‹ Le livre du peupleChapitre 7 sur 28 · tE LIVBE · texte numérisé non relu

tE LIVBE

bientôt vous pervertiroient par leurs dîs-> eours et par leurs exemples; ils flétriroîent en \ous celte délicate fleur d'innocence qui répand sur le jeune âge comme un doux parfum*

On se laisse aisément aller à ce qui flatte, aux penchants que l'on doit sans cesse combattre et réprimer ; mais après la faute vient l'amer regret , et le remords et la peine. Quand vous avez fait le mal, ne sentez-vous pas un secret malaise et une grande tristesse en vousmême? Le désordre engendre la souffrance, et il y a toujours une douleur cachée au fond de chaque joie mauvaise..

Le calme, au contraire, la sérénité, l'in-altérable contentement sont le partage de la conscience pure. Elle ressemble au passereau, qui repose doucement sur son nid lorsqu'au dehors la tempête secoue et brise les cimes de la forêt .

H vient un temps où la vie décline , où te corps s'affoiblit^ les forces s'éteignent : enfants , vous devez alors à vos vieux parents les soins que vous reçûtes d'eux dans vos premières années. Qui délaisse son père et sa mère en leurs nécessités, qui demeure sec et froid à la vue de leurs souffrances et de leur dénuement, je vous le dis en vérité , son nom est écrit au Livre du souverain Juge parmi ceux des, parricides.

Et retenez bien cette dernière parole ^ vous tous, pères, mères, frères, sœurs : s'il est sur la terre de vraies joies, un bonheur réel, ce bonheur, ces joies se trouvent au sein d'une famille bien ordonnée , dont le devoir unit étroitement les membres; car le bonheur ici-bas ne consiste point dans la jouissance ininterrompue de ce que les hommes appellent des biens , mais dans le mutuel amour ^.

qui adoucit les maux inséparables de notre existence présente, et les mélange de je ne sais quelle lointaine éman^tioa d'une félicité future mystérieuse.

L'état social , naturel à rhomme, éta* blit entre les familles des relations d'où naît un nouvel ordre de devoirs, les devoirs envers la patrie.

La patrie, c'est la commune mère, l'unité dans laquelle se pénètrent et se confondent les individus isolés ; c'est le nom sacré qui exprime la fusion volontaire de tous les intérêts en un seul intérêt , de toutes les vies en une seule vie perpétuellement durable.

Et cette fusion , source féconde d'inépuisables biens, principe d'un progrès continu impossible sans elle; cette fusion dont l'effet est d'accroître indéfiniment la force de conservation et la puissance de développement , l'énergie productive, la sécurité , la prospérité, comment s'opère-t-elle? Par le dévouement de chacun à tous, le sacrifice de soi , par l'amour enfin, qui, étouffant l'abject égoisme, accomjdit la parfaite union des membres du corps social.

Or, vous le savez déjà , la vraie société.

fondée sur Tégalité naturelle, n'est par son essence et ne doit être de fait que l'organisation de la fraternités Toute autre institution politique, quelle qu'en soit la forme, renferme quelque chose de funeste et d'illégitime : d'illégitime, car nécessairement elle viole des droits im-* prescriptibles; de funeste, parce qu'en les violant elle attaque la base même de Tordre, et provoque ainsi des luttes intestines , des guerres terribles , que rien n'empêchera d'éclater tôt ou tard.

Votre premier devoir envers la patrie est donc de travailler, avec un zèle qui jamais ne se lasse, à éta})lir dans son entière intégrité le grand et salutaire principe de l'égalité absolue des droits, d'où émanent toutes les libertés publiques et privées ; de combattre sans relâche le privilège jusqu'à ce que vous l'ayez complètement vaincu.

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Souffrir qu'on porte atteinte à la SQule légitime souveraineté, celle du peuple, que l'on en suspende l'exercice , que la domination se substitue à l'association libre , se courber devant un maître , c'est trahir la sainte cause du droit et de l'humanité^ c'est renier le nom même de patrie. L'étable où mangent et dorment les bêtes de service n'est pas une patrie.

