‹ Le livre du jeune françaisChapitre 90 sur 116 · I. Léon Gautier, Histoire dû la charité · texte numérisé non relu

I. Léon Gautier, Histoire dû la charité

moyen âge, le mot fraternité n'est pas seulement dans les discours ; il trouve partout une application pratique. Par le fait, nos grandes institutions de charité nous viennent du moyen âge el lui survivent* » .

C'est le témoignage de l'histoire. A l'époque de saint Louis, on comptait en France au moins dix MILLE hôpitaux et hospices ; il y en avait jusque dans les bourgades et les villages ; aujourd'hui avec le budget de l'assistance publique,, avec toutes les ressources de l'Etat, des départements et des villes, il n'y en a plus que dix-huit cents.

Et quels étaient ces anciens hôpitaux? Par ceux ui subsistent encore, on peut en juger. Voici la escription qu'en donne le savant que je vous citais tout à l'heure. On y trouve a un esprit de charité bien entendu et délicat. Bien bâtis, bien aérés, bien spacieux, ils ont sur les nôtres l'avantage de laisser à l'art une large place, de ne pas attrister les malades par cet aspect froid et désolé qui caractérise de nos temps les édifices publics de charité. Les malades ont de l'espace, de 1 air, de la lumière. Us sont souvent séparés les uns des autres, et ainsi leur souffrance ne s'accroît pas par la vue de la

souffrance du voisin' ».

Aux dix'Septième et dix-huitième siècles le nombre des hôpitaux élevés ou reconstruits par la charité publique, sous l'impulsion nouvelle donnée par notre grand saint Vincent de Paul, est prodigieux. Beaucoup de ceux qui existent encore dans nos villes sont de ce temps-là ; mais la Révolution en a détruit le plus grand nombre, surtout dans les villages où il n'y en a plus maintenant.

Pour desservir ces établissements charitables, il existait une quantité de congrégations religieuses

I. Viollet-Ie-Duc, Dictionnaire d^ architecture , t. IY« a. TiolIet-le-Duc, id,, t, IX.

et de confréries laïques, sans compter les monas-> tères, qui étaient autant de bureaux de charité et d'hospices de passage, sans compter lés cures et autres établissements ecclésiastiques j souvent aussi les châteaux, qui oiSraient un secours perpétuel aux malheureux* Si plus tard vous voyagez, vous verrez quelquefois encore à la porte de ces vieux édifices en ruine, le logis où les moines et les gens du seigneur, souvent la châtelaine elle-même, distribuaient aux indigents le pain, les aumônes. Vous aurez un bon souvenir pour ces bienfaiteurs des pauvres.

La charité était une des fonctions des divers ordres monastiques, si répandus autrefois sur notre sol béni de France. Les congrégations de femmes s'y employaient spécialement ; ce fut surtout leur objet depuis que saint Vincent de Paul eut créé l'admirable institut des Filles de la charité. « Avant 1789, dit un témoin sûr, quatorze mille hospitalières, réparties en quatre cent vingt maisons, veillent dans les hôpitaux, soignent les malades, servent les infirmiers, élèvent les enfants trouvés, accueillent les orphelins, les femmes en couche, les filles repenties*. »

Les laïques rivalisaient de zèle avec les religieux; L'exercice de la charité était dans les habitudes publiques. Il s'était formé partout de pieuses confréries pour l'assistance des malades et des infirmes, la visite des prisonniers, l'ensevelissement des morts. Quelle plus grande preuve de fraternité ! Vous avez encore sous les yeux un reste de^ces confréries. Tous ces braves gens de notre bourgade que vous voyez le dimanche à l'église, avec un chaperon rouge sur leur surplis, ils ont continué la confrérie qui existait depuis des siècles dans la paroisse. > Leur fonction est d'ensevelir les morts, de porter

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