CHAPITRE IX
Hitzig s'est raccroché à l'hypothèse de Lengerke, et il répète, avec lui, que qëz, ainsi indéterminé, signifie la fin en général, la fin de la période dont il s'agit (da* Ende der laufenden Weltperiode). Mais il n'est pas vrai que le texte reste dans cette indétermination : il parle d'une autre guerre qui eut lieu après la Tuine de Jérusalem et qui contribua, avec la guerre de Titus, à l'anéantissement de la nationalité juive. C'est, du reste, bien inutilement que Lengerke nous renvoie au ch. VIII, 17, où le mot që'z s'applique à une tout autre période déterminée par le contexte (voy. p. 828).
7 Décret des (lieux) dévastés. Le participe féminin nëhërëzët (n?pn;j, état construit de nïTij)» de la forme niphal (de tnn il a coupé, creusé, incisé ; il a décidé ; niphal, il a été décidé, décrété) est employé pour le substantif abstrait et signifie « décret, décision, peine décrétée par Dieu. On retrouve ce mot au verset 97. A la lettre : decretum ruinarum ; Vulgate : staluta desolatio. En d'autres termes, les dévastations sont décrétées. Reuss traduit ainsi : « Décret de dévastation ; et il ajoute : « L'arrêté est naturellement un acte de Jéhova. » (Le subst. somëmôt (nÏQQU) est aussi un participe féminin [de DDE? il a été dévasté, détruit, désolé], pris dans un sens abstrait (dévastations, destructions, désolations, déserts).
A la fin de la guerre, le décret qui fixe l'état de destruction de la ville et du temple sera réalisé ; ce qui a été décrété, l'irrévocable décret obtiendra son effet. Les dévastations et les ruines sont décrétées pour ce moment. Mais il ne faut pas prendre le mot somémot dans le sens actif (les destructions, les actes de destruction) : ce mot signifie « ruinés, » (lieux) détruits, dévastés » (cfr. Dan., IX, 18 ; Ezéch., XXXI, 4 ; Is., LXI, 4). Le décret de Dieu relatif à la consommation de la ruine de Jérusalem et de l'état juif s'accomplira. Stuart s'efforce de donner à ce passage le sens de « les dévastations auront un terme, » et il traduit par : a décret limit of désolations. Il voudrait que nëhërëzët signifie une « mesure abrégée ou strictement limitée » (an abridged or strictly limited measure) et il conclut de là que le texte veut dire tout bonnement que les maux prédits auront une fin ou une limite. Il est difficile d'accorder cette traduction avec le sens du mot et avec ce qui précède et ce qui suit. Hofmann et Kliefoth ont voulu aussi affaiblir le sens de l'expression hébraïque et ils ont traduit : « ce qui est décrété des dévastations, » comme si le texte indiquait des degrés limités des désolations. Kuenen ne traduit pas mieux un texte qui porte : « décrets de
dévastations,» par « une mesure certaine de dévastations. » Keil fait très bien remarquer que, dans le mot employé ici, il n'y a aucune idée de limitation, mais plutôt l'idée d'une décision absolue, en rapport avec le mot nbiD (consumer, exterminer) du verset suivant ; et il traduit ainsi : « Jusqu'à la fin guerre sera, car destructions sont irrévocablement décrétées par Dieu. » Hitzig ne voit pas non plus ici l'indication d'une limite, et il traduit : Verhiingniss der Ver'odung, d. i. Verhiingniss, welches ode Statten, Wûsteneien schafft (décret de dévastation, c'est-àdire le décret qui produit des lieux dévastés, des déserts) . Lengerke traduit aussi par Beschluss der Wusten (décret des solitudes, des déserts). Seulement il veut que le passage signifie : « Jusqu'à la fin des soixante-dix semaines dure le décret qui a proclamé les déserts, jusque là la ville et le temple resteront dévastés {Der Sinn ist : bis auf das Ende der 70 Wochen dauert das Verhiingniss, das die Wusten hervorgerufen hat, bis dahin werden Stadt und Tempel werwustet bleiben). Mais, pour obtenir cette paraphrase, il se met en contradiction avec sa propre traduction, car l'arrêté ou le décret n'est proclamé qu'à la fin de la guerre. Remarquons de plus que somemôt n'a aucun adjectif qui qualifie ou limite le décret des destructions. Le tableau prophétique arrête notre vue de telle façon qu'il ne nous présente, pour la fin, que les ruines de la ville et du temple. Cahen a traduit ainsi : « Jusqu'à la fin est décrétée la guerre des solitudes. » Il maintient le senB de hara'z (il est décrété) et il explique très bien le sens du texte en ajoutant : « il est décrété que la ville sera en ruines mOÇfc.
27. Et une semaine fortifiera une alliance* avec nombreux1»; et fin de la semaine c fera cesser sacrifice et oblationd ; et, au-dessus d'aile d'abominations, dévastateur e ; et jusqu'à la destruction, la décrétée fondra sur dévastée
*On peut prendre pour sujet de higbîr (troisième pers. prêt. hiphil, rendre fort, fortifier, confirmer, de "ni, être fort), le mot sabûha (semaine) ; et il va d'ailleurs de soi que le véritable sujet de ce verbe est le Messie exterminé (vs. 26), présenté aussi comme Nagid habbo\ La traduction : « une semaine confirmera l'alliance, » ne laisse rien à désirer au point de vue grammatical. Le mot sabûha peut être pris pour un nominatif v et, relativement au sens, cette construction n'offre rien de choquant. Il est admis que l'on peut, métaphoriquement et poéti-