Si, à quelque titre que ce soit, vous permettez qu'entre les membres essentiellement égaux de la communauté on crée des catégories, des classes investies de certaines prérogatives à l'exclusion du reste du peuple, vous sanctionnez la criminelle usurpation de pouvoir en vertu de laquelle on s'arroge le droit d'établir de semblables catégories, vous sacrifiez lâchement votre propre droit et celui de vos frères, vous renoncez pour eux et pour vous à la qualité d'homme, vous vous

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agenouillez, sur les ruines de la vraie société, aux pieds de la tyrannie^

Quel est le but de l'association entre lesi familles primitivement indépendantes ? une {dus forte garantie de l'égalité et de la liberté, le règne mieux assuré de la justice, un accroissement de bien-être par l'organisation du travail commun, par le dévdoppement de la puissance indéfinie de connoltre et d'agir dont l'humanité contient le germe. Or, que faut-il pour cela? de bonnes lois. Youlez-vous donc savcMr ce que sont les lois, regardez qui les fait^ Si elles sont faites par quelquesuns , elles le seront uniquement ou presque uniquement pour leur avantage; si par tous , elles seront faites pour le bien de tous, selon les principes éternels , les sympathies élevées et fécondes, les sacrés intérêts d'où émane l'institution sociale. N'ayez donc point de repos que tous ne

coopèrent à la confection des lois par le choix de ceux qui font les loiss

Alors vous cesserez d'être exclus de la gestion des affaires communes , d'être livrés sans aucune défense à ceux qui maintenant vous exploitent ; on ne vous chassera plus des assemblées où l'on traite de vous, oti Ton délibère sur les choses d'où dépend votre existence même, comme on chasse d'une réunion d'hommes un vil animal qui s'y est introduit furtivement; vous ne formerez plus une caste politiquement proscrite i alors vous aurez vraiment une patrie.

Et la patrie, au sein de laquelle se fondent les familles diverses, doit être dans votre amour au-dessus de chacune d'elles; sans quoi vous rompez le lien qui les unit toutes., vous subordonnez le corps entier à l'un de ses membres, vous détruisez

autant qu'il est en vous la société en la ramenant sous^ l'influence de Tégoïsme, qui, en ébranle la base.

A la patrie donc tout ce que vous êtes et tout ce que vous avez , votre cœur, vos bras» vos veilles, et vos biens et votre vie. Qui hésite à mourir pour elle, celui-là est infâme à jamais.

Toutefois , souvenez-vous bien qu'à la patrie elle-même vous devez préférer l'humanité; car les peuples ont entre eux les mêmes relations que les familles entre elles, et sont soumis aux mêmes devoirs. Le genre humain est un par essence , et l'ordre parfait n'existera, et les maux qui désolent la terre ne disparoltront entiè-. rement que lorsque les nations , renversant les funestes barrières qui les séparent, ne formeront plus qu'une grande et unique sociétés

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Le patriotisme exclusif, qui n'est que l'égoïsme des peuples , n'a pas de moins fatales conséquences que Tégoïsme individuel : il isole, il divise lés lia})itants des pays divers , les excite à se nuire au lieu de s'aider ; il est le père de ce monstre horrible et sanglant qu'on appelle la guerre-

Quoi de plus opposé à la nature et à ses lois que le nom d'étranger? Ne sommes-nous pas tous frères ? et comment le firèfO seroit-il étranger au frère?

Chaque peuple doit aux autres peuples justice et charité; il doit et respecter leurs droits , et au besoin leur prêter secours, soit pour les défendre si on les attaque , soit pour les reconquérir s'ils en ont été dépouillés. Leurs destinées sont solidaires* Le peuplé qui souffre près de soi l'oppression d'un autre peuple

creuse la fosse où s'ensevelira sa propre liberté.

Emi^oye^ donc tous tos eflforts pour unir toujours plus les nations entre elles, pour détruire peu à peu les préjugés qui maintiennent leur séparation. Chacune d'elles 9 suivant son génie , le lieu , le climat qu'elle habite, a sa fonction particu- Uère, que la Providence lui assigne pour le perfectionnement progressif de l'humanité. Loin de lui créer des entraves , toutes la doivent seconder, car elle travaille pour toutes en travaillant pour soi. Aucune ne saurait se suffire ; elles subsistent et se développent par l'assistance qu'elles se prêtent mutuellement. 11 n'est pas vrai , comme le répètent ceux qui les trompent pour les asservir, qu'elles aient des intérêts opposés : ils ne le sont qu'accidentellenient , par une suite du désordre apporté dans leurs relations naturel-

les. Rétablissez ces relations , le bien de Tune est le bien de l'autre , comme , en une famille ordonnée ainsi qu'elle doit rétrCy le bien d'un de ses membres est le bien de tous , sa prospérité leur prospérité.

