‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 9 sur 318 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

le retour victorieux du prince chaldéen. Mais quelques années après au moment ou Sédécias, roi de Jérusalem , préparaît une ligue avec l'Egypte et avec des peuples voisins contre Nabuchodonosor, Jérémie renouvelle ses menaces contre Elam. Dans une prophétie datée du commencement du règne de Sédécias, ce prophète fait allusion à une situation indépendante de cette province -, il a dû prévoir une nouvelle révolte, dont il annonce un châtiment terrible. Voyant Nabuchodonosor , occupé aux sièges de Jérusalem et de Tyr , les Perses, en effet, n'avaient pas manqué de s'emparer, de nouveau, du pays d'Elam. Aussi, au retour de son expédition, le vainqueur ne manqua-t-il pas de châtier ce pays d'Elam (l'Elymaïde et la Susiane) ; il accomplit ainsi la prophétie de Jérémie (XLIX, 35 et ss.) : «Je briserai l'arc d'Elam, et je détruirai toutes leurs forces... et je les disperserai... Mais dans les derniers jours, dit le Seigneur, je ferai revenir les captifs d'Elam. » Ezéchiel fait allusion à cette catastrophe lorsqu'il voit Elam précipité dans l'abîme (ch. XXXII, 24) : « Là est Elam et tout son peuple autour de son sépulcre; toute cette foule de morts, qui ont été passés au fil de l'épée. » A l'égard des captifs dont parle Jérémie, il est à croire que Nabuchodonosor traita le pays d'Elam comme la Judée, et comme d'autres contrées qu'il avait dévastées : il en enleva beaucoup d'habitants que Dieu laissa revenir dans leur pays, lorsque les Juifs furent ramenés en Palestine. Imitant Sargon qui fit des razzias dans la Susiane et déporta des colonies susiennes, les Cuthéens ou Gosséens, dans la Samarie (Esdras IV, 9), Nabuchodonosor transplanta aussi des Elamites en Palestine, et il les remplaça par des déportés juifs dont les descendants sont mentionnés sous le nom d'Elamites, dans les Actes des Apôtres (ch. II, 9).

A l'époque où Daniel eut sa vision, le pays d'Elam faisait donc partie de l'empire chaldéen. Pour sa sécurité et pour le développement du commerce de ses états, Nabuchodonosor avait dû s'emparer d'un pays dont les vallées descendaient jusqu'aux plaines de Babylone. Le pays d'Elam se trouvait, en effet, en face de cette ville, et il s'étendait, au sud, jusqu'aux rivages du golfe Persique. Il n'est pas possible que Nabuchodonosor eût laissé au pouvoir d'étrangers la vallée et le bassin méridional de l'Euphrate et du Tigre.

On conçoit, d'ailleurs, aussi très bien que, à la mort du héros chaldéen, Cyrus ait voulu tenter de reprendre ou de conquérir la Susiane. Sous Balthasar, successeur de Nabuchodo-

nosor, les hostilités n'avaient pas encore commencé. Mais Cyrus s'agitait, et Daniel dut se préoccuper de l'accroissement de puissance d'un prince qui avait de nombreux partisans à la cour d'Astyage et qui pouvait finir par entraîner son suzerain dans une guerre contre la Babylonie. Balthasar n'était pas, comme Nabuchodonosor, un prince belliqueux, et les Chaldéens le remplacèrent inutilement par Darius-Nériglissor. Appuyé par les troupes mèdes, Cyrus déclara la guerre à ce dernier, le battit et s'empara de la Susiarte. Ce fut sa première conquête et elle lui permit de se donner le titre de roi d'Ansan ou de la Susiane (Voy. Introd., p. 439 et ss.). Il établit alors sa résidence à Suse et il en fît la capitale du futur empire des Perses. La prédilection de as prince pour cette ville s'explique aisément.

Existence d« Suse au temps du roi Balthasar. — Des critiques modernes ont prétendu que Suse n'existait pas à cette époque. Lengerke suppose que ce n'était pas une ville au temps de Balthasar. Duncker (Gesch. der Alterh., II, p. 913, 3e édit.) soutient que Darius, fils d'Hystape, fut le premier qui fit de Suse une résidence royale et le point central de l'empire. Cette opinion n'a d'autre fondement qu'un mot mal compris de Pline. Cet historien {Hist. Nat., VI, 27) dit, il est vrai, en parlant de la Susiane : « In qua vêtus regia Persarum Susa a Dario Hystaspis filio condita. » Mais cette assertion n'a pas plus de valeur que la suivante du même auteur (VI, 14, 17) : « Ecbatana caput Médise Seleuous rex condidit. » Nous ne nous arrêterons pas à relever cette absurdité. Ecbatane existait certainement avant Cyrus, du temps des rois Mèdes, et on ne saurait en placer la fondation après le règne d'Alexandre. Le langage de Pline doit s'interpréter dans un sens plus large. Le verbe condere, comme le mot araméen benah, n'indique pas toujours la réelle fondation d'une ville (voy. p. 403) : il désigne son agrandissement, son embellissement. On sait, d'ailleurs, que Suse était une ville très ancienne. D'après Strabon (XV, 2, 3), Suse a été bâti par Tithon, père de Memnon, et pour la rattacher à ce personnage en partie fabuleux, il faut bien qu'on ait reconnu son antiquité. Hérodote la fait remonter à cette époque lointaine et la désigne ainsi : JVk[j.v6vEiov àcrcu (V, 54), 2ouaa xà Msp.v6v£ia (VII, 151). Elien {Nat. Anim., VIII, 18) lui donne aussi Pépithète de Memnonia.

Les découvertes assyriologiques ont montré qu'elle était depuis longtemps un centre de population susienne ou élamite. Sennachérib en avait fait la conquête (Cfr. Layard, Nineveh and

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