‹ Le livre du petit citoyenChapitre 37 sur 77 · CŒUR DE FEMME · texte numérisé non relu

CŒUR DE FEMME

La mer était sauvage là-bas, sur la côte de la feretagne. De grandes vagues lottfôès, furieuses, .semBiaient cracher toute r écume de r Atlantique. . u3aîft parut, "cha^?epar le vent, une birqS?* de#feHïff1&i^8Î5^ .Vi

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et de \aemardk.' ^" '" fi^.'r ,. ;

15 Un de ces hommes, nommé Lecoz, un ^eux sau- '

"^^^efeuïlf^orat/de saVûpche une jumelîe — souvenir » , d'un héroïque sauvetage — et regarda la ffele

barque en détrpsse.

Il l'eS^m înq^ avec a ttention, puis il dit : 20 — Oui/Maryvënne, ce §ont bien les vôtres.

-^^^^Merçî jLecoz ! répondit Maiyvonne. Maintenant je respire!^ . . Je vais-^emrer de la soupe^^ et du café. Après "tecî,^ \^&-v8us7miïi Ina^^era "^^^^ nèïïifelix de* tégaler tout le monde !

^s Et sans un regard vers celles qui attendaient

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encore, muettes dans Tangoîsse des malheurs possibles, Maryvonne alla à sa petite auberge.

Pâles, rigides, les robes fouettées par le vent, les autres femmes regardaient tous les mouvements de cette barque. s

Et elles tremblaient, elles frissonnaient pour le mari de Maryvonne et pour ses matelots. Oh!

le mari Pierre Le Bars était connu comme un excellent homme de mer, le meilleur, peut-être, de toute la région. lo

Mais la vie de Pierre était maintenant en dangc

Une puissance mystérieuse gouvernait les éléments. Les Và^es* bondissaient vers la terre.

Les pauvres femmes oubliaient les autres malheureux. Leurs cœurs palpitaient d'angoisse à la is vue de la barque lancée au sommet des vagues, disparaissant, avançant, disparaissant encore. La mort menaçait toujours.

Enfin la barque était là. Encore un quart de mille," et elle serait sauvée. 20

— Ah!

Une longue clameur domina le bruit du vent et de la mer : la barque avait chaviré !

S»^\ Non ! La barque n'avait pas chaviré. Elle était •^penchée sur les eaux et avançait toujours. Encore 25 quelques minutes, et les pêcheurs arrivèrent au port.

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Alors, les femmes songèrent aux autres pêcheurs qui étaient plus loin parmi les vagues de l'impitoyable mer. Leurs yeux brûlants regardèrent l'horizon voilé.

5 — Mon Dieu! s'écria l'une d'elles, qui sont-ils donc, les pauvres?

Une deuxième barque était en vue et venait vers le port.

— Ça, dit un des vieux matelots, on dirait Pilven. lo — Non ! c'est Le Cozanet.

— Oui, vous avez raison, Mariannik, c'est Le Cozanet. Je reconnais sa belle barque neuve, sa ** Nevez-Groguen."

Mariannik! Ce joli nom appartenait à cette 15 belle jeune femme à côté du vieux sauveteur. C'était la veuve d'un brave '*péri en mer" à vingthuit ans, en faisant son douzième sauvetage.

Mariannik l'avait longtemps pleuré. Maintenant elle parlait du mort avec une fierté grave. 20 Elle ne voulait plus être plainte parce que, disaitelle, "il ne sufiit pas de bien vivre mais de bien mourir."

— Attention, attention ! murmura le vieillard en regardant la barque qui portait Le Cozanet.

25 Soudain une folle clameur monta vers le ciel ; une clameur d'effroi et de cruelle certitude ; la barque de Le Cozanet avait chaviré; les mal-

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, crampoimés à la quille, appedes signes: "Au secours! Au

heureux pêcheurs laient, faisaient secours ! "

A ce moment arrivaient Pierre ie Bars et ses matelots, heureux d'avoir échappé à la mort. 5

Mariannik regarda Pierre.

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Regarde ! dit-elle.

Il vit le tragique tableau.

— Ah ! non, Pierre, tu n'iras pas !

C'était la Maryvonne, sa femme, qui parlait ainsi. 5 — Ah ! Pierre ! Tu as échappé tout à Theure ! N'y va pas ! N'y va pas !

Mais la veuve Mariannik dit aux matelots :

— Allons, les gars, vous n'allez pas rester là, j'espère ! Regardez les autres ! Ils meurent !

lo Et comme ils hésitaient à retourner au pays de la mort, elle cria :

— Non, ce n'est pas possible ! Vous êtes bien contents, vous, d'avoir échappé. . . . Vous irez, n'est-ce pas ?

15 Et elle retourna vers Pierre Le Bars.

— Toi, tu sais, si tu restes, je ne te connais plus ! Ne parle plus de mon homme, car il te renierait, lui !

— Oui, mais il est mort, ton mari, Mariannik, 20 dit timidement la femme de Pierre Le Bars.

— Eh bien ! répondit la jeune veuve, s'il sortait de sa tombe, mon Yann, c'est moi qui le renverrais là-bas à son devoir.

Les autres matelots interrogeaient leur patron : «s qu'allait-il faire ?

— Ah ! dit le vieux Lecoz, il n'y a donc plus d'hommes dans ce pays?

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— Non, répliqua Mariannik, il n^ a plus d'hommes. Mais on ne laissera pas mourir ces malheureux. Puisque les gars ont peur, eh bien, nous, les femmes, nous marcherons. Allons, les femmes ! 5

— Un instant ! un instant !

C'était la voix de Pierre. Il avait repoussé sa femme et parlait à ses matelots.

Au geste du patron, ils armèrent vivement un canot de sauvetage, et retournèrent à la mer, au 10 pays de la mort. . . .

Et tout le monde fut sauvé.

Mariannik était pâle comme un cierge. Et tandis que Maryvonne, fière et joyeuse, bavardait, Mariannik pleurait. 15

Et regardant les hommes dans un bon rire de triomphe et d'amour, Mariannik s'écria :

— Ah ! les braves gars !

Puis elle partit, sentant qu'elle allait défaillir en pensant à son cher mort. ... 20

Il y avait, chez elle, suspendue au miheu des médailles gagnées en sauvant ses frères, une belle photographie du héros Yann. Mariannik l'embrassa et lui dit :

— Es-tu content, Yann? 25 Le soir de ce même jour, il y avait grande

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fête chez Le Bars : sauveteurs et naufragés étaient

réunis autour de la même table.

Mariannik occupait la place d'honneur ; et lors- I que Le Cozanet voulut remercier Pierre Le Bars, s celui-ci déclara:

— Non, je n'accepte pas. . . . Remerciez Mariannik.

Et Le Bars, philosophe sans le savoir, continua :

— Les muscles et la force, ça nous vient de nos lo pères ; mais le cœur, mes enfants, ça nous vient de

nos mères !

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