‹ Le livre du jeune françaisChapitre 93 sur 116 · LES RAPPORTS SOCIAUX · texte numérisé non relu

LES RAPPORTS SOCIAUX

Dans le temps jadis, sans qu'on eût inscrit partout le mot de fraternité, il y avait plus de franchise, plus d'ouverture, plus de cordialité dans les rap^

f)orts. Au lieu de dire : monsieur, quand on était de a même rue, de la même maison, on s'appelait familièrement VOISIN et on se disait sans façon bonjour. Savez- vous bien, mes amis, que dans un certain monde qui se pique de savoir-vivre, on ne peut Ï>lus se parler aujourd'hui sans avoir été présenté 'un à l'autre : en voilà de la fraternité ! Remarquez quand des gens se trouvent réunis, en voyage ou à une table commune, en wagon, dans les voitures publiques, au restaurant ; le plus souvent ils ne se parlent pas : on dirait qu'ils sont étrangers l'un à l'autre, qu'ils ne sont plus du même pays, qu'ils n'ont pas la même langue. Ce n'est pas le Français d'autrefois qui serait resté deux minutes à côté d'un autre Français sans entamer conversation avec lui. Il est même rare aujourd'hui qu'un voisin vous offre une prise dans sa tabatière ou échange un seul mot avec vous. Moi, mes amis, je n'appelle pas cela de la fraternité.

Et pourquoi donc n'y a-t-il plus cette facilité, cette Bienveillance de rapports entre concitoyens ? C'est que malheureusement la Révolution a changé r esprit public et nous a tous divisés. En religion, en politique on est désuni; on ne peut presque plus s'adresser à quelqu'un sans rencontrer en lui un adversaire. La conversation devient tout de suite de la discussion. Pour un républicain, si vous êtes conservateur , religieux , vous n'êtes plus qu'un a réactionnaire », un a clérical », un ennemi; et les républicains ne se traitent pas mieux entre eux, parce qu'il y en a d'autant de sorte que de têtes. Voilà pourquoi, mes petits amis, avec le suffrage universel, les journaux et toute cette politique qui nous fait perdre le bon sens et la bonne humeur, le Français, autrefois si expansif, si enjoué, est devenu sombre et taciturne. Voyez surtout les gens des villes, les ouvriers des usines, des ateliers : ils ont le plus souvent l'air furieux ou de mauvaise humeur. Ils sont rares maintenant ces bons visages de bourgeois et d'artisans que nous montrent les anciennes peintures. Ah! comme la Révolution nous a changé notre vieille et bonne France !

Les associations de toutes sortes qui existaient pour le travail, pour l'assistance publique, pour les jeux et les fêtes ont disparu ; en même temps les individus et les classes s'isolent de plus en plus les uns des autres. L'égoïsme, l'envie, la jalousie ont remplacé le dévouement et la fraternité. Le principe aujourd'hui est de n'agir que pour soi. Cet égoïsme a détruit la plupart des liens qui unissaient jadis les hommes entre eux.

Je ne vous dis pas, mes enfants, que tout fût bien autrefois et que les hommes fussent parfaits; mais quand on a fait la part des abus, comme on trouve encore que les choses étaient meilleures !

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