‹ Le livre du jeune françaisChapitre 9 sur 116 · XES CONDITIONS DU MARIAGE ET LA REGLE · texte numérisé non relu

XES CONDITIONS DU MARIAGE ET LA REGLE

DES BONS MENAGES.

Je VOUS ai fait assister tantôt au mariage de Pierre Langlois, mais je ne vous ai pas dit encore comment on s'y prend pour se marier. Je suis sûr que plusieurs d'entre vous ont envié le sort de Pierre Langlois et qu'ils pensaient déjà à faire comme lui. Un instant, mes petits amis ! D'abord,

I , Catéchisme politique a. Principes de morale.

pour se marier, il faut avoir F âge : dix-huit ans révolus pour Thomme, quinze ans pour la femme. Toutefois, dans des cas graves, le chef de TÉtat peut accorder des dispenses.

L'essence du mariage, c'est le consentement des époux. Ce consentement doit être libre et exempt d'eiTcur. Vous rappelez- vous Jacob qui épousa Lia «royant épouser Rachel ? il s'était trompé sur la personne. Dans ce cas, il n'y a point de mariage. Si Ton faisait violence à une jeune fille et qu'on la contraignit, sous menace de mort, à donner son consentement, il n'y aurait pas non plus de mariage.*

Mais le consentement des époux ne suffit pas ; il faut aussi celui des parents.

Quand Pierre Langlois voulut se marier (je peux bien vous en parler, car j'ai connu toute raffaire)^ il s'ouvrit d'abord, en bon fils, de son projet à son père et à sa mère, puis il alla consulter M. le curé et son ancien instituteur. La jeune fille qu'il avait choi^ sie était sage et agréable. Jamais on ne l'avait vue rire avec les garçons ni danser le dimanche comme ses compagnes plus folâtres. Elle ne quittait pas sa mère, qu'elle aidait dans les travaux du ménage, surtout auprès de ses plus jeunes sœurs. Toujours propre, sans être coquette, aimable avec tout le monde sans être familière avec personne, elle se faisait respecter et estimer de chacun. Elle travaillait six jours de la semaine; mais le dimanche, parée de sa belle robe, par honneur pour le saint jour, elle assistait assidûment aux offices de la paroisse, •et elle se mêlait avec sa douce et pieuse voix aux ^chants liturgiques, suivant la bonne et ancienne coutume du peuple chrétien de chanter à l'église. Pierre Langlois, qui l'avait remarquée, si bonne avec sa mère, si dévouée pour ses petites sœurs, si active à la maison et si pieuse à l'église, Pierre Langlois, qui est un brave et digne cœur, s'était dit: •« Elle sera ma femme. » Les parents approuvèrent

son projet. L'âge, la condition, le caractère : tout convenait bien. M. le curé, consulté par eux, ouvrit la Bible et lut :

« Celui qui a trouvé une femme vertueuse a trouvé un grand bien.

a Une femme de bien est le meilleur partage : c^est la part de ceux qui craignent Dieu, elle sera donnée à Thomme pour ses bonnes actions. Qu'on soit riche ou pauvre, elle rendra le cœur content et avec elle en aura en tout temps un visage serein.

« Heureux le mari d'une telle femme 1

(( La femme sage et pudique a une grâce qui surpasse toutes les grâces.

(( La femme forte est la joie de son mari, et elle remplira de paix les années de sa vie.

(( La grâce est trompeuse, la beauté vaine : la femme qui craint Dieu est seule digne d'être louée.

(( Comme le soleil qui se lève pour le monde au plus haut des cieux, ainsi la femme vertueuse est l'ornement de la maison.

c( La femme diligente est la couronne de son mari. Son charme le rendra heureux et répandra la vigueur dans ses os.

(( La femme sage édifie la maison ; Tinsensée la démolit de ses propres mains. »

M. le curé n'eut pas besoin d'en dire davantage.

Mais ce n'était pas tout. Il y a des conditions et des formalités à remplir pour le mariage. Une fois que toutes les dispositions furent prises, comme les deux familles étaient d'accord, on fit publier les bans à l'église et à la mairie.

Les BANS ou publications sont Tanupuce publique du mariage projeté.

A l'église, il faut régulièrement trois publications au prône du dimanche; elles peuvent être réduites à deux et même à une, moyennant dispense de l'autorité ecclésiastique. Au civil, il faut deux publications faites, le dimanche, à huit jours d'intervalle, à la mairie du lieu du domicile des époux. Le domicile requis pour le mariage est établi par une résidence de six mois dans la commune. Le mariage ne peut être célébré avant avant le troisième jour depuis, et non compris, celui de la seconde publication.

Pendant trois dimanches de suite on entendti

M. le curé dire au prône : « Il y a promesse de mariage entre Pierre Langlois et Augustine Legrand... Si vous avez connaissance de quelque empêchement canonique à la célébration du mariage, vous êtes tenus de nous en avertir sous peine d'excommunication ; nous vous défendons pareillement d'y mettre obstacle par malice et sans cause. » Il n'y avait aucun empêchement ni canonique, ni civil, aucun empêchement résultant soit de la condition et de la conduite antérieure des époux, soit de leur parenté ou alliance. •

Pour ce dernier genre d'empêchement résultant de la PARENTÉ ou de I'alliance, il faut que vous sachiez que la parenté est le lien qui unit plusieurs personnes issues l'une de l'autre (c'est, dans ce cas, la parenté en ligne directe : grand-père, père, fils, petit-fils), ou issues d'un auteur commun (ce qui est la parenté en ligne collatérale : frères et sœurs, oncles et nevenx, cousins etc.).

