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Séparé de l'œuvre moHeUe avec laquelle on Ta confondu, il est la loi première et dernière de V humanité; car au-delà de Dieu il n'e$t rien qu'on puisse proposa pour terme à l'homme; car nulle autre voie pour aller à Dieu ^ nul autre moyen de s'unir à lui que l'amour ; car ce grand commandement de l'amour ne sera ja^ mais épuisé ni sur la terre, où il doit for-* mer de tous les individus , de toutes les familles, de tous les peuples une seule unité , celle du genre humain ; ni au cid, où doit s'accomplir par lui l'union de plus en plus parfaite des créatures et du Créateur.
Et ainsi ce que disolt le Christ est vrai encore, le sera toujours : « Venez à moi, « vous tous qui portez avec douleur le « poids du travail, et je vous ranime* « rai, %
Et un jour tous viendront à lui , et ce jour n'est pas loin; déjà il tressaille dans le sein de l'avenir. Maintenant nous marchons comme à la lueur d*un foible crépuscule : au radieux lever de l'astre , le monde, inondé de sa lumière et sentant renaître en soi, avec l'espérance, et la foi et l'amour, le saluera de ses chants d'allégresse.
Ne l'oubliez jamais, nulle société, nulle vie sans le devoir; et la religion n'est dans ses préceptes que le .devoir même, et^dans ses doctrines que l'en-
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semble des vérités qui forment la base immuable, éternelle du devoir.
Celui qui se déclare saps religion se déclare donc en dehors du devoir, en dehors des sentiments, des croyances unanimes, de l'universel instinct; il nie l'intelligence et la conscience humaine, sa nature et les lois de sa nature ; il nie la société , il se nie lui-même ; car sans la société comment subsisteroit-il? que seroit-il?
Si chaque homme ne devoit rien aus; autres hommes, les autres non plus ne lui devroient rien, Pei'pétuellement , radicalement en guerre avec eux, comme avec tous les êtres , il offriroit au sein de l'univers l'effrayant assemblage d'une convoitise illimitée et d'une impuissance! infinie. -
Y a-t*il une misère égale à celle mi« sère?
Le premier fruit du devoir, de Texactitade à le remplir, est au coniraire l'actuelle jouissance d'un bien au-dessus de tous les InenÈ , le calme int^ieur et la' paix et le doux contentement, et celte joie pure qui con8<^ Tâme des travarses de la vie, et la transporte et la dilate comme en un monde meilleur.
La vertu est d^abord sa propre récompense, et le vice engendre la punition qui le suit infailliblement. Pe combien de soucis, d'inquiétudes, de maux de toutes sortes n'est-il pas la source! Yttes* vous jamais le méchant heureux ? La richesse, le pouvoir peuvent être son partage ; mais ni le pouvoir ni la richesse ne sont le bonheur; et si vous saviez quelles plaies hideuses recouvrent d'ordinaire les
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vêtençients d'or et de soie ^ si elles vous étoient soudain dévoilées^ vous reculeriez d'épouvante.
Gardez-'vous de juger sur les dehors^ Certaines plantes vénéneuses croissent dans la pourriture ; souvent elles brillent des plus vives couleurs : ouvrez-les, qu'y a-t-il au dedans? une poudre infecte el noire.
Dans la société mauvaise et anti-chrétienne où vous vivez , il ne suffit pas toujours de régler ses actions sur la loi morale pour prospérer. L'obéissance à cette divine loi ne. laisse pas néanmoins de porter son fruit immédiat. Jetez les yeux près de vous : regardez cette famille dont tous les membres, fidèles au devoir, ne s'en écartent en aucune chose ; où le produit du travail commun, consacré à pourvoir aux communs besoins, n'est jamaisr
disisipé e» de honteux plaisirs ; ou le père ne doBne que de bons exemples ; où la femme , occupée des soins domestiques , dévouée avec tendresse à son mari , à ses enfants, est pour eux l'objet d'une tendresse et d'un dévouement semblables :
eette famille, sans doute, n'est point à L'abri de la pauvreté. Qui cependant ne préféreroit son sort à celui d'une famille plus favorisée de la fortune, mais en proie au désordre et à l' inconduite ; où les querelles intestines, la jalousie, la haine naissent chaque jour, à chaique heure, de la violation des devoirs mutuels? On: respecte celle-là, on se sent at^ tiré vers elle par un sentiment affectueux et doux; on méprise celle-ci, et on la fuit comme on fuiroit un reptile im* monde.
