CHAPITRE VIII
Babylon, p. 146). Assurbanipal s'en empara en 660 avant J.-G. (G. Smith, Hist. of Assurb., vol. II, p. 209, 474) et il en rapporta la statue de la grande déesse d'Uruck, la déesse Nanâ, tombée en captivité entre les mains du roi d'Elam, Kudur Nahunta. Elle est mentionnée dans les inscriptions comme existant 1635 ans avant cette époque, c'est-à-dire 2,280 ans avant notre ère. Une dynastie cuschite ou éthiopienne régnait alors à Suse; et on y a trouvé des constructions de cette époque. Ainsi rien ne s'oppose à ce que nous admettions que Suse avait, au temps du récit de Daniel, un château fort, et que même elle formait une ville d'une certaine importance. Il a dû y avoir d'abord un camp retranché, qui devint une ville, capitale des Susiens, peuple cuschite, et puis des Elamites (Sémites). Plus tard, Darius d'Hystaspe y construisit un palais. Mais on ne doit pas oublier qu'elle était déjà avant lui la résidence de Cyrus qui y déposa les trésors d'Ecbatane, après qu'il les eut enlevés à Astyage, son grand père. Xénophon ne nous trompe pas lorsqu'il dit (Anab. III, 5, 15 ; Cyrop. VII, 6, 22) que Cyrus y avait un château royal et qu'il y résidait plusieurs mois de l'année. Ainsi, il n'est pas vrai que Suse ne fut bâtie que sous le règne du fils d'Hystaspe. Le récit de Daniel, relatif à son voyage à Suse, ne soulève donc aucune objection sérieuse. Même en supposant que cette ville aurait appartenu aux Perses à l'époque de la vision, il n'en résulte pas que Daniel n'aurait pu y venir pour traiter des affaires du roi de Babylone. Sachant que Suse appartenait encore aux Chaldéens sous le règne de Balthasar nous ne saurions non plus être étonnés que le prophète s'y trouvât dans l'intérêt du royaume, pour prévenir le mouvement médoperse qui commençait à se dessiner. Daniel put inspecter la citadelle, et ordonner des travaux de défense. On comprend donc très bien le motif du voyage de Daniel à Suse, en 559.
C'est, du reste, le lieu que le Très-Haut choisit pour montrer à son serviteur la vision du bélier et du bouc. Daniel tut favorisé, à Suse, de cette vision surnaturelle, parce que cette ville devait bientôt devenir la capitale du deuxième grand empire et le point de départ des campagnes futures, qui amenèrent le renversement de l'empire Chaldéen.
3. Je levai m les yeux, et je regardai ; et voici : un bélier n se tenant devant ce fleuve ° ; et deux cornes (étaient) aluiP; et ces deux cornes (étaient) hautes; mais l'une
était plus haute que l'autre «*; et la haute s'élevait à la finr.
mJe levai, 'essa\ futur Kal de NU73 — n Bélier un, ^nN. Le
mot 'êhad ne doit pas être pris pour un article indéfini : c'est un adjectif numéral, en opposition avec les deux cornes du bélier. L'auteur tient à faire contraster l'unité de cet animal avec la dualité de ses cornes. — ° Devant le fleuve (à la face, li/nëy) du fleuve, c'est-à-dire tourné vers le fleuve, comme pour en forcer ou pour en défendre le passage. Ha'ûbal, avec l'article se rapporte au fleuve déjà mentionné. — p Au verset 20, l'interprète déclare que le bélier symbolise les rois des Mèdes et des Perses. Nous avons pu constater déjà (p. 6 42 et ss.) que la symbolique de ce verset correspond parfaitement avec les faits historiques. Au moment où eut lieu la vision, la Médie et la Perse ne faisaient qu'un empire : la Perse était tributaire et indépendante de la Médie. Mais déjà Cyrus circonvenait Astyage et s'élevait à sa hauteur : il s'était fait des partisans et il avait gagné des traitres à la cour de son grand-père : les deux cornes étaient hautes. Mais bientôt après Cyrus conquit la Susiane et plus tard, par la victoire qu'il remporta sur Astyage, le roi de Perse devint roi des Mèdes. C'est ainsi que se trouva vérifiée la vision d'après laquelle la seconde corne devint plus haute dans la suite. Le bélier aux deux cornes offre une résultante des deux
forces ou puissances mède et perse. — q L'une, ririNH : au mo-
ment de la vision la corne mède était plus haute, mais la vision
montre la corne perse comme prenant le dessus et devenant plus haute que l'autre (que la seconde, hassënit). — r (Etait) s'élevant, croissant, nSv partie, présent fémin. indiquant la continuité de l'action, de sorte que, pendant la vision, le prophète voyait la corne s'élever plus haut que l'autre. A la fin, en dernier (lieu), ba'aharonah. Il ne faut pas supposer, avec Lengerke, Hitzig, que Daniel vit d'abord le bélier dépourvu de cornes, et qu'il vit ensuite les cornes surgir et l'une d'elles s'élever au-dessus de l'autre. Le Voyant aperçoit de prime abord le bélier avec ses deux cornes .qui représentent les rois des Mèdes et des Perses ou avec les deux forces, les deux gouvernements, dont l'unité rendit possible la formation du deuxième empire.
Le bélier dont la démarche lourde contraste avec celle du bouc, correspond à l'ours du ch. VII. Il peut se faire aussi que