‹ Le livre du petit citoyenChapitre 2 sur 77 · LA LOI · texte numérisé non relu

LA LOI

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mais, quoique moit, il pourvoira à lous leurs besoins. Tout ce qui était à lui, de son vivant, est à

.,g- eux, en vertu de la loi. >

..| Mon jeune philosophe s'arrêta ici, trouvant avec raison qu'il avait fourni une assez longue carrière. C'était du Jean Le Flô tout pur : je reconnaissais jusqu'à ses tournures de phrases; c'était aussi sa manie de pérorer, qui était passée dans le sang, comme je pouvais le voir. Mais le petit homme comprenait évidemment ce qu'il disait; si les mots

j^ n'étaient pas de lui, il s'était approprié le fond des idées.

« 11 doit y avoir ici comme ailleurs, lui dis-je, des gens qui fraudent la loi.

— Jamais, mon parrain, répondit-il avec assu- ^1 rance.

. i — Si pourtant cela arrivait, que ferait-on?

— Oh! je vois que vous voulez parler de Mathurin J le came (le boiteux), qui avait volé un mouton à la ■ foire de Loc-Maria. Eh bien! le juge est venu, et le ; gendarme. On l'a mis en prison, le pauvre diable. ? Sa femme est bien malheureuse depuis. Elle vient en

journée à la maison, parce que maman dit qu'elle ne souffre pas par sa propre faute.

— Mais Mathurin, lui dis-je (je pouvais bien deviner cela sans être sorcier), s'est enfui en voyant

{ le gendarme; et quand il s'est vu pris, il a lutté contre lui, et lui a donné un mauvais coup..

— Oui, sans doute. Et alors, l'autre gendarme est nm aïoYEH. t

venu; il en serait venu trois, quatre, toute la brigade. Il faut que force reste à la loi, comme grand-père. On ne peut jamais rien contre la loi. serait allé à Bignan chercher l'autre brigade, 8*3 avait fallu; on serait allé jusqu'à Vannes. »

Nous nous étions avancés jusqu'à la petite plad qui est devant Kerjau, au-dessous du cimetière, ei causant ainsi, et nous nous étions assis sur unbane de pierre que j'ai vu là de tout temps. Le soleil était assez ardent, et nous étions protégés par rombre épaisse du sapin. Une pauvre femme portant n enfant dans ses bras, tandis qu'un autre la suivait en la tenant par son jupon, me demanda la charité, c Gomment vas-tu, mon Jeannic, dit-elle à mon jeune compagnon. Et comment va madame Julienne) et notre maître? et toute la maisonnée? — On va biea, répondit l'enfant. Et vous, Brigitte, M. Boussicault vous a-t-il guérie ? — Il ne me guérira pas, mon Jeannie, > dit-elle. Ses yeux se mouillèrent, et elle embrassa l'enfant qu'elle tenait dans ses bras. Je lui donnai quelque menue monnaie, c Est-ce vrai, monsieur, me dit-elle, que vous êtes un des fils de Marguerite? On dit que vous êtes revenu dans le pays, et ce sera une grande bénédiction pour les malheureux si vous ressemblez à votre mère. » Elle était trop ; jeune pour avoir connu celle dont elle parlait; mais nous autres Bretons, nous avons la mémoire longue; et puis, Jean LeFiô n'était pas homme à nous laisser ublier.

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