‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 104 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

dans le peuple élu de l'avenir : ce peuple se compose de tous les vrais enfants d'Abraham. On sait, d'ailleurs, que l'alliance ancienne n'était que la période préparatoire à l'alliance messianique. Toutefois, et quoique le mosaïsrae soit le tronc d'où la tige messianique a jailli, il est à croire que le texte emploie le mot berîty sans article, pour indiquer que l'alliance messianique pourra être regardée comme nouvelle, car, en un sens, l'alliance qui est appelée nouvelle (xaivij BiaOrjxyj) « vieillit la première » (Hébr., VIII, <3). Rien ne motive l'hypothèse île l'évolution , de berU en nom propre : l'exemple allégué de qodës est mal choisi et nullement probant, car le sens de ce mot est précisé par le contexte : « le sanctuaire et l'armée de Dieu. » Le mot «alliance» est, du reste, très justement choisi ici, parce que la nouvelle législation devait continuer, en la complétant, celle qui avait été établie entre Israël et Dieu. Aussi voyons-nous que, dans Isaïe (XLII, 6; XLIX, 8), le Messie est appelé «l'alliance du peuple et la lumière des nations, » c'est-à-dire l'Oint qui réalisera en sa personne l'alliance d'Israël et du monde avec Dieu (cfr. Luc, XXII, 20). Jërémie (XXXI, 31 et ss.) décrit la nouvelle alliance que l'Eternel contractera avec son peuple au temps du Messie. Malachie a donc très bien résumé un des caractères du Messie en l'appelant « l'Ange de l'Alliance» (III, 1).

Il n'est donc pas vrai que nous devions entendre, par cette alliance, purement et simplement l'ancienne alliance. Hitzig a eu raison de reconnaître qu'il s'agit ici d'une alliance religieuse, mais il a vainement essayé, pour- ne pas la différencier de l'ancienne alliance de Dieu avec Israël, de donner au verbe higbîr le sens de « rendre pénible, lourd, pesant (wird erschweren), et de supposer ensuite que le passage signifie : « une semaine rondra plus pénible l'alliance à beaucoup. » Ce critique conclut de là que la religion juive deviendrait plus difficile à pratiquer à cause des persécutions d'Antiochus Epiphane. Mais cette conclusion ne repose que sur une fausse interprétation de gabar. Keil remarque, en effet, avec juste raison, qu'Hitzig n'a pas prouvé que ce verbe ait le sens qu'il lui donne : ce qui rend ferme, ce qui fortifie, n'est pas nécessairement « aggravant. » C'est aussi en ne tenant pas suffisamment compte du texte qu'Hoffmann, prenant le mot berît dans un sens analogue, traduit : « une semaine confirmera nombreux dans leur fidélité à la religion ». Rosenmûller explique le texte de la môme manière : Efficiet ut multi Judseorum suam in patria religione constantiam ostendant. Cette traduction ne peut pas mieux se justifier que

la précédente : il s'agit de nouer, de constituer, de rendre forte une autre alliance qui est, sous quelques rapports du moins, différente de l'ancienne.

D'autres critiques (Ewald, Lengerke, etc.), ont essayé de prouver qu'il s'agit d'une alliance qu'Antiochus aurait établie avec les Juifs apostats. Ces critiques se fondent sur ces paroles du premier livre des Macchabées (ch. I, 4 2) : « Il sortit d'Israël des enfants d'iniquité qui donnèrent ce conseil à beaucoup : allons et faisons alliance avec les nations qui nous environnent. » Nous pourrions nous contenter de rappeler que le point de départ de tout3 cette exégèse est, — comme nous l'avons suffisamment démontré, — radicalement erroné. Il n'est pas vrai qu'Antiochus soit indiqué par l'expression Nagîd-habbo' . D'un autre côté, il est tout aussi faux qu'Antiochus ait contracté une alliance avec les Juifs. Quelques jouisseurs ont voulu devenir grecs, c'est-à-dire païens, et c'est ce qu'ils appelaient « faire alliance avec les nations (BiaGrjxrjv ^età :wv èOvwv). Mais une alliance implique une certaine réciprocité, et on ne voit pas que les païens aient fait alliance avec ces mécréants. Il n'y eût pas non plus une alliance, mais un aplatissement de quelques ambitieux aux pieds d'Antiochus. Des pontifes coupables, infidèles à leur mission, traitres à leur foi et à leur patrie, servirent et flattèrent Antiochus, en s'humiliant bassement devant lui. Mais il n'y a qu'à voir comment le roi de Syrie entend faire adopter de force, et par la plus atroce persécution, le paganisme (cfr. 1, Mach. 1, 43-52). L'auteur du livre des Machabées caractérise très bien cette apostasie des Juifs qui se soumirent aux ordres du tyran, en disant (vs. 44) : a Beaucoup d'israélites consentirent à sa servitude » Tr| Xarpeia aùrou). L'Ange n'aurait pas, d'ailleurs, donné à cette idolâtrie le nom de berît, sans lui adjoindre une épithète flétrissante. Il eût été bon de noter aussi que, en parlant des criminels qui se plièrent aux exigences d'Antiochus et de ses agents, l'Ange ne se serait pas contenté de les désigner par le mot rabbim (nombreux). Aussi Hitzig a-t-il très bien reconnu qu'il ne peut être question ici de l'alliance des apostats avec les nations voisines (I, Mach., t. II), et que ce serait à tort qu'on y verrait mentionné une alliance du roi avec les renégats (Auch kônnte doch nur uneigentlich von einem Bunde des Kôniges mit den Abtrûnnigen die Rede sein). Mais il faut à d'autres rationalistes le maintien quand même de leur interprétation absurde du texte. Aussi, ne sera-t-on pas étonné d'entendre Reuss s'exprimer ainsi : « L'un des éléments les plus

