CHAPITRE IX
pense pas de mettre en relief le sujet réel de la phrase : celui qui a noué 1* Alliance, le Messie-Nagîd. Il est reconnu que ha'zî signifie «moitié, » ou plus exactement a division. » Mais nous allons constater que ce mot donne lieu à trois interprétations différentes et nous serons amenés à conclure qu'il s'agit ici de la fin de la semaine.
io Le subst. ha'zi a le sens de «moitié. » Dans les monnaies des Asraonéens, >xn exprime la moitié du siècle. Ce mot peut désigner ici une portion de la semaine ou trois ans et demi. Daniel donne, en effet, ch. XII, 7, à hezi le sens de «demi.» On a donc pu croire que cette demi-semaine marquait la durée du ministère de Jésus Christ. Louis Capell a adopté ce sens et il a placé la mort du Christ à la fin-de la semaine entière : Quod autem dicit (Angélus. In medio Septimanœ faciet cessare munus et sacrificium, quod factum est proprie in morte Christi, quœ in fine, non in medio Septimanœ illius contigit, id ita verum est^ quia in Christi baptismo, et initio prœdicationis ipsius cœpit mori Sjnagoga, cum umbratili suo cultu, etsi nondum tum plane mortua esset. Il remarque que, au lieu de in medio Septimanœ on peut traduire dimidia Septimana, en français : « il fera cesser en une demi semaine l'oblation et le sacrifice,» nimirum, in ultimse septimanœ dimidia parte extrema, quam totam insumpsit Christus a H. ptismo ad Passionem, in Evangelii praedicatione. Ce critique se distingue ainsi de ceux qui ne font entrer que 487 ans jusqu'à la mort du Christ, parce qu'ils veulent qu'il soit mort dans le milieu de la semaine. Prideaux admet que la semaine entière est consacrée à constituer l'alliance, et que le Messie exerça d'abord son ministère par l'entremise de Jean-Baptiste, son précurseur, qui prêcha le royaume des cieux. De sorte que, ensuite, Jésus-Christ confirma l'alliance par lui-même, pendant la dernière moitié de la semaine, et fit cesser les sacrifices de l'ancienne loi.
Comme on doit s'y attendre, les rationalistes n'ont pas manqué de prétendre qu'il ne s'agit ici que de la suppression des sacrifices du tamid sous Antiochus, pendant une demisemaine ou trois ans et demi. Kuenen, par exemple, s'exprime ainsi à ce sujet (p. .rU4) : « Ici encore le sujet peut être indifféremment « la moitié de la semaine » ou « le prince, » c'est-à-dire Antiochus Epiphnne; le sens est toujours que durant la dernière moitié de la soixante-dixième semaine (d'années), en d'autres termes, pendant trois ans et demi, il y aura interruption des sacrifices. » Ainsi, Daniel écrivant du temps de ce cruel
persécuteur, aurait dépeint les forfaits du tyran en les présentant comme une simple alliance, et il aurait montré cet odieux personnage, profanant le sanctuaire de Jéhovah et abolissant le sacrifice perpétuel, sans lui infliger un mot de blâme, sans laisser percer, dans son récit, les sentiments d'horreur et d'abomination que ces crimes devaient lui inspirer. Nous devrions admettre aussi que l'Israélite fidèle, qui aurait eu ces temps en vue, n'aurait pas parlé de la purification du Temple et du rétablissement du culte. Ce qu'il y aurait encore d'incompréhensible, d'inexplicable, c'est l'absence de toute allusion à la révolte et aux triomphes des Machabées. Nous ne pouvons que constater encore ici un trait de plus, relatif à la crédulité des incrédules.
2o Le sens de « moitié » ou <c demi » que nous offre le mot ha'zi n'exclut pas l'idée de « milieu» qui lui est attribuée, dans notre passage, par Théodotion (Iv xu> rniiaei) et par la Vulgate (in dimidio hebdomadis). C'est ainsi que dans l'Exode (XII, 29), bahazi hallayelah signifie « dans le milieu de la nuit» (cfr. XI, 4). Un peu plus loin, ch. XXVII, ô, il est question d'une grille qui doit descendre jusqu'au « milieu [ha'zi] de l'autel. » Jérémie représente l'injuste quittant ses biens «au milieu (bahaz) de ses jours » (XVII, 1 \). Dans les Chroniques il est fait mention du partage par Je milieu (behëzi) des vêtements des serviteurs de David. On peut donc fort bien admettre que ha'zi pourrait désigner ici le point milieu de la semaine. Ce mot indiquerait, à proprement parler, une « division » qui marquerait la fin de la première moitié et le commencement de la seconde. Les commentateurs ont ainsi été portés à admettre la mort du Christ au milieu de la dernière semaine, de sorte qu'il fit cesser les sacrifices au point de division des deux moitiés de la semaine. Nous devons, toutefois, reconnaître que cette expression « milieu de la semaine » ne signifie pas nécessairement le point précis qui partage cette semaine en deux parties égales. Le mot ha'zi désigne aussi très bien la division d'un tout en deux parties inégales. Il est employé dans ce sens (III, Rois, XVI, 21) pour exprimer « la division » qui se fit du peuple d'Israël après la mort de Zambri : « Alors le peuple d'Israël se divisa en (deux) moitiés (lahë'zi) : une moitié {ha'zi) du peuple suivit Thebni... et une moitié [vehahazi) suivit Amri.» Il peut donc se faire que la traduction de hazi par « milieu » ('in medio hebdomadis) occasionne une mésinterprétation de la prophétie. En un mot, il n'est pas certain que, d'après l'Oracle, le Messie ait