Lorsque tes pluies viennent à tomber dans te pays où le Nîl prend sa source , le fleuve grossit et monte , et couvre de IH*oche en proche la vallée qu'il féconde. Pour que ses fertiles eaux arrivent aux terres les plus éloignées, ne faut -il pas qu'il arrose d'abord celles qui touchent ses rives î

L'égoîsme subsistera toujours sous uneforme où une autre forme; le progrès^ arrêté dans toutes ses voies , ne pourra pas même être conçu , faute d'un but final , tant qu'au-dessus de tous les intérêts et de personnes et de nations on

n'aura point placé les sacrés intérêts de rhumanité entière. Notre amour, comme notre dévouemeni y aveugle , caduc , imparfait, s'égare et défaille à chaque instant si le genre humain n'en est le terme. Individus, familles, peuples, qu'est-ce sinon des parties d'un tout, hors duquel elles n'ont aucune raison d'être? Unilé dernière et complète, en laquelle se coordonnent tous les rapports, se concentrent tous les droits, s'harmonisent tous les devoirs, il est l'homme même dans la plénitude de son être impérissable.

L'ensemble des devoirs d'où découle la vie , et des vérités qui sont le fonde- ' ment (éternel de ces devoirs , forme ce qu'on appelle la religion , lien non-seule-

ment des hommes entre eux , mais de toutes les créatures entre eHes.

Ainsi y nier la religion c'est nier le devoir ; et, puisqu'il existe de vrais devoirs, il existe une vraie religion ; et, puisque les devoirs sont par leur essence invariables et universels, la religion aussi est par son essence invariable et universelle.

Pour remplir les devoirs il faut y croire , et par conséquent croire aux vérités sur lesquelles ils reposent. La religion implique donc la foi comme sa base première, comme l'indispensable condition de la vie morale, condition ellemême de l'existence de la société et du genre humaiia.

Aussi le genre humain croit-il, en vertu de la nature même , primitivement , nécessairement.

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Il croit en une Cause suprême , créatrice, infinie ; et le nom de Dieu , le nom trois fois saint du Père de l'univers se retrouve en toute langue humaine.

Il croit à une Providence bienfaisante qui dirige toutes choses, seîon les lois de réternelie sagesse et de Famour éternel, à une fin digne du Créateur.

H croit que cette Providence veille spécialement sur Thomme, Féclaire, l'instruit, et le guide dans la voie qu'il doit suivre pour^ accomplir ses grandes et sublimes destinées.

11 croit à Tessentielle distinction du bien et du mal, à la liberté dont jouit l'homme de choisir entre l'un et l'autre, et, suivant' le choix qu'il aura fait, à la récompense ou au châtiment inévitable 4^ ses œuvres.

11 croit enfin que, par-delà ceite courte et laborieuse existence terrestre, une autre existence plus parfaite s'ouvre devant rhomme, et se prolonge à l'infini dans les profondeurs de l'éternelle durée.

Croyez ce que croit le genre humain.

Sans ces croyances, que saroit le devoir ? comment le concevroit-on ? Le devoir, n'est-ce pas ce qui unit? et qu'estce que l'union, si ce n'est la commune tendance vers un centre commun ? et ce centre commun de tous les êtres, qu'est-ce sinon l'Être infini rigoureusement un, de qui tout sort, à qui tout revient, qui produit, conserve et vivifie tout ? qu'est-ce sinon Dieu ?

Malheur donc, malheur. à l'athée! Dans sa faim, dans sa soif, il appelle l'aliment, le lait qui nourrit toutes les créatures, et.

au milieu du vide ténébreux où il s'est plongé, il ne saisit et ne presse que la sèehe mamelle de la mort.

Tendre vers Dieu, c'est aspirer à s'unir à lui, et en lui à tous les êtres qui tendent également vers lui ; c'est aspirer au souverain bien , à la souveraine perfection , et travailler dès-lors à se perfectionner sans cesse.

Tel est aussi le fondement de la doctrine du Christ : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »

Qu'est-ce à dire? L'homme peut -il donc atteindre à l'infinie perfection de Dieu? Non, mais il doit s'en rapprocher toujours et toujours plus, autant qu'il est en sa puissance. Et ainsi ses efforts ont un but , et il connolt ce but , et sa vie ^ comme la vie du genre humain, n'est.

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selon la loi qui doit en régler l'emploi^ en diriger le développement , qu'une perpétuelle ascension vers le principe perma-^ nent de toute vie, une croissance perpétuelle en Dieu.

Nulle union possible sans l'amour ; car l'amour est l'énergie même qui accompUt l'union. \ous aimerez donc le Seigneur votre Dieu de tout votre esprit , de toute votre âme et de toutes vos forces. Voilà le premier et le plus grand eommandement.

