LA LOI
Je dis à Jeannic, après qu'elle fut partie : c Toi ({ui connais si bien Saint-Jean-Brévelay, dis-moi un peu l'histoire de cette malheureuse. > Mais il avait perdu sa faconde. « Son mari est mort. Ole a eu des fièvres. Elle ne peut pas travailler. — Et de quoi est-il mort? — C'est à la foire. 11 a reçu an mauvais coup. On dit qu'il la battait. C'était un ivrogne et un paresseux. — Et tu vas jusqu'au fond deTAfrique, mon pauvre ami, pour trouver des sauvages et des violateurs de la loi? >
L'enfant était tout pensif, c Expliquez-moi, mon parrain, me dit-il, pourquoi grand-père n'empêche pas cela. Je sais qu'il y pense. Il dit qu'on ne l'aide pas, qu'on ne yeut pas l'écouter. Puisque cette pauvre femme n'a pas fait de mal, pourquoi est-elle abandonnée par la loi?
— La loi, mon cher ami, garantit tous les droits, comme tu le disais très bien tout à l'heure; elle punit toutes les fautes, comme tu viens de le dire à présent. Elle ne peut pas les empêcher toutes; elle ne peut pas non plus en supprimer toutes les conséquences. La loi est souveraine et toute-puissante dans la double fonction de garantir les droits et de punir les fautes. Elle doit ei peut y parvenir. Si elle n'y réussit pas, c'est qu'elle est mal faite ou mal appliquée. Mais, empêcher la faute de se commettre, assurer à tous les hommes, non seulement ce qui leur appartient, mais ce qui leur serait utile ou agréable, c'est une tâche bien autrement difficile, à laquelle la loi doit tou-
jours tendre, mais qu'elle n'arrivera jamais à réa-j User complèlement. Le père de famille le plus intdligent, le plus ferme, le plus tendre, n'empêche pasj toujours son fils de devenir un mauvais sujet. Ce qu'il ne peut faire dans le petit monde restreint qaH gouverne, comment le maire le ferait-il dans lâ commune, ou le chef de l'État dans un grand pays comme la France? On a imaginé beaucoup de remèdes, destinés à rendre les hommes parfaits, à les rendre égaux, à les préserver de la misère. Tous ces systèmes, très différents entre eux, ont pourtant un côté commun : c'est qu'ils ne tiennent aucun compte de la liberté ; ils nous traitent comme des automates, qu'on fait marcher avec des ficelles. Ils en ont encore un autre : c'est qu'ils sont impraticables. Personne ne pourrait les imposer, et personne ne voudrait s'y soumettre. Tout ce que peut la loi pour prévenir les fautes, c'est de donner à tout le monde une bonne éducation. Tu vois que ton grand-père Fa fait à Saint-Jean-Brévelay, où vous avez des écoles excellentes. Il faut être bien paresseux pour ne pas être en état de gagner sa vie quand on en sort, et bien pervers pour n'y avoir pas contracté l'habitude de remplir son devoir. La loi peut aussi fournir aul indigents des moyens de travail et d'épargne, fonder des hôpitaux pour les malades et des asiles pour les vieillards...
— C'est cela! c'est cela! mon parrain. J'ai entendu grand-père dire qu'il voulait fonder des ateliers d'ap-
;sage, une caisse pour la vieillesse, un hftpital, ùson d'asile. Grand-père le fera I grand-père le 1 le fera certainement, puisque la loi le veut. > t ainsi que Jeannic Le Breton et moi nous défmi la loi et pourfendu les socialistes devant te de Kerjau, le 5 août de Tannée dernière.
XJB KAIBB
Quand le dimanche fut arrivé, je fis avec Jeannie une grande promenade autour du bourg. Je vis 11 ferme de Pénic-Pichon, la maison de Guillemot, qu'on appelait autrefois la Maison Blanche, et une caserne de gendarmerie que mon compagnon voulut à toute force me faire admirer, sous prétexte qu'elle avait trois étages, ce qui n'était nullement vrai, car elle n'avait que deux étages et une mansarde. J'appris plus tard que les pompes à incendie occupaient le rez-de-chaussée, et que le second étage servait de magasin général.
c Explique-moi, si tu le sais, dis-je à Jeannie, poa^ quoi mon ami Le Flô n'est pas maire.
