AVANT
On dit bien d'autres choses encore sur les inégalités sociales de l'ancien régime N'ai-je pas rencontré dernièrement un brave paysan qui était persuadé que ses pareils n'avaient jamais été propriétaires avant la Révolution ? Il avait lu cela je ne sais où et il le croyait. Comme on abuse des ignorants !
Savez-vous, mes enfants, qu'à la fin du moyen âge les roturiers en étaient arrivés à posséder autant de fiefs que les nobles * . Toute différence civile avait disparu entre eux. Au point de vue administratif, les nobles avaient l'avantage d'être généralement soustraits à la taille pour leurs biens : mais, comme je viens de vous le dire, la taille à laquelle
!• Tardif, Cours de ^oit féodal à V École des Chartes»
étaient soumis les roturiers était une indemnité pour le service militaire qu*ils n^acquittaient pas.
A la même époque la majorité des paysans étaient devenus propriétaires. Les archives de nos départements sont remplies d'actes de vente, d^achat, de louage, passés par des paysans. Au siècle dernier, les petites propriétés étaient aussi nombreuses que de nos jours*. « Les journaliers, dit l'abbé de Saint- Pierre ont presque tous un jardin ou quelque morceau de vigne ou de terre. » Un Anglais, Arthur Young, qui visita la France de 1783 à 1788 pour y étudier les conditions de son agriculture, estime que les paysans possédaient alors a la moitié de la terre. »
Économe, dur pour lui-même, n'étant astreint à aucune dépense de luxe comme le noble et le bourgeois, le paysan était devenu promptement riche ; u en était arrivé à acquérir les terres de la noblesse et il rivalisait d'aisance avec la bourgeoisie des villes qui n'avait cessé de croître en fortune, pendant que la noblesse s'appauvrissait de plus en
1)lus par ses charges. « II existe dans ma généraité, écrit un intendant à Turgot, plusieurs milliers de familles nobles, mais on en trouverait à peine quinze qui possèdent vingt-cinq mille francs de rente. » La noblesse en était là à la veille de la Révolution.
En dehors des temps de guerre et de famine, qui sont toujours des calamités pour les peuples, l'aisance était générale à la campagne depuis que le plus grand nombre des paysans possédaient un champ, une vigne, un pré, des bestiaux. Si le paysan se plaint, s'il affecte la gêne, c'est pour diminuer sa part d'impôts à l'époque de la répartition des tailles entre les villages, ou bien parce qu'on lui a