I. Taine^ La Révolution y t, I
les corps à Téglise et au cimetière, de rendre lesderniers devoirs aux défunts. Ils font cela gratuitement, par amour de Dieu et du prochain. Aussi appelait-on charités toutes ces confréries autrefois 51 nombreuses.
Ce n'est pas dans notre siècle qu'on verrait se former des associations volontaires pour la sépulture des défunts. Non seulement il ne s'en fonde •plus, mais les anciennes disparaissent malheureusement avec l'esprit de religion qui s'en va tous les jours. On trouve plus commode aujourd'hui de s'en remettre aux administrations des pompes funèbres, qui font pour de l'argent ce qu'on faisait autrefois par dévouement. Et cependant le mot de fraternité est écrit sur tous les murs !
Dans les villes, il n'y a plus guère aussi que les> chrétiens, pour qui leurs semblables sont vraiment des frères, qui fassent la visite des pauvres à domicile. Les autres laissent ce soin aux employés* du bureau de bienfaisance, comme si toute l'aumône consistait dans l'argent, comme si le pauvre n'avait pas besoin aussi d'affection !
La Révolution ne connaît que la charité adminis» trative, si dure aux malheureux. Que nous sommes loin des temps de la fraternité chrétienne !
l'esprit d'association»
Tout était corporation dans Tancien temps. On s^associait pour le travail et pour le jeu, comme on s'associait pour la prière et la charité. Ce n'était pas seulement l'intérêt particulier qui avait constitué tant d'associations et de petites communautés de toute sorte ; il y avait aussi un esprit de fraternité qui animait toutes ces réunions.
Sous l'empire romain il existait des corporation
d'arts et de métiers, mais bien diflFérentes dans leur :
f>rincipe de nos anciennes corporations. Saint Louis/ eur grand organisateur, fut dirigé par un sentiment de charité chrétienne, de vraie fraternité, en instituant les corps de métiers sur de nouvelles bases ; il groupa les travailleurs pour les rendre plus forts au milieu des luttes sociales ; il les arma d une puissance collective contre tous les genres d'oppression. La royauté, dans la personne de saint Louis, voulut * protéger les faibles contre les forts. Tel fut le but de la création des arts et métiers en France, tel en fut l'esprit*. Pour Partisan, la corporation était une sorte de famille professionnelle qui Télevait comme apprenti et le soutenait comme maître. Il y trouvait une protection assurée, la sécurité du travail, et aussi une importa iice civile qu'il n'aurait pas eue dans son isolement*. Si des rivalités s'élevaient entre corporations, si la diversité des intérêts engendrait des procès, ces différends ne 'ressemblaient pas à nos luttes modernes d'ouvriers contre patrons, à ces terribles grèves d'aujourd'hui contre lesquelles il faut souvent employer la force armée, et qui sont si préjudiciables, aux travailleurs. La fraternité, on
Sent l'affirmer, existe beaucoup moins de notre temps ans l'industrie qu'au moyen âge.
Autrefois, chaque corporation avait sa fête patronale, et formait d'ordinaire, sous le vocable d'un saint, une confrérie religieuse qui resserrait les liens de l'association professionnelle, en donnant à ses membres des occasions plus fréquentes de se réunir. Inutile de vous dire qu'on fêtait joyeusement le saint et qu*on buvait quelquefois même un peu plus qu'assez.
I. Martin-Doisj, Précis historique de V organisation du travail avant 1789; Granier de Gassagnac, Histoire des classes ouvrières ; Fagniez', Etudes sur Vindustrie et la classe industrielle à Paris au treizième et au quatorzième siècles,
a. Babeau, La ville sous Vancien régime^
A côté des corporations des arts et métiers et des corporations de bourgeois, il y avait dans les villes des compagnies d'archers, d'arbalétriers, d'arquebusiers et autres qui formaient des espèces de corporations civiles et militaires ; c'était à qui en ferait Sartie. Les exercices de tir étaient fort en vogue et onnaient lieu à de joyeuses réunions de toute sorte. La religion était de toutes ces fêtes que des processions embellissaient souvent et que la messe sanctifiait. Puis il y avait les sociétés de joueurs de paume et de mail, de joueurs de boule et je ne sais combien d'autres, et toutes ces associations joyeuses de jeûnes gens, qui avaient pour but de concourir aux réjouissances publiques.