CHAPITRE IX
La mort du Christ est ainsi le dernier événement des soixante-dix semaines. C'est la dernière date qu'indique la prophétie. Mais cette date, désignée par l'expression « fin de la semaine, » est, d'ailleurs, un nouveau point de départ : la mort du Messie n'est pas le dernier événement prédit par l'Oracle. L'Ange avait aussi mission d'indiquer sommairement le châtiment qui serait infligé aux Juifs, pour n'avoir pas reconnu et pour avoir fait mourir celui qui était venu leur apporter le salut. De sorte que, à partir de ce retranchement du Messie qui eut lieu à la fin des soixante-dix semaines, se déroulent des événements qui ne sont pas compris dans ces semaines. L'Ange porte les regards du Voyant jusque sur la destruction de Jérusalem par Titus.
Les deux derniers versets comprennent ainsi des événements qui se divisent en deux classes : ceux qui sont compris dans la dernière semaine (intra hebdomadis ultimœ ambitum), tels que la mort du Messie, la confirmation de l'alliance et l'abolition des sacrifices , et ceux qui ont pour objet les faits qui sont en dehors de cette semaine (quœ extra hujus hebdomadis ambitum sunt) : la dévastation de la Ville et du Temple sous Titus. Ces événements offrent un ordre logique : on voit très bien le lien qui se trouve entre la cause (le déicide) et l'effet (la destruction de Jérusalem). L'Oracle ne dit pas toutefois que les terribles suites du rejet du Messie par Israël arriveront immédiatement à la fin de la soixante-dixième semaine. L'Ange nous dit seulement que la fin delà dernière semaine marquera la cessation du culte mosaïque et sera suivie de la destruction de Jérusalem ; mais il ne définit pas l'intervalle qu'il y aura entre la mort du' Christ et la ruine finale de cette ville. Il lui suffit de dire que le jour du crucifiement sera le jour fatal où sera signé l'arrêt de destruction et de mort d'Israël.
Il n'est donc pas vrai, comme le suppose Stuart, que la suite de la prophétie trouve sa place dans la seconde moitié de la soixante-dixième semaine et que, dès lors, dans l'espace de ces trois ans et demi, aient dû avoir lieu les désolations de la ville et du sanctuaire ; de sorte que l'armée romaine et Titus auraient dû arriver tout de suite après l'an 33 (époque de la mort du Messie) et non pas trente-sept ans après, en l'année 70. Constatant aussi qu'il y a plus d'une semaine entre la mort du Christ et la destruction de Jérusalem par Titus, Philip Desprez (Dan. and John, p. 94) s'imagine avoir trouvé là un obstacle insurmontable qui entrave, s'il no détruit pas complètement, la
théorie traditionnelle (insurmontable exegetical difficultés impede, if they do not entirelj subvert, the traditional theory). Mais le texte ne dit pas que l'invasion romaine devait avoir lieu dans le cours de la dernière semaine. L'Oracle dit seulement que la désolation de Jérusalem et du Temple se rattachent à la mort du Messie. L'Ange ne renferme pas l'accomplissement de la punition dans l'espace des soixante-dix semaines : il mentionne seulement la catastrophe comme une suite du crime commis en la personne du Messie. C'est la liaison des idées qui lui fait rapprocher les deux événements de la mort du Christ et du châtiment qui devait s'ensuivre.
Les événements relatifs à l'accomplissement des menaces contenues dans la prophétie, n'entrant pas dans le cadre des soixante-dix semaines, il est donc parfaitement incorrect de reporter une partie de la soixante-dixième semaine au temps de la destruction de Jérusalem par Titus. Ces événements, qui doivent survenir après la fin de cette semaine, se présentent comme détachés et en dehors de cette semaine. Ces événements auront lieu dans une période en dehors des soixante-dix semaines. Clément d'Alexandrie (Strom. , liv. I) a donc fort inutilement séparé la demi-semaine des autres semaines, pour la reporter a l'époque de la destruction de Jérusalem. Des rabbins et quelques commentateurs chrétiens n'ont donc pas non plus été mieux inspirés lorsqu'ils ont dit que les soixante-dix semaines s'étendent jusqu'à la ruine totale de cette ville.
d Fera cesser hostie et oblation. Le Verbe fera cesser, îsbît, hiphil, (quiescere vel cessare faciet) de nilLJ (quievit). Le verbe s'abat (il a cessé ; il s'est reposé-, hiphil, il a fait qu'une chose cesse d'agir, se repose, finisse) peut indiquer une cessation en quelque sorte naturelle, graduée, ou une suppression violente. Hostie (zëbah, victime ; de la racine n27 égorger, immoler) et oblation [minhah, don ; offrande à Dieu des fruits de la terre, oblation de farine et de liqueur). Cette expression comprend le sacrifice sanglant et l'oblation non sanglante ; en un mot, tout le culte lévitique. Il est certain que le culte judaïque est abrogé et qu'il cessa de facto trente-sept ans après la mort de Jésus-Christ. Les sacrifices de cette religion ne pouvaient se faire que dans le Temple de Jérusalem. Par la destruction de ce Temple, Dieu a suffisamment marqué qu'il ne veut pas que cette religion soit suivie. On doit reconnaître aussi que, par Je crucifiementde Jésus-Christ, le sacrifice du Calvaire fut justement regardé comme faisant cesser les sacrifices et les oblations judaïques. Une religion uni-