— n ne Ta jamais voulu. On a été plusieurs jours
A. le prier. Tous les conseillers municipaux disaient <iu'ils n'en accepteraient pas d'autre. Un samedi, : Icomtne mon père était à Vannes, le préfet le fît venir, \ et il lui dit : c Je le ferai nommer malgré lui. > Mon -~p&re nous raconta sa visite le lendemain, pendant le ' dtner; il disait à grand-père : c Ce sera très honorable \ pour VOUS. > Maman le poussait aussi à accepter: a II y a tant de bien à faire ! personne que vous ne le fera ! > Mais il répétait tout le temps qu'il n'occuperait jamais Isi première place dans Saint-Jean, que cela ne serait pas convenable. Enfin, il écrivit au préfet qu'il consentirait à être adjoint. On a choisi pour maire - M. Barbier, qui est paralytique, et qui demeure à une ^emi-lieue du bourg. C'est un homme très riche. Il Vient quelquefois ici dans sa voiture, quand grandpère lui dit qu'il y a une affaire de conséquence au Conseil municipal. Alors il dîne à la maison. Nous l'aimons tous beaucoup, parce qu'il est l'ami de grand-père, c Je ne puis guère t'aider dans l'état où je suis, mon pauvre Jean, dit-il; mais n'épargne pas ma bourse. » Et mon grand-père lui répond en riant : c Compte sur moi! i> Avec tout cela, mon parrain, je \ ne comprends pas pourquoi il n'a pas voulu être maire. >
Pour moi, qui connais l'âme de Jean Le Flô dans tous ses recoins, je le comprenais parfaitement. Je me contentai de dire à l'enfant : c C'est par modestie. » Et au fond je disais la vérité, a Tu me dis, mon ami, que le conseil municipal voulait le forcer
igr* ji:. Siiî-:T :-jm irtf ai :a ùi: T:n maire?
— CnL H'ra Ziimix. A^^^iKt twt. il faat être (
— Et coffiTUTii: KMlMm mêstes conseillers m
— Es 50st êl^B par Iss kibttuits de la commi Totts ks habttui? i;^ de pC^zs de nngt et an an demennnt dams la coemi^ine depuis an rooim mois, sont éleeteon poar les élections politiq Poor les âections miuLbripales. il laal deax an résidence consécotiTe. Ces deox ans sont réda un an pour ceux qui se sont maries dans la comn on qui soni inscrits an rôle fane contribution, six mois pour les citoyens nés dans la commune qai« sans y ètm nés, y ont satinait aux lois de re tement.Tout électeur est éligible.
— Ainsi, quand Mathurin revendra de priso sera électeur, et il pourra même être élu ?
— Non, parce qu'il a perdu ses droits civils e1 litiques. Les électeurs élisent les conseillers m cipaux, et quand les conseillers municipaux éluSy on prend parmi eux le maire et radjoinl dit qu'à Yannes il y a trois adjoints ; mais ici, ; n^en avons qu'un. Dans les communes qui ne son diefs-lieux de canton, comme Plumelec, Guéhe: Saint'Allouestre, les conseillers élisent le maii l'adjoint. Pour les villes et les chefs-lieux de cai le maire et les adjoints sont nommés ^ar décre
Président de la République, qui ne peut les choisir que parmi les conseillers municipaux. Vous pensez bien, mon parrain, que ce n'est pas le Président de la République qui fait les choix. Je croyais cela d'abord ; mais grand-père s'est bien moqué de moi. Ce n'est pas le ministre non plus. Le préfet leur envoie ses propositions, en se faisant renseigner lui-même par le sous-préfet ou d'autres personnes en qui il a confiance. Mais il parait qu'il s'assure par avance que le choix sera bien accueilli par le conseil municipal. Notre préfet disait à mon père : Tout le conseil municipal le demande, et menace de ne pas en accepter d'autre, i
Là-dessus, je l'interrompis, t Le conseil, dis-je, ne peut pas menacer ; il n'a pas le droit de faire ses conditions ; mais il a les moyens de rendre la vie difficile et même impossible à un maire qui lui serait désagréable, et il est de la sagesse de l'administration supérieure de prévenir de pareils conflits. — Voyons à présent, mon cher ami, si tu connais les attributions du maire et celles du conseil municipal.
