CHAPITRE VIII
l'empire représenté dans ce dernier chapitre par un ours soit ici symbolisé par un bélier, parce que, comme le conjecture le commentateur anglican Mède, le nom hébreu du bélier offre une allusion au nom d'Elam, par lequel la Perse est quelquefois désignée : '^x enim Rebrseis (unde momen ^>n aries) et qSn atque zz^y Chaldseis , idem significant nempe fortem seu robustum esse. Forte igitur qSw Elam istis, ut illis ^N arietem sonabat, indeque rex Elam hoc tjpo Danieli figuratur {Works, book 3. Com. Apoc, p. 474). Le mot Elam, l^S>V, en effet, a pu se rattacher à une racine ^x qui a eu Ie sens de force et qui a donné les mots ^^ (bélier) et S>N (force). Les Elamites avaient peut-être composé ainsi une armoirie parlante qui les présentait comme des hommes forts (cfr. Romains et pwp)), comme des béliers : et les Perses devenus rois d'Elam ou de la Susiane auraient adopté ce blason. On sait, d'après Ammien Marcellin (lib. XIX, 1), que les rois de Perse, lorsqu'ils étaient à la tête de leur armée, portaient une tête de bélier en or et orné de pierres précieuses en guise de diadème : Aureum capitis arietini sigmentum interstinctum lapillis pro diademate gestans.
Le bélier, symbole de la force, de la puissance, a pu très bien, du reste, être présenté à des païens dans quelques songes prophétiques. Bochart {Hiero^oic, p. prior, lib. II, c. 46) remarque qu'on le trouve dans des visions rapportées par Plutarque (Vie de Sylla) et par Cicéron (De Divinatione, à propos d'un songe de Tarquin le Superbe). Que des visions prophétiques aient été communiquées à des pays, il n'y a rien là qui puisse nous surprendre. La divine Providence a fort bien pu, dans le gouvernement du monde, condescendre à guider quelques hommes, qui devenaient ses instruments, par des moyens qui étaient en rapport avec l'état de leur esprit et propres à faire plus d'impression sur eux.
4. Je vis ce bélier3 heurtant1 vers l'Occident u vers le Septentrion et vers le Midi T ; et aucun des animaux1 ne tenait devant lui; et il n'était pas qui délivrât* de sa puissance2; et il fit selon sa volonté3; et il fit grand b.
* Le bélier dont l'une des cornes était plus élevée que l'autre, représente surtout Cyrus, Cambyse et Darius fils d'Hystaspe, les rois perses de la période des conquêtes. — l Heurtant, me-
naggah, partie, piel de Hà3 pousser, frapper avec des cornes ; renverser, vaincre (Cfr. lat. arietare, heurter, choquer de la tête comme les béliers, renverser en heurtant). — » Vers la mer, c'est-à-dire vers la mer Méditerranée qui, à l'égard des Hébreux, était située à l'ouest. — v Le bélier donne des cornes contre les Etats situés vers l'ouest (la Lydie, l'Asie Mineure, la Babylonie, les îles de la Grèce), vers le nord (l'Arménie, le Colchide, l'Ibérie, les pays Caspiens, la Bactriane, la Scythie) et vers le sud (l'Egypte, l'Ethiopie, la Libye). Le Bélier ne frappe pas du côté de l'est. Il lui tourne le dos et fait face à l'occident. Il n'était pas nécessaire, du reste, que la vision de Daniel embrassât toutes les conquêtes successives des rois de Perse : il en voit la partie qui était la plus importante pour son peuple. En somme les expéditions perses, vers l'Est, n'ont pas amené de résultat sérieux. Pour le tableau du déploiement de l'empire médo-perse, les conquêtes de l'Est étaient secondaires et d'une importance moindre, surtout au point de vue de la révélation prophétique. — * Et tous les animaux (vekol haîîôt -, les bêtes, métaphoriquement pour les royaumes, les Etats), ne tenaient, yahamdù (ne pouvaient se tenir debout, dans une situation ferme), partie, kal de 7037 (rester debout, se soutenir), au masculin parce qu'il se rapporte à haîiét. — y II n'était pas (qui fut) délivrant, mazzîl, partie. hiphil îzzîl (arracher, délivrer) de tjyj inusité au kal. — « De sa main, beyadô; constructio ad sensum. — * Il fit selon sa volonté • locution qui exprime le pouvoir despotique et arbitraire. — fc 77 fit grand, hiphil sans régime, hiphil absolu (de gadal, être grand, grandir , être élevé], il s'enorgueillit, fastuose egit (Comme aux versets 41,25; Jérémie XLVIII, 26, 42 ; Lament. I, 9 ; Ps. LV, 4 3). On sait que les rois de Perse se montrèrent fiers et hautains (Cfr. Hérodote, I, 89) : ïïépaai u6piaxat ; et Eschyle [Perses, v. 795) : Ù7r;épxo|j.7ïov à'yav. On traduit aussi : il devint grand, puissant ; magnificavit scilicet agendo [lahasôt), id est magnifiée egit, res magnas gessit.
5. Et j'étais attentif0 ; et voici : un boucd vint de l'Occident6; sur la face de toute la terre f; et ne touchant pas la terres ; et ce bouc avait une corne considérable k entre ses deux yeux.
c J'étais faisant comprendre (à moi, à mon intelligence). Cette expression dénote l'action soutenue de l'esprit : j'étais réfléchis-