I. De Lavergne, Économie rurale de la France
demandé de rédiger ses doléances dans les cahiers des Etats généraux. On se rend mieux compte de la situation véritable des campagnes par les vieux actes notariés et les papiers de famille conservés jusqu'à nous. Vous y verriez, par exemple, à Ténumération des hanaps, des gobelets, des cuillers, que la vaisselle d'argent était plus commune à la campagne, dès le quatorzième siècle, que de nos jours*. Et tous ces beaux lits de bois garnis de rideaux, ces élégants dressoirs, ces riches buffets, ces armoires en chêne, ces beaux plats de faïence que les amateurs recherchent aujourd'hui avec tant de curiosité, d'où viennent-ils? Des maisons de paysans.
Un homme de lettres du dix-septième siècle, La Bruyère, a tracé une peinture peu flatteuse, que l'on cite quelquefois, du paysan de son temps. C'était un bel esprit, vivant près de la cour de Louis XIV, qui ne connaissait la campagne que pour l'avoir traversée en voiture, et qui composait à loisir des portraits de mœurs, comme les peintres font des tableaux. « S'il avait retrouvé le dimanche, dans leur village, les « animaux farouches répandus par les campagnes » et voués, comme le seront les cultivateurs dans tous les temps, à la dure loi du travail, il aurait vu des hommes vêtus de leurs habits de fête, se réunir à la porte de leur église pour délibérer sur leurs propres affaires et nommer leurs agents ; il les aurait montrés, dans ce jour de repos, se délassant des travaux de la semaine, reprenant leur dignité, remplissant leurs devoirs de chrétiens et de citoyens, exerçant même comme citoyens des droits dont les habitants des villes avaient été privés*. »
Voyez dans les gravures du temps, s'il vous arrive d'en rencontrer, comment sont vêtus les paysans et