— Je vois, mon parrain, que M. Barbier et grandpère, qui le remplace toujours, sont les chefs de la commune. Rs sont comme chez eux à la mairie; les appariteurs, le garde-champêtre et le messier leur obéissent; ils reçoivent les déclarations de naissance et de décès, c'est-à-dire que M. Guillard les reçoit au nom du maire ; ils font les mariages ; ils font des arrêtés de police, et prennent soin qvve \.o>aL\.\'^\s\û^4<i
s'y conforme. Quand on a bâti la mairie et les écoles, rarchitecte venait toujours demander des oràres i grand-père, de sorte que je m'imaginai (j'étais bien petit alors, car il y a trois ans de cela) que c'était grand-père qui les faisait bâtir avec son argent. Grand-père m'expliqua qu'il n'était pas du tout riche; qu'il n'avait pas de maisons comme mon père ; que c'était la commune qui faisait bâtir la mairie avec l'argent que lui rapporte l'octroi, et que toutes les dépenses votées par la commune sont faites sous la direction et l'autorité du maire. C'est aussi le maire qui paraîtrait devant le tribunal, et qui choisirait un avocat et un avoué, si la commune avait un procès. C'est lui qui signe le contrat, quand la commune vend ou achète quelque chose. Dans les communes qui n'ont pas de commissaire de police, et il n'y en a pas ici, mon parrain, c'est bien mal heureux , le maire va au prétoire devant le juge de paix, expliquer les désordres qui ont eu lieu dans le bourg, afin que le juge de paix prononce une peine, s'il y a lieu. Enfin, c'est lui qui correspond avec le sous-préfet et le préfet, qui fait publier les lois, qui assiste, avec lepréfet et le conseiller général, au conseil de révision. 11 fait tout cela pour rien, mon parrain, et je vous assure qu'il est bien occupé.
— Et le conseil municipal, mon ami?
— Je crois, ditJeannic, qu'il administre la fortune du bourg. Ici, nous sommes assez riches ; le quart de
la forêt de Kériennec appaTl\fti[i\. ^ Vi ç.xyH«sv\«kfc^ ^
en tire de bons revenus. Nous avons aussi les produits de Toctroi. C'est le conseil municipal qui décide de tout, soit pour la perception des revenus, soit pour la dépense. On ne peut ni vendre, ni acheter, ni bâtir, que quand il Ta décidé. Il peut aussi voter un impôt qui est payé par les habitants de la commune, et qu'on appelle les centimes additionnels; mais son vote à cet égard n'est que l'expression d'un vœu, quand il dépasse cinq centimes à percevoii pendant cinq années. Passé ce chiffre, il faut un arrêté préfectoral, un décret ou une loi : un décret, quand les revenus de la commune sont supérieur à 100 000 francs; une loi, quand il s'agit d'un emprunt qui porte la dette communale au delà d'un million.
Une autre attribution du conseil municipal, c'est de nommer un délégué pour les élections sénatoriales. Il peut le choisir dans son sein ou hors de son sein. Enfin, il donne son avis sur la question de savoir si les écoles de la commune seront confiées à des laïques ou à des congréganistes.