Oh ! qui seroit une seule fois descendu au fond du cœur de l'homme de bien,
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de l'homme qu'anime l'amour de Dieu et l'amour de ses frères^ il y découvrir roit de secrètes joies si vives ^ si pures qu'il prendroit à dégoût toutes les autres joies.
Ainsi le premier effet du devoir eât de diminuer les maux de la vie , d'en adoucir l'amertume , et d'y mêler tout un ordre inaffable de jouissances inconnues à ceux que les passions mauvaises dominent ou que l'égoïsme concentre en euxmêmes. N'y éût-il que ce prix attaché à son accomplissement , ne seroit*}! pas asses grand déjà ?
Mais le devoir, rempli fidèlement, produit encwe un autre effet par le merveilleux enchaînement des Icms qui constituent l'ordre : il réalise le droit. Peuple , c'est par lui , uniquement par lui que tu parviendras à recouvrer ce\n dont l'in-
jusim t'a dépouillé. Qui de vous pourroit lutter seul contre la puissance des oppresseurs? Ils le briseroient comme un vase d'argile. Pour les vaincre il est nécessaire que vous soyez unis ; et quelle union passible si l'amour n'en est le lien, si , pleinement isoumis à la loi du devoir, chacun de vous, respirant et vivant en ses frères , n'est prêt à se dévouer , à mourir pour eux ?
Vous avez d'abord à reconquérir votre dignité d'homme, le libre exercice de votre inaliénaJUe souveraineté. Or, pour cela que faut-il? Une volonté commune et un effort commun, c'est-à-dire la conscience du droit d'autrui comme de son droit propre , la fusion parfaite des intérêts en un seul intérêt. Autrement ce ne seroit pas le droit , cq seroit un privilège qu'on réclameroit , et l'on auroit dès-lors contre soi et ceux qui repoussent le pri-
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vilége et ceux qui déjà jouissent du privilège.
Si donc vous n'aimez vos frères comme vous-même, nulle espérance d'affranchissement ; résignez-vous à servir toujours : vous n'avez à attendre que cela.
Que si chacun de vous , au contraire , aime son frère comme soi-même, il ne souffrira point qu'on l'opprime, il lui prêtera en toute circonstance aide et secours contre la force inique, et dé l'universelle charité sortira une résistance universelle à l'oppression.
Lorsqu'on n'attaque que l'injustice, on triomphe tôt ou tard. Afin de triompher certainement, ne veuillez donc rien que de juste. Respectez le droit de ceux même qui ont foulé le vôtre aux pieds. Que la sûreté , la liberté , la propriété de
tous sans exception vous soient sacrées; car le devoir s'étend à tous également. Si une fois vous violiez le devoir, où' s'arreteroit celte violation ? Ce n'est point avec le désordre qu'on remédie au désordre.
De quoi vous accusent vos ennemis? de vouloir uniquement substituer votre domination à leur domination, pour en abuser comme ils en abusent ; de nourrir des pensées de vengeance, des projets de tyrannie ; et de là , dans les esprits , une crainte vague dont ils profitent avec adresse pour prolonger votre asservissement.
Dissipez ces fantômes sinistres évoqués par de détestables imposteurs aiGin d'intimider les hommes simples et bons , et les détourner des voies de l'avenir. Proclamez le devoir en même temps cpie le droit ; ne les séparez point en vousmêmes ; qu'ils soient à jamais unis dans
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votre conscience et dans vos œuvres.
Alors s'évanouira le jrfus grand obstacle à ce que vous désirez et deve2 désirer.
Vous avez aussi à vous créer dans l'ordre matériel une existence moins précaire, moins dure; à combattre la faim, à faire en sorte d'assurer à vos femmes et à vos enfants le nécessaire, qui ne manque , parmi toutes les créatures, qu'à l'iiomme seul. Or, pourquoi vous manque-t-il ? P^rçe que d'autres absorbent le fruit de votre labeur et s'en engraissent. Et d'où vient ce mal? De ce que chacun de vous , privé dans son isolement des moyens d'établir et de soutenir une concurrence réelle entre le capital et le travail, est livré sans défense à l'avidité de ceux qui vous exploitent tous. Gomment sortirez-vous de cette funeste dépendance? En vous unissant, en vous