivante et iutacte, c*est la communauté de foi, c^est cette unité religieuse dans le catholicisme, principe de son unité natio* nale. L'introduction du protestantisme en France a produit des guerres sanglantes, des troubles profonds et d'étemelles divisions.
La diversité des religions a amené Tindifférence religieuse et celle-ci l'impiété.
Aujourd'hui la religion est ce qui divise le plus les Français. Il y a antagonisme entre l'État et l'Église, et séparation absolue entre les catholiques et les incrédules. Il n'y a plus d'unité morale en France, faute d'unité reli^euse. C'est une déchéance immense.
c( Mais, dira-t-on, que faire alors des protestants, des juifs, de tous les incrédules, de tous les libres penseurs? »
Il est trop tard pour revenir sur la possession d'état que tous ces dissidents ont en quelque sorte acquise ; mais on pourrait par de bonnes lois atténuer les inconvénients de cette situation et, en tous cas, il ne faut pas appeler progrès ce qui est un mal en soi. Qu'il y ait aujourd'hui une tolérance pour les dissidents : soit; mais que cette concession soit un droit : non !
Retenez à cet égard les paroles d'un homme sage : « La tolérance est un écart des voies du bien ; elle ne peut donc pas être recommandée d'une manière absolue comme un principe ; mais elle est
opportune et utile quand la dose du mal que Ton tolère est inférieure à celle qui naîtrait de la répression. » Il dit encore : ce La tolérance est une sorte d'état qui devient nécessaire à l'édifice religieux, lorsqu'il a subi certains ébranlements ; mais les croyances en sont la base étemelle. » Il ajoute : « Ceux qui érigent la tolérance en un principe absolu poussent les peuples sur une pente dangereuse. La tolérance n'est point un principe ; c'est un expé* dient qui est commandé par certaines manifestations du mal, mais qui réussit seulement quand celles-ci sont énergiquement combattues par une majorité soumise à la loi morale^. »
J'en aurais bien long à vous dire sur ce chapitre de la liberté dans l'ancienne France et dans la France actuelle. J'aime mieux terminer par cette simple réflexion. Autrefois il y a eu des troubles et des soulèvements populaires, mais la liberté n'en était pas le prétexte et jamais gouvernement n'a été renversé par l'émeute ; depuis la grapde Révolution, le peuple n'a cessé de faire des révolutions et de changer les gouvernements ; qu'en conclure ? « On était libre avant 1789, puisqu'on ne demandait pas la liberté ; on ne l'est donc pas depuis 1789 puisqu'on la demande sans cesse '. »