Quand grand-père a quitté l'école, il y a bien long^ temps de cela, puisque je n'étais pas né, M. Éven voulait appeler des frères des écoles chrétiennes, au lieu de M. Guillard, qui ayait écrit à l'inspecteur d'académie pour lui demander la place. Le conseil municipal émit un vœu, à une grande majorité, pour que l'école fût confiée à un laïque. Cela fit une grosse affaire. Vinsvecteur primaire de ÇWètxtvçX fe\a\\.\k^Nsx
les frères, comme H. Ëven ; les délégués canlonao, V;<r^ tous pour les frères. Le préfet parla d'envoju' dsF commissaires pour faire une «oquéte. UneenquHt o'aurait rien éclaîrci, mon parrain. Les gens d'ici sut toujours de votre avis quand vous leur parlez ; ils sont entêtés que dans leurs voles. Grand-père se solut à faire le voyage de Vannes, avec des lettres du maire et de M. de Saré. H alla trouver le préfet, qui te reçut d'abord très mal, et lui demanda de quoi se mêlait, car grand-père n'était pas même conseiller dans ce temps-là. Hais à la fin le préfet vit bien à qui il avait affaire, et il nous donna H. Guillard. Grandpère raconte cela très souvent; il l'a même raconté une fois tout au long à la distribution des prix, et il disait en riant, et en frappant sur l'épaule de M. Gaillard :< C'est moi qui vous l'ai donné; c'est le plus grand service que j'aie rendu à la commune. •
LE KABIAOB
Jeannic entra le leademain dans ma chambre avec l'aurore, en s'écriant, les yeux pétillant de malice : * Mon parrain, vous m'avez promis de me montrer Saint-Jean-Brévelay.
— Mon garçon, répondis-je philosophiquement en mangeant ma galette de blé noir, nous ne sortirons aujourd'hui qu'à onze heures, et nous irons voirie mariage de Guillemot. — Quel bonheur I Irons-nous aussi à l'église? — Oui, nous irons aussi à l'église. ~- Pourquoi donc se marie-t-on deux fois, une fois à la mairie, et une fois à l'église? M. Éven dit qu'il n'y a de vrai mariage qu'à l'église, et qu'on ne va à la mairie que pour y faire une déclaration. Mais -^r3D(/-/>ére 5e met en colère cotttte \u\, fcV ôÀ\- Qii&'^**^
montre retarde d'un siècle. Qu'est-ce que celaww ^ dire, mon parrain? — Cela veut dire que M.BWiw''^ ne veut admettre que d'anciennes lois, qui ont élifr^ justement abolies depuis près d'un siècle. GesIoiiW^^' étaient contraires à la liberté, qui est pour un peft- w' ' pie le bien le plus nécessaire, et à l'égalité, qui ^t' un droit sacré parmi les hommes. Pour renverser»^ ces lois, que M. Éven regrette, et pour les remplaçai-' par la loi actuelle, fondée sur la justice et la raison, 1il a fallu faire la révolution de 1789, qui a produit |t' des maux passagers et un bien durable. — Ainsi, I. mon parrain, la loi est pour mon grand-père et iî contre M. Éven? — Oui, mon ami. — Mais M. Éveâ 1 n'en est pas moins un brave homme? — C'est un I homme très bon, très respectable, que nous aimons I tous tendrement, quoique nous pensions qu'il se I trompe sur beaucoup de points. — Et quand on est | marié à la mairie, on est tout à fait marié? — Oui, | mon ami. — Quand même on n'irait pas à l'église) 1
— Quand même on n'irait pas à l'église; oui, mon ami. — Pourquoi va-t-on à l'église, alors? — Sais-tu, mon enfant, qu'il y a plusieurs religions)
