CHAPITRE IX
dû être mis à mort tout juste «au milieu» de la dernière semaine.
3° Le mot hait peut signifier aussi le point qui divise cette semaine de celles qui ne composent pas le groupe des soixante-dix semaines, et on peut très bien traduire notre texte ainsi qu'il suit : la coupure, la fin de cette semaine (excisio hebdomadse, hebdomada excisa). Il est, en effet, à remarquer que >yn (dimidium, média pars) signifie proprement « division » (abscissio ; de hazah, divisit, partitus est, ou de ha'za'z, scidit, obscidit). On peut reconnaître aussi que cette racine, qui signifie « diviser, couper, partager, rompre, » se confond avec nyp et mjp (couper, trancher, amputer). De sorte que qe'z (finis,1" terminus, extremitas) a dû désigner d'abord une division, une coupure. Or, une leçon que nous offre la version des LXX montre que ha'zî a dû être pris aussi dans le sens de « fin, extrémité» ou que le texte portait primitivement qazî au lieu de ha'zî.
Rectification à propos de l'expression « milieu de la semaine. » — Il n'est pas inutile, en effet, de conférer cette incise avec la version des Septante, qui a conservé, quelquefois, des vestiges de variantes importantes. Dans le passage dont nous nous occupons, au lieu de «demi-semaine» ou de « au milieu de la semaine, » la traduction alexandrine porte : « à la fin de la semaine » (iv tw TÉXet tïjç £63op.dBoç). Le traducteur prend, évidemment, >yn dans le sens de yp (fin); ou il faut admettre que son manuscrit offrait la leçon qazî ; car, comme l'observe Wieseler (p. 203) «le mot Télei suppose la leçon qazî {zilei setzt die Lesart >yp voraus). Ce critiqe renvoie aussi, avec raison, à la Lettre de saint Barnabe qui place à la fin de la semaine la construction du temple spirituel, dont l'autre n'était qu'une ébauche : «Et, la semaine complète, sera édifié un magnifique Temple de Dieu, au nom du Seigneur » (yepdbiTai — /ai &rrat tîjs I6oo(xaÔoç auvT£Xou[xévr]ç, oixoSo{xrjOïj(j£T:ai vabç 0eou IvSoÇoç éVi tw 6v6fjiaTt Kupfou). — Epist. Cath., XV).
La négligence des copistes pourrait expliquer la transformation de qe'z ou qazî en hazî. Mais il n'est pas non plus difficile de comprendre que cette altération a pu être faite intentionnellement. L'introduction du sens de «demi-semaine» offrait une allusion à la durée de la suppression du culte sous les Machabées. Les juifs palestiniens ont pu se laisser entraîner sans peine à l'assimilation, qui les portait à se figurer les événements do la soixante-dixième semaine sur le modèle de ceux qui avaient eu lieu sous Antiochus : ils ont voulu croire que la suppression
du culte prédit comme devant arriver après les soixante dix semaines, ne durerait qu'une demi-semaine, comme la suppression qui avait eu lieu au temps des Machabées. Par contre, cette assimilation ne vint pas dans l'esprit du traducteur grec> parce que les juifs d'Alexandrie ne se préoccupèrent pas autant de la durée de la suppression du culte et de ce qui arriva à Jérusalem, après la fuite d'Onias IV en Egypte.
Il ne faut pas négliger non plus une variante que nous offre Théodotion, et qui peut servir à expliquer l'exégèse que faisons de ce passage La mention de l'abolition de l'hostie et du sacrifice est suivie, dans cette version grecque, de ces mots : « Après ces choses» [Ïià toôtoiç). De sorte que les événements, indiqués dans la première partie du verset, sont placés à une époque distincte des événements relatifs à la ruine de la ville et du temple. Les versions grecques nous montrent donc que quelques altérations, faciles à rectifier, se sont glissées dans la contexture hébraïque actuellle de ce membre de phrase.
Une autre raison nous porte encore à croire que le texte a été modifié, et qu'il s'est conservé, sur ce point, plus pur dans les LXX que dans l'hébreu. En effet, si nous examinons tout l'ensemble du verset, nous devons reconnaître que l'Ange commence par nous dire ce que sera la semaine entière : le signe caractéristique de cette semaine est l'affermissement d'une alliance. Si cet événement eût eu lieu pendant la première moitié de la semaine, l'Ange aurait dit : «moitié de la semaine fortifiera une alliance. » Il nous apprend, au contraire, que la semaine, en tout ou en partie, sera employée à amener ce résultat. Nous trouvons ensuite fort naturel qu'il nous dise : «fin de la semaine fera cesser les sacrifices mosaïques. » A l'intersection de cette semaine et des autres semaines qui ne sont pas comprises dans le nombre des soixante-dix semaines, le Messie rejeté par les juifs, ayant aboli le culte cérémoniel et ayant, à son tour, rejeté son peuple, la nation rebelle commencera à rouler dans l'abîme. N'oublions pas qu'il est dit au commencement de la prophétie : « Soixante-dix semaines ont été précisées, arrêtées, coupées, déterminées» (voy. p. 899). Elles sont comme détachées mentalement de la suite des temps. Les derniers instants de la dernière semaine tranchent donc avec celles qui suivent. Aussi, trouvons-nous tout naturel que ce point déterminé, la fin des soixante- dix semaines soit désignée par le mot ha'zi (division) qui indique la ligne de partage, le point de séparation entre la fin de la semaine et le reste des siècles.