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obscurs de cette prophétie, c'est Yaîliance affermie. Nous maintenons que le sujet de la phrase est toujours le prince dont il vient d'être parlé (Antiochus) ; car il n'y a qu'à lire la phrase suivante pour s'en convaiucre. Il n'est donc question ni de Dieu ni du Messie. » Le verset qui suit ne nous révélera cependant rien qui le rattache à Antiochus : nous y constaterons, au contraire, la présence du Messie ; et quant à l'obscurité dont parle le critique rationaliste, elle ne provient pas de la prophétie, mais des commentateurs qui discutent les textes, non pour les faire valoir» mais pour les obscurcir. Du reste, comme sur un même thème les imaginatifs peuvent broder de nombreuses variations, on ne trouvera pas étonnant que des rabbins aient songé à une alliance de Titus avec les Juifs. Ainsi, le rabbin Iahia prétend que, pendant la moitié de la dernière semaine, Titus invita les israélites à une alliance, et que, au milieu de la semaine, il supprima le sacrifice. Ce rabbin oublie que l'Ange dit : « Il fortifiera, confirmera, affermira une alliance. » Or, aucune alliance ne fut conclue entre le général romain, le Mesomem et les Juifs. Il est vrai que Titus fit quelques essais de conciliation : il envoya même Josèphe comme parlementaire aux assiégés, mais il fut reçu à coups de pierres.

*Âux nombreux, larabbîm (DOlS de ^n nombreux, beaucoup de), avec l'article. Le } indique une alliance avec des inférieurs-, on met ny ou riN avec des égaux. L'article est employé pour montrer qu'il s'agit de toute la classe de personnes qui devait composer le peuple messianique, ou de tous ceux qui devaient former le peuple nombreux des enfants d'Abraham ; de tous ceux, en un mot, qui ont été élus pour entrer dans cette alliance : l'Eglise chrétienne fut fondée dans cette semaine. Il faut remarquer, de plus, que rabbîm a quelquefois un sens philosophique, adopte aussi dans la théologie du Nouveau-Testament. Ce mot signifie la grande masse humaine, la multitude, la totalité des individus de l'espèce humaine qui sont appelés à faire partie de la nouvelle alliance (cfr. Matth., XX, 28; XXVI, 28). La multiplicité, la multitude est ainsi mise en contraste avec le un, avec l'unité du type, de l'idée, de l'universel. Rappelons encore ici aux rationalistes désireux de trouver, dans ce passage, une allusion à des alliances d'Antiochus avec les Juifs apostats, que si l'auteur avait eu en vue ces abominables créatures, il les aurait qualifiées tout autrement (les impies, D>yUD : cfr. VIII, 23, XI, 32 ; et le livre des Machabées, III, 5; V, V; VI, 21 ; IX, 23). Lengerke ajoute que l'article indique cette alliance. Mais

c'est là une supposition gratuite; il ne suffit pas non plus d'une «impie affirmation pour prouver que l'auteur avait en vue « les impies » mentionnés au eh. XI, 33. Le rabbin Cahen, ordinairement écho fidèle du critique prussien, n'a pas jugé que cette alliance fut indiquée dans le texte, et il n'attribue à Antiochus qu'une tentative d'affaiblissement de l'alliance : « A plusieurs des alliés qui étaient dans la défection, appelés 8, 23 a»yips ; Yalliance, rv*12» qu'Antiochus avait cherché à affaiblir sera fortifiée. » Ne cherchons pas à mettre ici d'accord Cahen et Lengerke : ils sont tous les deux dans le domaine de la rêverie. Ils sont également cauchemardisés par le spectre d'Antiochus. Au lieu de discuter le texte et de le défendre, le rabbin se contente de traduire et de rapporter ce passage de Lengherke (sic) : « Les événements compris dans cet espace sont si rigoureusement indiqués, que les contemporains de l'auteur devaient être persuadés qu'il s'agit ici d'Antiochus et des malheurs dont il accabla Israël. Comme à l'époque de la publication de ces prophéties, le tyran venait de mourir et que sa mort est indiquée comme le terme des soixante-dix semaines, ce moment devait être attendu avec impatience, comme l'arrivée du Messie. » Sans nous arrêter de nouveau ici à la pseudo-légende qui veut borner, dans ce passage, l'horizon de Daniel à Antiochus, et qui invente, contrairement aux faits, une attente du Messie à cette époque, nous nous contenterons de faire remarquer que, d'après l'interprétation de Cahen unie aux chinoiseries messianiques de Lengerke, il s'agirait d'une alliance des Juifs avec le Messie. Reuss, au contraire, a, comme Lengerke, l'ingénieuse idée de regarder comme une alliance les mesures tjranniques du roi de Sj'rie contre les Juifs. Il s'exprime ainsi : « Le grand nombre, ce doit être la majorité des Juifs, et l'alliance elle-même affermie, imposée par Antiochus, doit être l'ensemble des édits promulgués contre leur culte national. Le mot à'alliance est naturellement choisi exprès, parce que cette législation devait remplacer celle qui établissait l'alliance d'Israël et de son Dieu. » En somme, ce qu'on veut donner comme une alliance ne fut qu'une persécution continuelle. Antiochus ne fit aucune alliance avec les Juifs. Il favorisa quelques impies qui voulaient vivre à la mode des païens, et il força les autres, par les moyens les plus violents, à profaner la religion judaïque.

c Fin de la semaine, moitié, milieu de la semaine, moitié de la semaine, fera cesser, etc. L'expression ha'zi hassabûha peut être prise pour un nominatif. Mais cette manière de traduire ne dis-

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