— Oui, mon parrain. Il y a la religion catholique, la religion protestante, la religion juive, la religion mahométane. — Tu oublies le bouddhisme, qui est une religion très répandue, et beaucoup d'autres. Hais il est exact que nous n'avons en France que des catholiques, des protestants et des juifs. Nous avons êussi des musulmans dans YkWvc^vv^ l^^w^^<^, -
^oi, mon parrain, je suis catholique, et je pense ^iie toutes les autres religions sont fausses. — Et ^rois-tu que les protestants ne pensent pas aussi que toutes les religions sont fausses, excepté la leur? — Ils le pensent, mon parrain, et c'est pour cela qu'ils ^ont protestants. — Et toi, que penserais-tu de l:i loi, si elle les obligeait de se faire catholiques, ci dépit de leur opinion et de leur conscience? — La loi ne peut pas faire cela, mon parrain, puisqu'elle esl fondée sur la raison et la justice. — Mais l'ancienne loi, celle que la Révolution a détruite et que M. Éven regrette, le faisait. Elle obligeait tout le monde, sous les peines les plus aévères, à se faire catholique, ou du moins à faire semblant d'être catholique. — Cela seul, mon parrain, prouve qu'on a eu raison de la détruire. — Il y avait aussi des États protestants qui regardaient la profession du catholicisme comme un crime punissable de la proscription ou des galères. — Quelle horreur ! Chacun doit être libre d'adorer Dieu suivant sa croyance. — Conserve bien cette doctrine, mon enfant, et que tous les actes de ta vie y soient conformes. Souvienstoi qu'il y a des honnêtes gens dans toutes les religions, comme il y en a dans tous les partis. Ne méprise que les hypocrites, qui cachent leurs opinions par lâcheté ou par intérêt. Notre loi française n'impose à personne les pratiques d'aucun culte, et elle ne les interdit non plus à personne. Elle dit aux cathoUques : Allez a l'église ; aux çro\.a^V^TiV^\ ^^t- ^^
temple; aux juifs : Allez à la synagc^e; aux musi maos : Allez à la mosquée. Écoute bien ce que Ion grand-père aux nouveaux mariés. D ne leur mandera pas s'ils sont catholiques ou protestant Il n'a pas le droit de le leur demander comme repi sentant de la loi, puisque la loi les laisse absolumc libres à cet égard. Au contraire, dès qu'ils seroi a l'église, le prêtre leur demandera s'ils sont de religion catholique, apostolique et romaine. Poiu^l quoi cela? C'est parce que les bénédictions d'une^ Église n'ont de prix que pour ceux qui font partie àt\ cette Église. Ainsi, on va à la mairie pour obéir àla< loi, et on va à l'église ou au temple pour obéir à sa^ foi. Comprends-tu bien cela, mon cher petit? — Je crois que oui, mon parrain. Je suis obligé d'être citoyen, et je suis libre d'être catholique. >
Je l'embrassai, et je pensai que maître Le Flô n'avait pas perdu sa peine avec lui.
Je l'avais averti d'être très attentif à tout ce qu'il verrait et à tout ce qu'il entendrait; mais je croyais qu'il se bornerait à ouvrir de grands yeux, à regarder tout ce monde endimanché, et à se faire caresser par les filles d'honneur. Il n'en fut rien. Un mariage n'était pas pour lui une rareté. Comme il ne quittait jamais Le Flô d'une semelle, il était un des habitués ' de la mairie. Je m'aperçus de la liberté de son esprit par les questions qu'il me fit ensuite sur le chemin de l'église.