L'ALLIANCE est le lien civil que le mariage fait naître entre chacun des époux et les parents de l'autre.

En ligne directe, la parenté et l'alliance sont toujours un empêchement au mariage.

En ligne collatérale, le frère ne peut épouser sa sœur, ni le beau- frère sa belle-sœur ; ni l'oncle sa nièce, ni le neveu sa tante ; mais là s'arrête l'em-

Sêchement. Encore, certains parents et aihés au egré prohibé peuvent-ils obtenir pour des motifs graves, des dispenses de l'Eglise et du chef de l'Etat, qu'on demande, les unes par l'intermédiaire du curé de la paroisse, les autres par celle du procureur près le tribunal civil.

La veuve ne peut se remarier que dix mois après la mort de son mari.

Je vous ai dit qu'il n'y avait aucun empêchement au mariage que vous avez vu célébrer tantôt; mais il restait à produire certaines pièces au curé de la paroisse et à Toflâcier de l'état civil pour pouvoir se

marier. A l'église, il suffit de présenter Tacte de BAPTÊME, avec une attestation relative à la confession, et la pièce qui constate que les futurs ont rempli les conditions civiles du mariage ; car notre loi exige que Ton passe par la mairie avant d'aller à Téglise. A la mairie les pièces à produire sont :

i'* Tu acte de naissance des futurs époux. En cas dUmpossibilitë de produire cet acte, on le remplace par un acte délivré par le juge de paix, sur l'attestation de sept témoins, -constatant le lieu et l'époque de la naissance.

a<> Un acte notarié constatant le consentement des parents, à moins que les parents n'assistent eux-mêmes au mariage.

Le fils jusqu'à vingt-cinq ans, la fille jusqu^à vingt et un ans, ne peuvent se marier sans le consentement de leurs père et mère ; en cas de dissentiment, le consentement du père suffit; si le père est mort, ou dans l'impossibilité de donner son consentement, celui de la mère suffît.

Si le père et la mère sont morts, ou dans l'impossibilité •de donner leur consentement, les aïeuls et aïeules les remplacent. S'il n'y a ni père ni mère, ni aïeul ni aïeule, les futurs époux doivent, jusqu'à vingt et un ans, obtenir le consentement de leur conseil de famille.

Les fils, de vingt-cinq à trente ans, et les filles de vingt et un à vingt-cinq ans, n'ont plus besoin du consentement de leurs parents ; mais, comme conséquence de ce principe qu'ils doivent à tout âge bonneur et respect à leurs parents, la loi ^es oblige de leur demander leur conseil sur le mariage qu'ils se proposent de contracter. Cette demande se nomme acte respectueux et se fait par l'intermédiaire d'un notaire.

Nous continuons l'énumération des pièces exigées pour le mariage.

3° Lorsque l'un des époux est veuf, Vacte de décès de son conjoint ; car on ne peut contracter un second mariage avant la dissolution du premier par la mort de l'autre époux, à peine des travaux forcés. La polygamie, ou le mariage à plusieurs, est interdit dans toutes les sociétés chrétiennes.

4° Les certificats délivrés par les maires des différentes communes où le mariage a été publié (par suite du domicile différent des futurs et des parents), certificats constatant que les

publications ont été faites et que personne ne s'est oppose au mariage projeté.

5* Un certificat délivré par le notaire devant lequel les futurs époux ont fait leur contrat de mariage.

6<> Un certificat constatant que le futur époux a satisfait à la loi du service militaire ^.

A ce propos, je vous dirai que les militaires en activité cle service ne peuvent se marier sans Tautorisation de leurs supérieurs. Voilà qui recule encore pour vousTàge du mariage, puisqu'il vous faudra , outre vos dix-huit ans, avoir fait votre temps de service à l'armée. Cest sans doute un inconvénient en certaines circonstances, mais on peut y obvier par les fiançailles, qui sont une sorte de mariage anticipé, moins la vie commune. L'habitude s'en est perdue, parce que les mœurs ne sont plus aussi simples, aussi honnêtes qu'autrefois : on pourrait la reprendre au plus grand profit de la moralité pubhque. Si vous êtes pour vous marier et qu'un contre-temps comme le service militaire survienne, vous consulterez vos parents, ceux de la jeune fille et M. le curé sur la convenance de vous fiancer non seulement en promesse, mais selon les rites religieux.

Un homme ne doit pas tarder à se marier. Le plus tôt est le mieux, lorsque sa position le permet, surtout s'il a derrière lui des parents pour l'aider de leurs ressources et de leurs conseils, et suppléer par leur âge à son inexpérience. C'est le moyen d'avoir de nombreux enfants, avec le temps de les élever et d'en jouir. Une nombreuse famille n'est pas au-dessus des forces et du courage d'un homme de cœur, pourvu qu'il apporte dans le mariage des habitudes de travail, d'ordre et d'économie. C'est à lui de subvenir à la subsistance de la famille; la mère a assez du soin de ses enfants et de la maison.

Quel que soit votre état, soyez laborieux et rangés, a Celui qui est mou et lâche au travail est frère

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