Le second en dérive et lui est semblable :Yous aimerez votre prochain comme vous-même.

Qui n'aime pas Dieu par-dessus toutes choses n'aime que soi, car il n'a plus, ne peut plus avoir d'autre but, d'autre terme que i9K>i.

Qui n'aime pas le prochain comme soimême n'aime pas Dieu et ne sauroit Taimer, car en Dieu tout se fond par Famour dans la parfaite unité de son être.

Or, aimer Dieu c'est le désirer ; et la prière est le désir de l'âme, le mouvement qui la porte vers l'objet qu'elle aime, qu'elle aspire à posséder, qu'elle appelle à soi. Ainsi la prière, expression de l'amour, en est inséparable.

Aimer Dieu , c'est encore se donner à lui, se plonger en lui, s'oublier, en un certain senis, se détacher de soi-même, pour n'être plus qu'un avec lui ; c'est vouloir ce qu'il veut et uniquement ce qu'il veut, par l'entier sacrifice de sa propre volonté en ce qui ne seroit pas conforme à la sienne ; et. ce sacrifice de nous-même , cet acte par lequel , reconnoissant et sa sagesse, et sa justice, et sa bonté su*

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prême, nous protestons intérieurement que nous ne sommes rien et qu'il est tout y forme Tessence du culte que lui doivent ses créatures intelligentes » Tadoration en esprit et en vérité»

Et ramour du prochain , n'esta pa»

aussi le dévouement , le sacrifice ? sacrifice volontaire plein d'ineffables joies ; car on vit par Tamour en celui qu'on aime, et cette transfusion de vie y qui rend toutes les souffrances communes et tous les biens communs y dilate incessamment notre être y et tend ainsi à faire de tous les hommes comme un seul homme, divinisé, en quelque manière^ par son union tour jours croissante^ toujours plus intime avec Dieu.

Et pour que cette union s'accomplisse.

Dieu lui-même aide l'homme et se prodigue à lui y par une continuelle effusion

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de sa puissance » de sa lumière et de son amour, qui deviennent Famour» la lumière, la puissance de l'homme; car il ne peut rien sans Dieu.

Ne confondez point la religion , essentiellement une et invariable, avec les diverses formes extérieures qu'elle revêt.

Cdles-ci , impar&ites , in jSrmes , vieillissent et passent; œuvre de l'homme 5 dles meurent comme lui. Le temps use Fenveloppe du principe divin , mais il n'use point le principe divin. Quand le corps dans lequel D s'étoit incarné se dissout et tombe en poussière, il s'en forme luimême un nouveau j4us parfait, dont le précédent contenoit le genne.

Vous êtes nés chrétiens, bénissez -en Dieu. Ou il n'est point de vraie religion, de lien qui unisse les hommes entre eux et avec l'Auteur éterndi des choses, ou te

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christianisme , religion de l'amour, de la fraternité, de l'égalité, d'où dérive le devoir comme le droit, est la vraie religion. Comparez aux autres nations les nations chrétiennes, et voyez ce que lui doit l'humanité : la progressive abolition de l'esclavage et du servage, le développement du sens moral et TiniSuence de ce développement sur les mœurs et les lois de plus en plus empreintes d'un esprit de douceur et d'équité inconnu auparavant; les merveilleuses conquêtes de l'homme sur la nature, fruit de la science et des applications de la science; l'accroissement du bien-être public et individuel ; en un mot , l'ensemble des biens qui élèvent notre civilisation si fort audessus de la civilisation antique et de celle des peuples que l'Évangile n'a point encore éclairés.

A ces biens innombrables se sont sans

doute mêlés beaucoup de maux ; mais les biens viennent du christianisme , ils en découlent directement; et les maux viennent de ceux qui ont faussé la doctrine du Maître ou violé ses préceptes saints ; ils viennent de Tiiiévitable imperfection des formes externes , soumises à Faction des hommes et aux nécessités des temps; de ce que lés premiers, rattachant leurs intérêts terrestres à ces formes variables dépendantes d'eux à divers égards, ils les ont peu à peu identifiées au fond même du christianisme, subordonnant au corps, qui change et périt , Tâme immuable et impérissable.

Je vous le dis, ce désordre ne sauroit désormais durer, il touche à sa fin ; et le christianisme, enseveli ^sous l'enveloppe matérielle qui le recouvre comme un suaire, reparoîtra dans la splendeur de sa vie perpétuellement jeune.

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