€ Mon parrain ) pourquoi àVi-ou cj^^ Çx\iS\^\s\si\^^
■ majeur, et que Marianne est fille mineure? — fn ami, on est mineur jusqu'à 21 ans; et à partir 131 ans, on est majeur. — Qu'est-ce que cela, mon jrrain, être mineur ou majeur? — Mon ami, quand 9 est encore mineur, on ne peut disposer de ses l^s, si Ton en a, ni même de ses actions, sans la perpssion de son père, ou, si Ton a perdu son père, du iteur qui le remplace. — Mais, mon parrain, quand p a 21 ans, on est majeur, on n'a plus besoin de la •rmission de personne? — De personne. — On j^ut vendre, acheter, demeurer où l'on veut, voyapr, avoir des domestiques? — Certainement. Et les lommes peuvent aussi voter dans les élections. — tnfin, on n'a plus besoin de demander des permisîons, on fait tout à sa volonté? — Oui. — Alors, wurquoi disait-on tout à l'heure que le père et la nère de Jean-Marie Guillemot étaient présents et îonsentants? — C'est que le mariage étant l'acte le ^us important de la vie, on a voulu que les enfants, nême majeurs, fussent tenus jusqu'à 21 ans pour les filles, et jusqu'à 25 ans pour les garçons, d'obtenir le consentement de leur père et de leur mère. — Et pourquoi le mariage est-il l'acte le plus important de la vie? — Comment, Jeannic, tu ne ^ois pas que ces jeunes mariés forment maintenant lue famille nouvelle? qu'ils vont habiter dans leur ïiaison? qu'ils seront heureux s'ils ont bien choisi U se prenant pour mari et femme, et malheureux •'ik se sont trompés ? qu'ils vont à \eut Iomt ^HWt
des enfants? qu'ils seront chargés de les élever eti les instruire? — Oui, mon parrain. — Quand tu ras plus grand, tu comprendras mieux ces choses, suffit que tu t'accoutumes dès à présent à songer la famille est ce qu'il y a de plus sacré devant U( et devant les hommes. Tous ceux qui la composent
1 le père, la mère, les enfants, doivent rester étroit ment unis. Le père et la mère doivent être prêlsl donner leur vie, s'il le fallait, pour leurs enfants.
I doivent leur donner le bon exemple, leur enseigne le devoir, leur inspirer de bons sentiments, les pi parer à l'avance pour toutes les difficultés qu'ils contreront dans la vie. Ils doivent leur faire ainM la loi, qui n'est autre chose que la forme écrite dï devoir. Les enfants, de leur côté, ne sauraient ave trop d'amour et de reconnaissance pour leurs rents. Ils doivent leur obéir, et s'efforcer de It rendre heureux. — Oh ! mon parrain, vous parle tout à fait comme M. Éven! — Oui, sans doute, par(» que nous parlons l'un et l'autre comme d'honnêleil gens que nous sommes. Et ton grand-père parle-t-ÏK autrement? As-tu vu tout à l'heure comme on récott* tait? Marianne s'est mise à pleurer. — Et marna»! aussi pleurait. — Et elle pensait, mon enfant, qu'elh a été une heureuse fille et une heureuse épouse; <* il dépend de toi, mon Jeannic, et de ta petite sœur,] qu'elle soit aussi la plus heureuse des mères. > A l'église, je fus complètement séparé de mol]
compagnon. La mariée el\ô^ ftXîi^^ ÔLVotkSL^^tït'l
Qt accaparé. Il donna la main à Tune d'elles [* faire la quête; il tint, avec une autre, le voile la tête des mariés pendant la bénédiction, ends garde que ton petit-fils ne soit trop choyé, je en sortant à Jean Le Flô. Nous avons été menés ; rudement, toi et moi, et cela ne nous a pas nui. t déjà beaucoup d'être le petit-fils de monsieur joint. Tu ne peux lui enlever cela; mais, à ta ;e, je le tiendrais dans le rang avec ses cama- 38. D Jean Le Flô grommelait un peu, en entent tout cela, mais il sentait que j'avais raison. Au îr, Jeannic ne le quitta pas; il fut renvoyé au ;erL. Il prit son malheur en bonne part, car je par la fenêtre qu'il se donnait une raclée avec ;amarade. Un quart d'heure après, il était engagé ad de train dans une partie de barres.
Te rappelles-tu la noce de mademoiselle Ozon, est à présent madame Guillemot, la mère du veau marié? dis-je à Jean Le Flô. — Oui, me 1. Nous étions plus de mille dans le courtil, assis la terre et les pieds dans des sillons qu'on avait isés exprès. On avait fait rôtir un bœuf tout endans le champ voisin ; à chaque bout de la table, avait deux barriques de cidre. Les jeunes gens talent la viande sur de grands plats, avec le biuet la bombarde sonnant devant eux. Nous avons se jusqu'au soir. Et puis on a étendu un grand p devant la porte de Guillemot, et tous les invités t venus Y porter Jeurs présents '. de^ iiu^uQivî^^'s»^
des pipes, des assiettes, des poupées de lin et de du vre, de la toile, de l'argent. Tout le monde riùt el plaudissait. Les petits présents étaient faits sansfai tionte et reçus avec cordialité. » Il réfléchit un i menl. < Je pourrai bien, reprit-il, te faire voir mIi 3ncore une fois. — Que dis-tu là! m'écriai-je a riant; est-ce que tu vas te remarier? — Non, répondit-il sur le mônie>ton, mais j'ai mon idée... ]i n'ois, ajouta-t-îl après un moment, qu'on pourrai! garder les vieilles coutumes sans garder les vieui préjugés. Je ne rougis pas d'être paysan, au contraire; mais, comme paysan, je me crois l'égal des boui^eû et des nobles, i J'eus un peu de malice avec lui t Ehl eh I lui dis-je, tu as eu ton grain d'ambitioo ei 1848, quand tuas voulu être représentant. —J'aTaii tort, me dit-il en riant ; je n'avais pas les connais* sances nécessaires. Je ne pensais qu'à nos écoles; elles ont bien marché, grâce à vous tous, et nourual il reste beaucoup à faire. >
m'en fus visiter les écoles le lendemain, car adjoint commençait à trouver que ma visite
bien tardé. Jeannic, comme de raison, nous mpagna. t Je vais te montrer ton école, > lui i en lui tirant l'oreille; mais il commençait à er que j'avais beaucoup à lui apprendre sur les as qu'il connaissait le mieux. M. Guillard nous idaît sur la porte de l'école des garçons, et je fus aisede voir avec quelle amitié Le FIô et lui se lient la main, t Vous trouverez du changement is votre visite en 1848, > me dit-il.
L n'élait pas encore en vacances. Guillard et lô, d'un commun accord, avaient imaginé de ire tes vacances à auinze iours. En revanche, ils
'fr.:^, Lk'i firi:î]]^= \\z:.û-.z.\ ziirix :»rl±.rt îesétudei
c> i-i •KUkhiïi'Tz '1 f-:»'jr ^JL^^z-Tii^? ordinaire lii xJ\'\>.^'*'."Jz dr: f^î-prendr^e en rr^rnant beaucoup de t://*.^,\ ^\iK l'on î'ivaît zri nvn^rc: i-? partir. Jetron- "^ki i> l'yxtJ des classes excellent. H était très bû h„H\tk. tX d'un seul «:ôîê. de minière à ménager h »rjiï;, f>>n plancher, g^rand espace, plafonds élevés, mouiVitr d'école bien entendu, bonnes cartes mof;;!;*^» iiutpendues autour de la salle. Je regardai Jean l>î VVt ; la rnéme idée nous était venue. Quelle dif- \h*-Aif'A 'ds^jf. la misérable échopfie où je Tavais vu! X. Ouillard, qui était son successeur immédiat, se U^ r^pfMrla comme nous, c Je crois, dit-il, que je ti'à^VfV* pua pu y vivre. Mais on fit tr^ promptement d^ '^fHfuita réparations. Et puis, la prospérité de la e/^/rj/fjune est venue. Dès que M. Le Flô a eu voix au ch;ïpjtre, il a demandé la construction d'un groupe x^'jfWir*'.. Nous sommes, grâce à lui, mieux installés q*!'; plurJeurs ^andes villes du département. Nou? avonn une bibliothèque; j'ai tâché d'y joindre unmu liée cantonal ; on me seconde bien médiocrement pouf e^jla, Yj\ somme, tout irait bien si j'avais un maître adjoint. — Le nombre de vos élèves vous donne le droit d'en avoir un, lui dis-je, en jetant les yeux sur la cla.siie. — Sans doute, mais j*ai laissé passer ma femme avant moi. Elle y avait tous les droits possible.?, car son école est supérieure à la mienne. —